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Entretien | Casper Mork-Ulnes, 602 Minnesota St, San Francisco (19-03-2014)

«Pour la petite histoire, Casper Mork-Ulnes se partage entre San Francisco et Oslo. Son agence américaine se trouve dans une cabane perchée au-dessus d'un atelier de menuiserie», précise Suzie Passaquin. Le 6 février 2012, avec Charlotte Vuarchex, elle est allée à la rencontre, dans le cadre d''Architects I met'*, de l'architecte le plus norvégien de la côte ouest et le plus américain d'Oslo. 

San Francisco | Casper Mork-Ulnes

Parcours

Mon nom est Casper Mork-Ulnes. Je suis né en Norvège mais j’ai vécu à l’étranger la plus grande partie de ma vie : en Italie, en Ecosse et plus de vingt ans aux Etats-Unis. J’ai habité quelques temps à New York mais je suis resté plus encore à San Francisco.

En 2011, j’ai déménagé avec ma famille en Norvège pour tenter d’y vivre et d’y créer une agence, à Oslo. Je pense qu’il y a en Scandinavie, en Norvège en particulier, nombre d’opportunités pour un jeune architecte.

Après un passage au California College of Arts (CCA), où j'ai obtenu mon diplôme en 1997, j’ai travaillé pendant dix ans pour une agence locale, Pfau Long, puis j’ai ensuite obtenu mon master à Columbia University, à New York. A ce moment, Peter Pfau m’a proposé de revenir travailler avec lui. J’ai accepté et, jusqu’en 2005, collaboré à ses côtés.

En 2005, j’ai ouvert ma propre agence, Mork-Ulnes Design, qui est mon nom. Greg (Grygoriy Ladigni) a commencé à travailler avec moi en 2006-2007. Nous avons construit des projets au Venezuela puis, ici, aux Etats-Unis : en Virginie, au Wyoming, en Californie et dans le Maine.

En Norvège, le nom de l’agence a changé pour devenir SFOSL : le nom de code des aéroports de San Francisco et d’Oslo. Voilà donc la raison pour laquelle nous sommes fortement inspirés des deux cultures : l’ouverture d’esprit face à l’inventivité, ici en Californie, et la franchise, le côté fonctionnel et le pragmatisme norvégiens.

A Oslo, nous sommes quatre. Greg est, à San Francisco, la seule personne à temps plein aux côtés de quelques freelances. Nous concevons nos projets depuis ces deux adresses. Parfois, Greg travaille sur des projets d’Oslo. Je vais à San Francisco toutes les six semaines pour rencontrer nos clients et soutenir Greg. Nous échangeons quotidiennement et nous avons deux longs entretiens via Skype chaque semaine ; nous avons beaucoup de projets en cours. Les courriels fonctionnent mais rien ne vaut une conversation téléphonique.

02(@DR)_B.jpgSuzie Passaquin et Charlotte Vuarchex : quel bâtiment auriez-vous voulu dessiner ?

Casper Mork-Ulnes : J’aimerais concevoir, voire construire, une église. J’ai participé à la conception d’une église avec Peter Pfau juste avant que je ne me mette à mon compte. Elle n’a malheureusement jamais été construite. J’ai travaillé deux ans durant sur ce sujet et j’aurais aimé qu’un jour elle soit construite. C’était un projet à San Rafael pour la Dominican University dans le cadre d’un appel d’offres. Il y avait de grands noms de l’architecture et nous étions l’une des rares agences locales à y participer. Nous avions donc des chances de remporter le projet. C’était, en tout cas, fantastique de travailler avec les soeurs et le Père. C’est sans doute l’une des expériences les plus enrichissantes qu’il m’a été donné de vivre. L’église n’a pas été construite pour des raisons économiques.

Le projet dont vous êtes le plus fier ?

Peut-être le plus petit édifice que j’ai jamais conçu : ma première cabane. Elle était très petite, à peine 9m² ; elle est un prototype de ce que doit être une cabane moderne. C’est le projet auquel je pense en premier car, sous bien des aspects, il porte sur le gaspillage des matériaux, sur l’économie et l’espace : comment faire quelque chose de bien en seulement 10m² ? C’était aussi mon premier projet signé de mon nom en 2005.

03(@BruceDamonte)_S.jpgLe projet que vous ne feriez jamais ?

Quelque chose, je suppose, qui pourrait provoquer une guerre, un plan militaire ou un projet dans le genre.

La ville parfaite ou idéale ?

Sous bien des angles, il s’agirait de San Francisco même si je n’y suis pas à plein temps. Elle a quasiment tout : le même jour, vous pouvez skier et surfer ; elle a aussi de beaux vignobles. C’est une ville compacte ; sept millions de gens vous entourent et, pour autant, le centre urbain n’est pas dense outre mesure. Quant à la ville que je préfère visiter : New York.

Préférez-vous parler ou dessiner ?

Sans aucun doute, dessiner. Je n’aime pas particulièrement parler. J’aime m’exprimer à l’intérieur de l’agence mais pas en public.

04(@BruceDamonte).jpgLa première fois que vous vous êtes senti architecte ?

Assez curieusement, je pense que la première fois que je me suis senti 100% architecte est quand j’ai reçu mon diplôme d’architecte aux Etats-Unis. Je pense que ce serait la même chose en Europe mais, ici, c’est comme un grand rite de passage. Vous ne pouvez d’ailleurs pas vous dire architecte aux Etats-Unis avant d’être diplômé architecte, même si vous avez un diplôme d’architecture étranger et avez travaillé pendant vingt ans.

La question qui vous tourmente ?

Peut-être la question de la durabilité. Quand on vous demande ce qui est durable dans votre architecture et que vous parlez seulement des technologies comme le recyclage des matériaux ou encore les peintures non toxiques, vous ne répondez pas, je pense, à une question plus large. Vous pouvez habiller votre projet de panneaux solaires et de matériaux recyclables, cela reste de l’habillage et je ne pense pas qu’il s’agisse de durabilité. Voilà pourquoi nous ne l’estampillons pas sur notre site Internet : la question est bien plus large.

Qu'est-ce qui vous exaspère en architecture ?

La même chose. La question de la durabilité. Ce qui est fait, où et comment.

La construction la plus ridicule de San Francisco ?

Il y en a peu mais je pense que le jukebox** se démarque.

05(@ArchitectIMet).jpgLa chanson que vous écoutez encore et toujours ?

Fortunate son de Circle Jerks. L’original, par Creedence Clearwater Revival, est aussi bon.

Votre message pour les jeunes architectes ?

Essayez de construire quelque chose aussi vite que possible. Ne soyez pas obsédés par l’architecture de papier. Essayer d’avoir un projet construit car vous apprendrez plus en construisant. En gérant l’économie du projet, les relations avec le client, les entreprises, en vous confrontant à la constructibilité et aux demandes d’autorisations, vous apprendrez davantage. L’architecture est une affaire complexe. Bien des jeunes se préoccupent de l’apparence de leur projet mais il y a tant d’autres choses pour être bon architecte. La partie la plus difficile est de bien construire. Même s’il ne s’agit de rien d’exceptionnel ou de grand, quel que soit le projet, essayez de construire quelque chose.

L'architecte qui vous accompagne ?

Je me souviens, quand j’étais étudiant, je me demandais «ce qu’aurait bien pu faire Mies van der Rohe». Aujourd’hui, je ne sais pas si j’ai encore un architecte qui m’accompagne. Je ne pense plus de cette façon. Je n’ai plus ni idole ni mentor peut-être parce que trop nombreux sont les architectes à m’influencer désormais.

06(@SFOSL)_B.jpgCe que vous retenez de vos années d'études ?

D’être assis à la table de dessin et de fixer le papier. Je n’étais pas comme les autres étudiants : je ne travaillais pas en atelier. Je travaillais seul dans ma chambre.

Comment feriez-vous les choses différemment?

J’étais trop obsédé par certains projets. J’aurais dû regarder davantage les autres opportunités au lieu de me focaliser sur un seul et unique projet qui ne pouvait, peut-être, jamais être construit.

Propos recueillis par Suzie Passaquin et Charlotte Vuarchex

* Architectes, curieux et avides de rencontres, les membres de l'association 'Architects I met' vont à la rencontre d'autres architectes autour du monde. A travers ces personnalités, ils explorent différents lieux et thématiques.
En savoir plus : http://architectsimet.com/

** Construit en 1989 par DMJM architects, l’hôtel Marriott Marquis, de par son style postmoderne et ses lignes marquées, a reçu le sobriquet de jukebox peu après sa livraison.  

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