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Compte-rendu | Toulouse, la pré-histoire de l'ENSA (27-03-2014)

Jean-Henri Fabre, architecte, enseignant à l'ENSA Toulouse, exposait avec faconde, lors de la journée d'études du 16 janvier 2014 à Strasbourg sur le thème 'Les écoles régionales d'architecture. Bilan et perspectives de recherches', l'histoire animée de l'école régionale de Toulouse, des Beaux-Arts jusqu'à la période de maturité, celle des années 60.

Vie étudiante | ENSA Toulouse | Strasbourg | Jean-Henri Fabre

L'exposé soutenu par Jean-Henri Fabre est historique, linéaire. En guise de propos liminaires, l'architecte rappelle qu'il faisait partie en juin 1969 des premiers diplômés français à présenter leur projet non pas à Paris mais dans leurs écoles d'origine. «Aussi, je ne serais pas impartial», prévient-il.

En 1804, l'enseignement de l'architecture est aux Beaux-arts de Toulouse. «La formation des architectes voisinait celle des artistes mais aussi celle des ouvriers et artisans des arts appliqués», souligne-t-il.

Jusqu'en 1939, l'institution répond au nom d'Ecole des Arts et des Sciences industrielles. «Nous étions dans un ancien couvent. Les élèves architectes occupaient à l'étage noble un immense atelier de 8 mètres de large et 40 mètres de long. A côté, il y avait la salle des plâtres mais aussi un amphithéâtre commun à tous les élèves», note Jean-Henri Fabre.

Les lieux sont bien «encadrés», assure-t-il. D'un côté, le siège de l'Ordre des Architectes, de l'autre, l'église de la Dorade où «les compagnons venaient effectuer leur rituel».

02(@SMachefert).jpg«Ce bâtiment monumental abritait un atelier crasseux comme, cela dit, tous les ateliers d'architecture», sourit l'architecte. 

Du XIXe siècle aux années 60, la situation demeure plus ou moins la même. Ainsi, les descriptions faites de situations révolues, bel et bien antérieures à son expérience des lieux, donnent l'illusion d'un passé vécu.

A Toulouse, «la formation des architectes remonte au XVIIIe siècle et l'école a longtemps vécu sur la gloire de l'académie royale», soutient l'orateur.

«Cette gloire a été réactivée au XIXe siècle par sept Prix de Rome délivrés à des sculpteurs, trois à des peintres dont Ingres, trois à des architectes dont l'Ariégeois Patrice Bonnet», poursuit-il.

Les meilleurs éléments partaient alors à Paris «pour montrer l'excellence occitane». Entre Toulouse et la capitale, des années durant, une «distance» s'est toutefois imposée. «Nous étions les vassaux d'ateliers, parfois de façon élégante comme avec celui de Victor Laloux».

Jean-Henri Fabre s'évertue alors à expliquer un système de subordination où les directeurs en titre de l'école de Toulouse sont en fait, à Paris. «L'égalité des chances, personne n'y croit !».

«En octobre 1963, je marchais sur de la bouillie de livres», reprend l'orateur. Les ateliers sont encore plus ignobles et les rituels de l'école «tout aussi crasseux» : «Les repas d'atelier étaient d'autant plus réussis que la beuverie était plus importante, qu'on avait cassé le plus de choses, comme chez les Celtes. Il y avait la fanfare, les brimades, le culte de la charrette... Nous étions dans un état second», se souvient-il.

Le règlement stipulait alors l'interdiction des discussions politiques et religieuses. «Quelques années après la guerre, le patron de l'école décrivait les punitions que le maire devait avaliser. Ce dernier, issu de la résistance, a vite fait de biffer cela», félicite-t-il.

«En 1963, quand je rentre à l'école, j'achète mon matériel ainsi qu'un petit recueil d'éléments décoratifs pouvant servir à l'ornement des façades. Dans les magasins de fournitures pour artistes, nous ne trouvions que cela et 'Vers une architecture' de Le Corbusier, édité par la même maison d'édition. Il n'y avait, à Toulouse, aucun autre ouvrage d'architecture», se souvient-il.

Pourtant, la ville rose, à l'époque, cédait aux tentations modernistes et la maquette du projet de Georges Candilis pour la ZUP faisait alors sensation.

03(@Morburre)_S.jpgL'école régionale d'architecture reprenait, ni plus ni moins, les trois temps des Beaux-arts : la copie, l'imitation et la transgression. «J'ai appris, comme tout le monde, le tracé des ombres, le seul enseignement sérieux», sourit-il.

Jean-Henri Fabre dénonce autant le «dessin d'affiche» que le «dessin artistique». «En 66, il y avait d'autres poncifs». Pour la démonstration, il se prête à la comparaison de deux dessins, l'un en apparence classique, l'autre, moderne, chacun issu d'un art certain de la composition.

«En 1958, l'arrivée de Malraux au ministère de la Culture et la mise en place de Max Querrien ont cassé l'académisme dans la formation des architectes. Il y a eu en 1965, au Grand Palais, la constitution d'ateliers pour ceux qui voulaient expérimenter», souligne-t-il.

Fort de cette caution morale, un groupe d'étudiants a fondé, à Toulouse, l'Atelier C «pour quitter le monde de l'affiche graphique et recevoir, enfin, une formation d'architecte».

Le tracé des lettres à la main reste toutefois l'objet d'enseignement ; «il nous apprenait le sens des proportions».

En parallèle, les «invasions barbares» bousculent davantage encore les méthodes pédagogiques. Georges Candilis, en premier lieu, «qui n'est pas passé par les Beaux-arts».

Jean-Henri Fabre évoque aussi Malbranche, «Haïtien, réfugié à Moscou, diplômé en Russie, exposé au musée des réalisations soviétiques, il était notre gourou marxiste-léniniste, un excellent vendeur».

Il y avait aussi Archigram et les publications de l'école d'architecture d'Ulm reconnue pour sa conception originale de la pédagogie. «Nous étions en rage», soutient l'architecte. Tensions et contrastes sont tels que le positionnement n'en est que plus difficile.

In fine, l'ouverture aux sciences sociales et notamment à la géographie permet aux étudiants de ne plus voir le paysage comme une simple représentation. L'heure du contexte semble avoir sonnée alors même que la géométrique constructive est assimilée à un «décor». Exit la théorie.

«En 68, nous avons occupé l'école. Nos affiches étaient plus inspirées de Lautréamont que de Lénine ou de Trotsky. Les Unités Pédagogiques ont été créées et un programme d'enseignement fut rédigé», résume Jean-Henri Fabre.

Georges Candilis reçoit alors la commande d'une nouvelle école d'architecture à Toulouse. Une ère nouvelle venait de s'ouvrir.

Jean-Philippe Hugron

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