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Chronique | Pritzker, la mise au Ban (02-04-2014)

Shigeru Ban, Mère Teresa de l'architecture ? Le jury du Prix Pritzker* récompense autant les derniers projets gesticulants de l'homme de l'art que ses initiatives humanitaires. Un grand écart entre tentes de papier et musées chiffrés à plusieurs millions d'euros.

Pritzker | Japon | Shigeru Ban

Le premier réflexe, à l'annonce du Pritzker Prize 2014, serait de dénoncer la plaisanterie. D’ores et déjà émérite, l'architecte japonais n'a nullement besoin d'un éclairage médiatique, qui plus est à même de le détourner des causes humanitaires pour l'orienter vers la course aux équipements de luxe. Shigeru Ban, désormais, marque déposée ?

Le second réflexe serait de soupirer. Il y a, suite à cette annonce, comme une vague lassitude. Un Japonais, encore un, plus encore, le septième à recevoir la distinction, un an après Toyo Ito.

Hasard de calendrier ? Affinité sélective du jury lequel est, en 2014, à l’exception de deux nouveaux venus, le même qu’en 2013**. Peut-être serait-il temps d'en renouveler les membres...

Le tropisme asiatique, plus particulièrement nippon, n'a d'ailleurs que trop duré. Voilà qui est faire fi des architectes du 'sous continent' indien ou encore d’Afrique ou d’Amérique latine. Quel courage à récompenser Shigeru Ban ?

N'y avait-il d’ailleurs pas un architecte russe à récompenser ? Alexander Brodsky, pour ne citer que lui, propose une alternative remarquable.

Construction d'urgence, recyclage et détournement des matériaux, enjeux sociétaux voire pédagogiques, sont autrement plus légion dans les pays dits «émergents».

Pour les sociétés de l’abondance, l'humanitaire semble parfois l’occasion d’un rachat ; ce prix attribué à Shigeru Ban y participe. Il est, à dire vrai, de ces architectes du monde dominant, de ceux qui travaillent pour les 'grands' et il est de ces hommes «humbles», sensibles aux causes sociales et aux catastrophes. Bingo !

02(@KartikeyaShodhan)_S.jpgLes photographies présentées dans le dossier de presse illustrent une carrière méconnue, du moins pour celles et ceux qui n'auraient pas parcouru l'archipel extrême-oriental à la recherche des oeuvres de Shigeru Ban.

Des maisons, des 'flagship stores' - en somme, les étendards architecturaux de marques de luxe - ou encore des appartements pour nantis new-yorkais. Autant de programmes et de budgets généreux pour la mise en oeuvre d’une architecture variée, audacieuse et même de qualité.

Le public français n'aura, quant à lui, que le plus mauvais. Le Centre Pompidou Metz est un échec et rejoint la longue liste des édifices conçus par des agences japonaises, lesquels interrogent sur la transposition d'une architecture conçue aux antipodes dans un contexte géographique et normatif bel et bien différent.

Le projet de Cité de la Musique à Boulogne-Billancourt, sur l’île Seguin, toujours de papier, n'est, pour l’heure, pas beaucoup plus séduisant. Les tressages de bois - la marque de fabrique recyclée et éprouvée de Shigeru Ban - se retrouvent sous la forme inédite d'un dôme géodésique, accompagnés - sensibilité écologique oblige - d'une ombrière amovible sous forme d'aileron de requin.

03(@SBanJdeGastines)_B.jpgLe monde est en crise et les situations économiques, aussi différentes soient-elles de par le monde, invitent à plus d'humilité. Shigeru Ban appelle, quant à lui, à travers ses projets, à un formalisme débridé. L'écart entre humanitaire et musée parait trop grand pour être honnête.

Eglises de papier et habitats de fortune d'un côté, musées et équipements culturels de l’autre. Pour rappel, Pompidou Metz «ne devait pas dépasser les 30 millions d’euros» ; finalement, l’institution a coûté plus du double. La Cité de la Musique est, quant à elle, estimé à 170 millions d’euros. Humanitaire, humanitaire. A ce compte, Shigeru Ban est à l'architecture ce que Lady Di était aux bonnes oeuvres.

Alors, dénoncer l’intégrité de la fondation Hyatt, mécène du Pritzker Prize ? Elle n’a, après tout, de comptes à rendre à personne.

Reste la portée du prix, indiscutable, qui transforme la personnalité de l'architecte en produit 'marchandable' à même de valoriser un territoire ou une ambition urbaine et donc politique.

A mesure des années, le Pritzker lasse, ennuie... mais qui pour le refuser ?

Jean-Philippe Hugron

* Lire à ce sujet 'Shigeru Ban, Pritzker Prize 2014 : le jury s'explique'
** En 2014, le jury était composé de Lord Palumbo, Alejandro Aravena, Stephen Breyer, Yung Ho Chang, Kristin Feireiss, Glenn Murcutt, Juhani Pallasmaa, Ratan N. Tata et Martha Thorne.
Et en 2013, de Lord Palumbo (Chairman), Alejandro Aravena, Stephen Breyer, Yung Ho Chang, Glenn Murcutt, Juhani Pallasmaa et Martha Thorne (Executive Director)

Réactions

Elsa | Etonnée | Paris | 02-04-2014 à 21:34:00

En quoi le Centre Pompidou Metz est-il un échec???

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