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Visite | Crèche et jardin d'enfants de 60 berceaux et 60 places à Paris, signés B. Rollet (28-10-2010)

"Les façades se regardent, le jardin au milieu, les toits s'élèvent, les pergolas se dessinent, les enfants au travers transparence et regard". En 2003, la Ville de Paris a organisé un concours pour une crèche et un jardin d’enfants sur un terrain situé à proximité de la porte des Lilas (19ème). C'est en dérogeant au programme que l'architecte a gagné le concours. Découverte.

Bâtiments Publics | Education | 75019 | Bruno Rollet

Préalable

"Nous sommes proche du point culminant de Paris rue Télégraphe : 129 mètres au dessus de la mer ! J'aime ça", assure d'emblée Bruno Rollet. Auparavant, avant même que ne commence la visite, un habitant du quartier s'est approché. "Vous êtes de la ville ?", demanda-t-il, avant de déplorer une tentative, inaboutie, de tag sur la crèche toute neuve et d'exprimer sa satisfaction, teintée d'étonnement, depuis la construction de l'ouvrage.

Le programme prévoyait l’entrée de la crèche et des services rue de Romainville et celle du jardin d’enfants rue de Belleville. Bruno Rollet estimait que l’entrée du public des deux équipements devait se faire dans la continuité du mail de la rue de Belleville au travers d’une cour, "lieu de partage entre les deux programmes". Aujourd'hui, pas encore planté, ce sas est un sol en béton entouré de grilles. Soudain, autre instantané capté sur le vif, au moment d'entrer dans cette cour, une maman s'essuie les pieds.

Pour compenser la surface utilisée par cette cour de 75m² non inscrite au programme et par la faille qui offre la transparence d'une rue à l'autre, l'architecte a 'tiré' sur les trois boîtes qui donnent en porte-à-faux sur le jardin. Opération plus délicate qu'il n'y paraît puisque le vide du jardin est une source de lumière importante. D'ailleurs, tant Mme. Nicholson que Mme. Genty, directrices respectivement de la crèche et du jardin d'enfant, louent la "luminosité" de l'équipement, leur permettant ainsi qu'au personnel de travailler à la lumière naturelle. L'une et l'autre se félicitent également de la qualité des espaces, pourtant décrits par l'architecte "comme un jeu de cube le plus simple du monde". "On ne sent pas écrasé, confiné", dit l'une. "Les enfants exploitent l'espace", dit l'autre.

A noter enfin les toits de l'équipement, autant de terrasses ouvertes aux enfants et lieux de vie supplémentaires dont les pergolas seront plantées pour proposer de l'ombre en été. Et aussi pour permettre aux "voisins de plonger leur regard sur cet endroit".

Christophe Leray

02(@BrunoRollet).jpgLe texte ci-dessous a été écrit par Bruno Rollet

On ne peut pas parler de grande densité dans ce quartier mais de contrastes et de différences. Le nouvel alignement de la rue de Belleville a modifié l’échelle du bâti : l’emprise de la rue passe de quinze mètres à la porte des Lilas, à vingt deux au niveau du terrain, puis à trente trois au niveau du mail piéton. La hauteur des immeubles d’habitation dont la plupart ont été construit dans les trente dernières années varie de un à douze étages. Côté 20ème, des logements sociaux et un atelier de la RATP font face au terrain de façon majestueuse.

Espace public et transparence

Construire un équipement destiné à la petite enfance abritant crèche et jardin d’enfants sur cette parcelle est une décision politique et urbaine forte. Le règlement du concours prévoyait l’entrée de la crèche et des services rue de Romainville, celle du jardin d’enfants rue de Belleville. Je ne souhaitai pas deux entrées opposées sur chaque rue. L’entrée du public devait se faire dans la continuité du mail de la rue de Belleville par une cour, lieu de partage entre les deux programmes, et l’entrée de service rue de Romainville.

03(@BenoitFougeirol)_B.jpgLa mesure du lieu

Prendre la mesure du lieu c’est regarder le quartier, l’autour, les immeubles mitoyens, leurs dimensions leur gabarit et les murs délimitant la parcelle. Trouver la mesure du lieu, c’est établir le lien entre l’échelle de l’existant et celle du programme à construire.

Révéler la topographie et la transparence, à travers l’îlot entre la rue de Belleville et la rue de Romainville en contrebas me semble essentielle, et permet de pratiquer la parcelle dans sa profondeur. Construire sur la périphérie du terrain des plots à l’échelle des unités de vie abritant les enfants, du plus bas côté rue de Belleville, vers le plus haut côté rue de Romainville.

La mesure du programme

La crèche comprend six unités d’enfants de 3 mois à 2 ans et demi, le jardin d’enfants quatre, de 2 ans et demi à 6 ans. Douze enfants sont accueillis par unité dans une salle de jeux de change et de sommeil d’une surface d’environ 60m², à proximité d’une salle de psychomotricité et de jeux d’eau. Les aires de jeux extérieures représentent 400m² soit la moitié de la surface du terrain.

04(@BrunoRollet)_S.jpgLa crèche dans un sens, le jardin d'enfants dans un autre, l'origine étant la cour d’entrée rue de Belleville, un lieu particulier, filtre entre dehors et dedans, transition entre espace public de la rue et espace intérieur les plots, lesquels offrent une infinité de possibilités dans le fonctionnement. Le haut des plots est évidé, offrant un espace de jeu sur le toit, "une pièce à l’air libre". Sur les toits les enfants jouent. Au milieu, un jardin lieu de vie. Le tout est terrasses ou jardins, espaces modulables.

De l’ordre du plein de l’ordre du vide

Le préalable sur l’entrée, la transparence entre rue haute et basse, le cheminement sur la parcelle, le regard sur l’autour, l’emprise au sol de 8mx8m de l’immeuble du 92 rue de Romainville, permettent de positionner en périphérie du terrain dans le prolongement des immeubles mitoyens des volumes à l’échelle des unités de vie des enfants, du plus bas côté rue de Belleville, vers le plus haut côté rue de Romainville libérant un jardin au milieu.

La crèche se développe à l’est, le jardin d’enfants à l’ouest, et des relations visuelles de l’un à l’autre. Un escalier extérieur côté rue de Romainville entre crèche et jardin d’enfants participe à la transparence. Des volumes vitrés en porte à faux des façades en Ductal prolongent les espaces de jeux côté jardin. Sur la rue de Romainville côté nord des oriels agrandissent les espaces de jeux et de repos.

05(@BrunoRollet).jpgDes toits terrasses, émergent des volumes en Trespa de couleur abritant salles de change, réserves de jeux, escalier et ascenseur. Autour des terrasses et de la cour d’entrée, des jardinières sont plantées permettant aux pergolas de donner une ombre et un couvert végétal.
Une trentaine d’espèces poussent comme le jasmin étoilé, la glycine, la bignone, le millepertuis, le deutzia, la ceanothe…

De l’ordre du fonctionnement

Les deux programmes fonctionnent de façon indépendante sur deux niveaux à partir du rez de Belleville pour la crèche et du r+1 pour le jardin d’enfants. Les locaux au rez de Romainville, destinés à la préparation des repas, au lavage et repassage du linge, sont communs.

De l’ordre de l’architecture

Sur les façades, de grandes plaques de Ductal coulées sur des fonds de moule en méthacrylate scintillent au soleil. Les plus grandes de 3,5m par 2,5m pèsent 350kg et sont fixées en partie haute par des attaches en inox. Les installations techniques sont dissimulées dans une galerie technique et une centrale d’air se trouve au niveau rue de Romainville.

Espace public/limite entre dehors/dedans/autour/alentour/rues/transparence/plein /vide/volumes/ enveloppe/façades/toits/confort/espaces de travail/jeux/repos/vie ont guidé ce projet.

En montant au 7ème étage de l’immeuble de la RIVP rue de Belleville le paysage est magnifique. On reconnaît certains édifices passant à proximité du boulevard périphérique, le regard part au lointain vers le nord.

La ville est belle.

Note de l'architecte : A l’agence, Julie de Legge, architecte, a travaillé lors du concours et du chantier ; Florence Ayglon, architecte, est intervenue pendant la phase des études et Annie de Villepoix sur les couleurs pendant son stage. Martine Renan paysagiste a fait plus que choisir les végétaux : elle a perçu ce projet dans sa globalité.

Fiche technique

Maître d’ouvrage : Ville de Paris, direction de l’architecture
Maître d’oeuvre : Bruno Rollet
Economiste : AEI
Structures : EVP ingenierie
Fluides : BETHAC
Paysagiste : Martine Renan
Montant des travaux : 4.300.000€h.t. [valeur 2002] (équipements compris)
Surface parcelle : 765m²
SHON : 1.710m²

Surfaces utiles :
- crèche : 560m²
- jardin d’enfants : 490m² (dont espaces extérieurs)
- locaux communs : 90m²
- logements : 80m²
- jardin : 120m²
- terrasses : 310m²
- cour : 75m²
Livraison février 2008

Cet article est paru en première publication sur CyberArchi le 16 avril 2008.

Réactions

marie | Étudiants | algerie | 02-06-2011 à 22:21:00

je suis une étudiants ds l'architecture 1 ére année et j'ai trouve votre crèche merveilleuse.
en plus a le projet final de cette année en a demandé faire un jardin d'enfants dc je peut connecter avec vous pour l'aide et merci

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