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Etats-Unis | Nulle part ailleurs, Herzog & de Meuron (09-04-2014)

La starchitecture interchangeable ? Dans un article paru le 17 mars 2014 dans The Architect's Newspaper, Ray Rinaldi présente le Pérez Art Museum (PAMM) livré par Herzog & de Meuron à Miami fin 2013. Selon le critique d'architecture, alors que la plupart des musées sont transposables partout dans le monde sans que leur «intégrité architecturale» ne soit menacée, le PAMM est fait pour Miami, et pour Miami seulement.  

Bâtiments Publics | Culture | Etats-Unis | Herzog & de Meuron

PEREZ ART MUSEUM : LE PROJET DE HERZOG & DE MEURON BROUILLE LES FRONTIERES ENTRE INTERIEUR ET EXTERIEUR
Ray Rinaldi | The Architect's Newspaper

MIAMI - Il est impossible de parler du projet de Herzog & de Meuron pour le nouveau Pérez Art Museum sans évoquer l'autre bâtiment construit à Miami par l'agence, un parking livré en 2010 qui tire son nom de son adresse, le 1111 Lincoln Road. Les deux projets engagent la même problématique : où commence l'espace intérieur et où s'arrête l'espace extérieur ?

Certes, cela fait un siècle que les architectes essaient de brouiller les frontières en la matière, le plus souvent en atténuant la présence des murs extérieurs avec différentes sortes d'ouvertures et d'avancées ou en limitant les frontières grâce à l'emploi du verre.

Avec ces deux projets en Floride, Herzog & de Meuron font mieux encore. Ils éliminent tout simplement les murs extérieurs en tant que périmètre de leurs bâtiments. Le parking est ainsi composé de sept strates de béton superposées et soutenues par une série de colonnes intérieures inclinées. D'où un loft entièrement transparent pour les voitures, avec une vue à 360 degrés et une présence urbaine élégante qui est très demandée pour accueillir des soirées mondaines et des expositions d'art.

Le musée Pérez suit le mouvement. En résumé, il est composé de deux plateformes, l'une proche du niveau du sol, l'autre érigée trois étages plus haut, entre lesquelles se niche une collection de boîtes connectées les unes aux autres. Posée délicatement sur de fins poteaux, la strate supérieure forme une console de neuf mètres de large avant de rejoindre un plan vertical, créant une véranda ombragée qui fait tout le tour du musée.

02(@IwanBaan)_B.jpg Plutôt que de jouer le rôle de véranda, ces espaces recouverts de treilles sont de vraies extensions du musée, entièrement dédiées à des expositions d'art. Ces galeries à ciel ouvert, lesquelles représentent presque 25.000 mètres carrés au total, furent pleinement exploitées quand le musée a ouvert ses portes en décembre, avec une série de sculptures de l'artiste Ai Weiwei, dont le travail faisait l'objet d'une rétrospective dans l'ensemble du bâtiment. Bref, ces espaces font clairement partie du périmètre du musée, même si d'aucuns en font l'expérience avant même de franchir l'entrée du musée.

Ces deux bâtiments de Herzog & de Meuron évoquent la possibilité d'un nouveau langage vernaculaire pour Miami, ville mieux connue pour empiler de l'ornementation art déco et étanchéifier au maximum ses bâtiments afin que l'air conditionné ne s'échappe pas. Leur architecture respirante et sans manière convient à la personnalité sulfureuse de la ville en bord de mer tout en fonctionnant parfaitement dans le cadre de son climat tempéré.

Le climat, justement, est le puissant moteur du projet supervisé par la chef de projet Christine Binswanger. Situé dans la pittoresque Biscayne Bay, dans le nouveau Museum Park de la ville, le bâtiment ayant coûté 131 millions de dollars* (95 millions d’euros, ndt.) repose sur des pilotis qui le positionnent ainsi au-dessus du sol, le protégeant des variations d'eau dues aux ouragans. Les murs sont réalisés en béton afin de préserver les espaces intérieurs de la chaleur. Pourtant, le bâtiment conserve une agréable lumière grâce à ses piliers qui l'élèvent suffisamment pour accueillir un parking. Par ailleurs, le béton est adouci par du teck cernant portes et fenêtres.

03(@OriolTarridas)_S.jpgRectangle doté d'une vaste cage d'escalier menant à l'entrée, de loin, le bâtiment présente une forme classique. De près, il rompt avec toutes les règles traditionnelles. Les volumes sont irréguliers et le toit, asymétrique, est prolongé par des treilles essentiellement du côté de la baie, plutôt qu'à l'avant du bâtiment. Le café du musée en profite pleinement avec ses tables sous les avancées.

Les surprises continuent à l'intérieur, en commençant par un vestibule anormalement long que parcourent les visiteurs avant d'accéder aux galeries d'exposition (à la température contrôlée afin de préserver les 1.800 pièces de la collection). Le hall d'entrée semble mener nulle part en particulier ; le visiteur 'tombe' dans les autres salles du musée au fil du parcours.

C'est l'une des particularités du musée Pérez. Le visiteur n’y est pas orienté ; il emprunte le chemin qu'il souhaite au travers des 120.000 mètres carrés des galeries intérieures. Il n'y a pas de vaste hall prolongé de salles de part et d'autre guidant les pas du visiteur. Aussi, chacun peut tout aussi bien se rendre à gauche ou à droite, en haut ou en bas, revisiter des salles ou en manquer une. D'aucuns trouveront cela déroutant ; d'autres, au contraire, y trouveront un changement libérateur au regard de l'ordre typique des musées.

Pour ceux qui se perdent, le bâtiment est pourvu de nombreuses distractions agréables. Des boites vitrées, avec sièges intégrés, invitent au repos. Le musée est doté de Wi-Fi gratuit et il est possible de consulter ses messages assis sur les marches d'un deuxième escalier situé au centre du bâtiment, lequel sert également de salle de conférences une fois des rideaux tirés. Tout un chacun peut admirer les jardins suspendus dessinés par l'artiste Patrick Blanc qui tombent tels des cigares verts le long de la véranda.

04(@OriolTarridas)_S.jpgLa majeure partie du Museum Park est toujours en construction. Restent à venir un centre scientifique par Grimshaw Architects, un aménagement signé James Corner Field Operations et, de quoi capter tous les regards, une tour résidentielle par Zaha Hadid de l'autre côté de la rue. Il est difficile de dire comment le musée Pérez interagira face à ce contexte architectural. Pour l'instant, il semble telle une île éloignée du centre-ville.

Mais le musée est déjà en phase avec son environnement naturel, notamment la baie. Ses ouvertures et son porche le cadrent sous tous les angles et d'autres escaliers mènent à une passerelle au bord de l'eau. De telles connections naturelles ne sont pas la norme. Les musées sont un exemple en matière d’architecture aux Etats-Unis et font partie des plus beaux bâtiments du pays. Trop souvent, leurs espaces sont surdimensionnés et négligent la beauté alentour. La plupart des musées pourraient être attrapés par une grue et déposés dans une autre ville sans que leur intégrité architecturale soit altérée. Ce musée, sur pilotis, sur l'eau, ne pourrait être ailleurs.

Ray Rinaldi | The Architect's Newspaper | Etats-Unis
17-03-2014
Adapté par : Emmanuelle Borne

* Le prix indiqué par The Architect's Newspaper est loin du prix affiché par d’autres sources. Forbes ou CNN évoque un coût total de 220 millions de dollars (160 millions d’euros), ndlr.

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