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Vietnam | Vo Trong Nghia : bambou, bon filon ! (09-04-2014)

Le bambou ? «Un ami intime», répond Vo Trong Nghia, architecte vietnamien mondialement reconnu pour ses réalisations originales en bambou. Dans un entretien mené par Hoai Trang, journaliste, et publié le 1er février 2013 dans Tuoi Tre Online, Vo Trong Nghia revient sur sa pratique architecturale, entre culture locale et conscience environnementale.

Bambou | Ho-Chi-Minh-Ville | Vo Trong Nghia Architects

LE BAMBOU DANS LES OEUVRES DE VO TRONG NGHIA
Hoai Trang | Tuoi Tre Online

HO-CHI-MINH-VILLE - En lieu et place du béton, le bambou, un matériau populaire représentant l’esprit des Vietnamiens, a été utilisé de manière audacieuse et moderne dans des constructions signées Vo Trong Nghia. L’originalité et la créativité de ses oeuvres permettent au monde de découvrir une nouvelle face de l’architecture vietnamienne : celle du bambou.

L’architecte Vo Trong Nghia a reçu de nombreuses récompenses internationales pour ses oeuvres architecturales et son talent. L’année 2012 a été significative puisque marquée par onze prix internationaux, tels que le prix 'Architecte avant-gardiste 2012' du magazine de renommée mondiale Architectural Record. Il fut lauréat au Festival Mondial d’Architecture dans la catégorie 'Enseignement' avec l’école primaire et le collège Phan Chu Trinh (province de Binh Dương) et dans la catégorie 'Logement' avec la Maison Verte (dans le 2e arrondissement de Hô-Chi-Minh-Ville).

Il obtint le premier prix WAN 21 for 21 et fut classé dans la liste des vingt-et-un architectes les plus créatifs représentatifs du XXIe siècle par la revue World Architecture News (notamment grâce à ses oeuvres en bambou). Récemment, il a figuré sur la liste des 200 jeunes dirigeants d’Excellence du monde en 2014 (Young Global Leaders 2014).

Les constructions de ce talentueux architecte - notamment ses projets en bambou (café et bar Wind and Water, restaurant Hill au Mexique, le pavillon du Vietnam à l’Exposition de Shanghai 2010) -, sont à la fois innovantes et traditionnelles, adaptées au climat et au mode de vie des Vietnamiens.

02(@HiroyukiOki)_B.jpgTuoi Tre Online : Le bambou nous fait souvent penser à la tradition et à la culture vietnamienne. Cependant, représente-il vraiment l’image de notre pays et de notre peuple ?

Vo Trong Nghia : Le bambou et ses variétés ne sont pas une particularité du Vietnam. Il se plante ou se développe naturellement dans tous les pays tropicaux, depuis l’Asie jusqu’en Amérique du Sud. Il constitue un matériau important dans différents domaines.

Dans l’histoire de notre pays, le bambou est omniprésent : sujets de célèbres poèmes, autrefois armes contre les ennemis, objets d’usage courant tels que des baguettes pour se nourrir, des paniers pour faire les courses ou transporter des aliments, des lits pour dormir, des petites constructions pour s’abriter, des enclos pour le bétail, des barrières pour délimiter les habitations...

Je suis sûr que l’image de cette plante est inoubliable pour tous les Vietnamiens.

03(@PhanQuang).jpgEn parlant de l’architecture en bambou, d’aucuns pensent immédiatement à Vo Trong Nghia. Autrement dit, chacun se représente le Wind and Water à Binh Dương ou à la salle de spectacles Bamboo Wings à Vinh Phuc. Pour quelles raisons avez-vous choisi le bambou comme matériau ?

Il n’est pas difficile de s’en faire un ami, c’est-à-dire de composer avec le bambou. Pourtant, devenir son «ami intime», le comprendre et le réhabiliter constitue un véritable défi pour les architectes du monde entier. Relever ce défi est donc une des raisons pour lesquelles j’ai utilisé le bambou dans mes premières constructions au Vietnam. D’un autre côté, ce végétal est lié à ma vocation pour l’architecture verte.

Le bambou est un matériau familier, à notre portée. Mais il n’est pas si facile à utiliser. Jusqu’à maintenant, avec le bambou, nous n’avons fabriqué que de petits objets ou réalisé que des constructions dont la structure est simple et de petite ou moyenne envergure. Je me sentais suffisamment aventureux pour le choisir comme matériau principal pour mes grands ouvrages (sans oser dire gigantesques) à structure complexe.

En réalité, les projets que vous voyez actuellement font suite à de nombreux échecs. Considérant chaque échec comme un grain de riz, mes échecs équivalaient à un grand bol de riz.

J’ai récolté, ces dernières années, de moins en moins de riz (rires). Autrement dit, le bambou et moi, nous nous comprenons de mieux en mieux.

04(@HiroyukiOki)_S.jpgQu’est-ce qui vous a permis d’obtenir autant de succès et d’impressionner ainsi les architectes internationaux ?

En fait, d’autres pays ont utilisé le bambou dans la construction. Ils utilisent souvent des types d’assemblage en métal pour relier des tiges de bambou, ce qui augmente les coûts de réalisation, complique l’installation et lui donne une structure droite comme celle d’ouvrages en bois ou en métal.

Derrière ses inconvénients, ce matériau bon marché et incroyablement souple cache des qualités. Dans nos ouvrages, nous utilisons le système de tenons mortaises traditionnels, ce qui permet à des tiges de bambous de se relier de manière flexible, aisée et harmonieuse. Nos techniques ont mis en avant les avantages de ce matériau et donné vie et beauté à des tiges de bambous insignifiantes.

On peut dire que nous avons réussi à relever un double défi : nos oeuvres arrivent à conquérir le monde tout en gardant l’esprit vietnamien.

L’architecture en bambou est-il le seul représentant de l’architecture typiquement vietnamienne ? Existe-t-il d’autres architectures aux matériaux traditionnels vietnamiens ?

Il en existe certainement d’autres. L’identité de l’architecture d’un pays ne dépend pas de son apparence ou de ses matériaux. L’importance est l’adaptation d’une construction au climat, aux caractéristiques du sol et au mode de vie de ce lieu.

Un édifice répondant aux besoins de ses habitants et s’harmonisant avec l’environnement, en dépit des matériaux utilisés, mérite d’être un représentant de l’identité architecturale de ce pays.

Le Vietnam est un pays agricole. Notre architecture devrait montrer cette particularité. Par exemple, nous pourrions cultiver sur le toit des bâtiments pour augmenter la superficie agricole, ce qui me semble nécessaire quand le nombre de terres cultivables se réduit. Les surfaces non utilisées sur les toits des édifices sont très importantes. Il serait bien d’y planter des arbres pour stimuler le développement des plantations et apprendre aux enfants de vivre en harmonie avec l’environnement.

05(@PhanQuang)_B.jpgLe bambou n’est donc pas l’unique élément dans votre orientation vers l’architecture verte ?

Tout à fait. Le bambou est facile à trouver, mais difficile à utiliser. Voilà pourquoi peu de grands ouvrages à structure complexe sont fabriqués en bambou.

Il y a deux éléments qui limitent l’utilisation du bambou dans la construction : tout d’abord, il s’agit du mode de penser dans la construction. Les architectes, entrepreneurs, investisseurs sont tellement habitués à construire avec des matériaux comme le fer, l’acier et le béton qu’aucun d’entre eux ne pense utiliser le bambou comme matériau. Le deuxième point porte sur les idées préconçues. Ils supposent que comme le bambou est sûrement moins cher que le béton ou l’acier, il est moins qualitatif. Mon opinion est légèrement différente.

En tant que matériau, le bambou a autant de qualités que le fer ou l’acier. Afin d’exploiter ce matériau efficacement sur le plan technique ainsi qu’esthétique, il faut investir convenablement.

Franchement, j’aimerais bien que le bambou puisse devenir le matériau clé dans l’architecture dite «verte». L’exploitation croissante du bambou dans la construction et la production des matériaux pourrait développer le reboisement et apporter un double avantage : profit économique et protection de l’environnement.

06(@HiroyukiOki)_B.jpgQuels sont vos projets pour l’année prochaine ?

Présenter de plus en plus de constructions vertes qui représentent l’identité culturelle du Vietnam dans le monde entier. Et bien sûr, l’architecture en bambou en fait partie.

N’avez-vous pas peur qu’au fil du temps, l’usage du bambou dans la construction ne devienne trop répandue, tout comme l’est aujourd’hui le béton ou l’acier ? Ne faudrait-il pas développer technologiquement le bambou ?

Ce sera inévitable. Rien n’est permanent. Nos habitudes et nos modes de pensées changent aussi.

Mes collègues et moi-même n’affirmons pas savoir parfaitement tout sur le bambou. Nous étudions et découvrons le bambou tous les jours. Le bar Wind and Water ou le centre Bamboo Wings ne sont que deux des multiples représentations de bambou dans l’architecture verte.

Si un jour un grand bâtiment est construit tout en bambou, cela ne me surprendra pas. Il suffit d’une progression technologique. Pourtant, le bambou reste un matériau vert dans tous les sens du terme.

Hoai Trang | Tuoi Tre Online | Vietnam
01-02-2013
Adapté par : Mai Linh Nguyen Pham

Réactions

duc loi | senior designer architect | france belgique | 06-02-2016 à 00:11:00

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