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Etats-Unis | Atroce mais utile, l'architecture des Mormons (23-04-2014)

«Atroce». Pour Inga Saffron, critique d'architecture pour le journal Philly.com, aucun autre adjectif n'est possible pour qualifier le nouvel ensemble résidentiel et religieux mormon conçu par l'agence new-yorkaise Robert A.M. Stern. Une fois le pastiche architectural dénoncé, Inga Saffron souligne néanmoins, dans un article du 22 février 2014, les mérites urbains du projet. Quand la laideur devient utile...

Logement collectif | Cultes | Etats-Unis | Robert A.M Stern Architects

Contexte
Depuis les années 50, Philadelphie (Pennsylvanie) est traversée par une voie rapide qui coupe le centre historique de sa périphérie. Endettée, la ville n’arrive pas à faire face aux conséquences de cet héritage et le développement urbain est aux mains des investisseurs privés.
Les Mormons proposent en conséquence une solution selon, bien entendu, leur stratégie et leurs finances, mais qui tient aussi compte de l’amélioration du cadre de vie des concitoyens. En résumé, l’architecture est désastreuse mais le pari urbain reste méritoire.
Cas d’école : l'adage «un mal pour un bien» s’applique-t-elle à la relation entre l’architecture et la ville ?
Point de vue d’un pragmatisme américain.
HU

CHANGEMENT D'HORIZON : COMMENT LES MORMONS ALLIENT ESPRIT CIVIQUE ET ARCHITECTURE ATROCE
Inga Saffron | Philly.com

PHILADELPHIE - Difficile de ne pas faire la grimace devant l’expansion du royaume de l’Eglise mormone au carrefour de la 16e rue et de Vine Street. La semaine dernière, le maire Michael Nutter a présenté ce caméléon, signé Robert Stern, combinant une tour d’habitation de style 1920 et un minuscule lieu de réunions, tout de briques, qui semble tiré tout droit de l’époque coloniale de Society Hill (quartier ancien du centre de la ville, ndt.).

Comme si cela ne suffisait pas, ces bâtiments rétros seront accompagnés d'un temple de Perkins+Wills, d'un blanc immaculé couronné de deux flèches, dignes représentantes du classicisme français, qui s'élèveront le long de la voie express. Cette collection de pastiches architecturaux promet de devenir l’ensemble le plus étrange de l’Amérique du XXIe siècle, en dehors de Las Vegas.

Etrange certes, mais rien ne l’empêchera néanmoins de devenir aussi le projet le plus civique construit actuellement à Philadelphie.

02(@JGrzywacz)_S.jpgEn fait, la mainmise des Mormons sur Vine Street et le développement d'une parcelle jusqu'à présent occupée par des parkings promettent de solutionner le désastre de la I-676 tout en posant un autre problème : comment apprécier un projet dont l'architecture est horrible mais qui, de toute façon, s’inscrit dans un urbanisme de départ médiocre, spécialement dans une ville qui systématiquement ne fait rien dans ces deux domaines ?

La prédilection des Mormons va vers des styles rassurants, historicistes. A l'instar de bien des groupes religieux, l'Eglise de Jésus-Christ est l'un port d’attache sûr dans un monde à la dérive et elle exige donc de ses constructions qu'elles suggèrent l'immuabilité. L’agence Stern, basée à New York, est bien heureuse de travailler sur ce message.

Voilà qui est d'autant plus vrai que la ville de Philadelphie commissionne l'agence chaque année. Lorsque la ville désespère d’avoir des projets symboles d'innovations et de vitalité, à l'instar de la Comcast Tower de Foster, l'agence Stern s'adonne au passéisme architectural, comme en témoigne son Musée de la Révolution américaine, pâle copie de l’Independance Hall.

Ce qui rend les plagiats particulièrement détestables, c’est qu'ils sont faits à l'économie. Pour que le Musée s’insère dans le contexte de la vieille ville, l’agence Stern a posé une coupole sans fenêtre, telle une cerise sur un gâteau, sur une volumineuse façade en panneaux de fausses briques. Encore heureux que l''Art Commission' ait exigé des modifications.

Les Mormons, et c'est à leur crédit, pensent leur architecture faite pour les siècles à venir. En choisissant une esthétique traditionnelle pour leurs projets de Vine Street, ils semblent vouloir faire les choses au mieux.

Aussi, le lieu de réunion et la tour de 32 étages auront des façades de briques. Contrairement à des promoteurs travaillant en ville, les Mormons sont disposés à payer davantage pour enterrer le parking de la tour et du temple, permettant aux deux blocs d'offrir un environnement accueillant pour les piétons.

03(@JGrzywacz)_S.jpgPour inviter tout un chacun à traverser la I-676, les Mormons ont commissionné Paul Whalen, leur architecte chez Stern, pour encercler la base de la tour de commerces et de constructions dont la hauteur s'apparente à des maisons de villes. Il n'y a aucun mur aveugle. Et ce sans demander une seule subvention.

Voilà qui aurait été remarquable si le site avait été dans le centre-ville mais ici, le projet jouxte un échangeur autoroutier, l'ultime condition urbaine moderne. Il est ainsi séparé du quartier animé de Spring Garden par une véritable Grande Muraille de garages et de parkings le long de Callowhill Street. Qui plus est, le côté Est de la 16e rue n'a pas de trottoir. Les Mormons sont déterminés à en créer un.

Rien n'est visible sur les rendus. J'ai donc contacté Tom King qui travaille pour le pôle immobilier de l'église. Cette dernière, qui clame conquérir plus de 300.000 membres chaque année dans le monde, est devenue un brillant promoteur grâce en partie à la bonne volonté de ses membres et à l'impôt qu'ils versent à l'église à hauteur de 10% de leur revenu.

C'est un modèle économique qui encourage une certaine forme de qualité. Depuis que les Mormons financent leurs propres projets et ne les confient pas à de grands groupes, ils dépensent davantage pour que leurs constructions durent dans le temps. Si seulement les promoteurs de Philadelphie pouvaient adopter cette approche !

Du fait de la présence du temple, l'église a décidé que les espaces alentours devaient être améliorés. «Ce n'est pas par charité», prévient Tom King. Le marché de la location à Philadelphie est fort et la tour est purement un projet commercial. N'importe qui peut y louer un appartement.

Plutôt que de créer une forteresse seulement accessible en voiture, les promoteurs ont compris que l'immeuble aurait d'autant plus de valeur sur le marché si les résidents se sentaient reliés au centre-ville. En dépit de l'échangeur, ils ont trouvé une parade pour les piétons de la 16e rue, en créant au pied de l'immeuble un ensemble de commerces à même de les encourager à venir.

04(@JGrzywacz)_S.jpgTom King voit en Vine Street un axe potentiellement piéton et animé. Ce n'est pas aussi bruyant que vous pourriez le penser considérant que la voie express est en-dessous. Ces maisons de villessont présentes sur trois côtés de la tour. Portes et perrons établiront un paysage de rue dans cette partie de la ville qui n'en propose pas.

Le lieu de réunion devrait étendre l'expérience du piéton. Contrairement au temple, il sera ouvert au public et offrira des espaces communautaires, un terrain de basket et une place paysagère à l'angle de Franklin Town Boulevard, l'élégant nom de cette partie de la 17e rue.

La porte principale de ce lieu de réunion fait face au temple. Contrairement au massif musée de la guerre révolutionnaire, la chapelle du lieu de réunion s'affirmera dans le paysage par un clocher inspiré de l'époque coloniale, haut de 35 mètres.

Malgré cette architecture vieillotte, il ne s'agira pas d'une rue à l'ancienne caractérisée par une succession d'entrées. Aussi, le temple n'a pas de porte sur Vine Street. Curieusement, il n'en a pas non plus sur le point le plus fréquenté, Logan Square. Avec la transformation en hôtel de la 'Old Family Court' - une tour de 23 étages à l'angle de la 10e rue et de Vine Street - et la construction de deux nouveaux immeubles, cette zone vide sera transformée en un quartier de ville à part entière.

Ces projets laissent à penser que Philadelphie se réveille après des années d'épreuves et devient un centre urbain moderne et dynamique. Dommage que les Mormons pensent toujours que l'architecture relève du passé.

Inga Saffron | Philly.com | Etats-Unis
22-02-2014
Adapté par Hannah Umbral

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