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Espagne | L'erreur en Espagne ? Etre architecte ! (23-04-2014)

Il n'y aurait, en Espagne, plus aucun intérêt à être architecte au regard de la nouvelle loi relative aux services professionnels. L'avant-projet défendu par le gouvernement Rajoy donne aux ingénieurs la possibilité de construire en leur nom propre ; une concurrence déloyale pour hommes et femmes de l'art. Les propos de José Antonio Granero, doyen du collège des architectes de Madrid, publiés le 18 juin 2013 dans un entretien accordé à la revue d'économie Idéalista, conservent leur actualité.

Madrid | José Antonio Granero

Contexte
«La façade du collège des architectes de Séville, place San Pedro, a été recouverte d'une grande main rouge, dessin du prestigieux architecte espagnol Emilio Tuñón, accompagnée du message 'no a la LSCP. Por la arquitectura. Por la sociedad'», note Nicol Jiménez, journaliste à El Correo de Andalucia dans un article daté du 21 avril 2014.
La loi relative aux services professionnels (LSCP) provoque la polémique : les ingénieurs auraient dorénavant la capacité de réaliser en leur nom propre des constructions en lieu et place des architectes.
Aussi, «l'architecture sans architectes» est une menace pour une profession d'ores et déjà victime de la crise dans des proportions dépassant tout entendement.
La grogne fait front. De nouvelles actions à l'échelle nationale sont en cours de préparation.
JPhH

GRANERO : «AVEC LA NOUVELLE LOI, ETUDIER L’ARCHITECTURE SERA UNE ERREUR»
Idealista.com

MADRID - Le gouvernement de Mariano Rajoy approuvera sous peu l’avant-projet de loi quant aux services professionnels (LSP), une norme qui s’est attiré la haine des architectes en permettant aux ingénieurs de réaliser le travail d’un architecte à l’heure où les projets manquent.

Nous avons interviewé José Antonio Granero, doyen du collège des architectes de Madrid (COAM), qui manifeste vis-à-vis de cette loi son mal-être et qui attend que le gouvernement fasse finalement marche arrière. L’approbation de cette norme signerait, à son avis, la fin des architectes.

Question : D’aucuns attendent que le conseil des ministres approuve prochainement la loi relative aux services professionnels. Qu’ont pu faire les Collèges des Architectes de toute l’Espagne et en particulier le COAM pour éviter cette approbation ?

José Antonio Granero : nous ne savons pas quand le gouvernement approuvera cette loi. Ce que nous savons est qu’il y a, sur le plan national des réformes, une loi relative aux services professionnels présentant une phrase qui soulève la polémique. Nous pensons qu’il s’agit là d’une erreur puisqu’elle souligne qu’architectes et ingénieurs ayant des compétences en matière de construction pourraient concevoir et diriger des travaux d’immeuble de logements. Il n’est pas possible de mettre sur un pied d’égalité construction et architecture. L’Espagne propose depuis des siècles une formation d’architecte et si nous voulons parler de professionnels techniciens qui doivent développer des projets où des espaces pour l’habitat humain sont délimités, il est question d’architectes.

De quoi s’agit-il exactement dans cette phrase ?

02(@jphh)_S.jpg«Pourront projeter et diriger des travaux d’immeubles résidentiels, culturels, scolaires ou religieux, architectes et ingénieurs ayant des compétences en construction». 

Pour un architecte, ce sont six années de formation avec des connaissances touchant à des disciplines différentes, techniques et humaines. 

Cette phrase suppose une intervention dans un environnement où plus de compétitivité n’est pas nécessaire. 

Quand bien même il y aurait davantage de travail dans le milieu de la construction, il y a déjà trop d’architectes qui se consacrent à d’autres choses. 

Aujourd’hui, avec une chute de l’activité à hauteur de 80% et un taux de chômage à 60%, allons-nous mettre dans un secteur réservé à 70.000 architectes 300.000 ingénieurs ? Pourquoi ? Qu’allons-nous gagner ?

Le brouillon de la loi relative aux services professionnels affirme que le consommateur bénéficiera de cette loi qui impliquera plus de concurrence et qui réduira les marges quant aux prix des services des professionnels...

Nous ne pouvons pas concurrencer des prix qui ont déjà chuté dans des proportions allant au-delà du raisonnable. Les honoraires des professionnels sont minimes et sont en-dessous de 1% du volume total [...].La compétitivité est l’équilibre entre qualité et prix. Si nous baissons le prix, qui est déjà inférieur aux coûts normaux, la qualité diminuera.

Le gouvernement affirme que c’est une réforme imposée par l’Union européenne. De quelle manière pourrait-elle paralyser ?

Ce n’est pas vrai. L’Europe demande une loi qui régule les services professionnels et elle cite des professions bien déterminées. Dans la directive européenne, l’architecture n’est citée à aucun moment. En revanche, l’ingénierie l’est du fait de problèmes d’attributions. Dans le protocole d’accord (MOU), les mots architecte ou architecture n’apparaissent pas. Ceci ne vient donc pas de l’Europe. Qui plus est, la directive européenne différencie bien l’architecture comme bien d’intérêt public parce qu’elle est liée à la qualité de vie et à la sécurité des personnes.

Et cette phrase qui a soulevé tant de polémique n’est propre qu’au document qui a filtré ?

Oui. Il y a, ensuite, les conversations avec le ministère de l’économie. Il parait que la devise qu’ils veulent véhiculer est : «celui qui sait faire quelque chose, peut le faire». Mais quand ceci est lié à la sécurité des personnes, le marché ne peut pas tout réguler. Laisser la conception d’un édifice à quelqu’un qui n’est pas habilité par l’université pour le faire est un risque qui génère un coût énorme. Nous ne pouvons pas faire des maisons de n’importe quelle manière, pas plus que des hôpitaux ou des centres culturels.

Alors, il n’y a qu’à attendre ce que le conseil des ministres approuvera définitivement...

Oui mais les choses une fois écrites dans un avant-projet de loi ont déjà un haut degré de réalité. Peut-être s’agit-il d’un ballon-sonde mais nous avons réagi comme nous nous devions de le faire.

Attendez-vous que le gouvernement rectifie ?

Oui. Ce serait une démonstration d’inculture terrible que de confondre l’architecture avec une partie de la construction. A partir du moment où la relation entre des personnes, la ville et le paysage intervient dans la construction, il s’agit d’architecture.

Qu’ont pu faire les collèges des architectes de toute l’Espagne - et concrètement le COAM - pour éviter cette approbation ?

Les collèges des architectes sont coordonnés par le conseil supérieur et ce conseil a organisé et rédigé des rapports de droit comparé sur la directive européenne, des rapports qui expliquent la situation juridique, légale et montre que cette mesure serait extravagante en Espagne et qu’elle générerait confusion et conflit.

Voyez-vous quelques avantages dans cette nouvelle loi ? Le gouvernement évoque le bénéfice du consommateur et la réduction des prix des services des professionnels.

Si nous nous centrons sur notre champ de compétences, prenons un logement de 300.000 euros, les honoraires d’un architecte n’ont pas dépassé les 3.000 euros. Baisser la marge d’honoraires d’un architecte à 300 euros suppose d’acheter un logement à 299.700 euros. Mais de ces 300.000 euros, 150.000 peuvent être liés au terrain, voilà sur quoi nous devons intervenir. En plus, le commercialisateur du logement touche 9.000 euros. Je ne dis pas si c’est beaucoup ou peu mais l’architecte est celui qui assume une bonne part de la responsabilité dans tout le processus ; par ailleurs, il est aussi celui qui reçoit le moins.

La profession d’architecte est-elle, à un moment, économiquement rentable ?

Elle est rentable du point de vue intellectuel. Jamais vous ne rencontrerez d’architectes riches. Les architectes sont heureux car il en va de leur vocation. Il y a beaucoup d’architectes sous-employés et la formation d’architecte est très dure.

03(@jphh)_S.jpgQuel sera le futur de l’architecte si les ingénieurs industriels peuvent assumer les tâches d’un homme de l'art ?

L’architecture n’existera plus. Qui va étudier l’architecture ? Ce serait une erreur terrible. En Europe, elle est régulée : la directive relative aux qualifications professionnelles définit tout ce qui doit être étudié pour être architecte et cela n’a rien à voir avec la carrière d’ingénieur. L'absence d'architectes conduit à vivre dans des polygones industriels, dans des maisons faites en série, vivre dans une ville où le paysage urbain n’importe pas.

Quelles portes de sortie peuvent être envisagées pour les architectes, qui plus est étant donné la faible construction ?

Il y a des architectes dans le monde de l’ingénierie, dans le monde financier, dans le monde immobilier, dans le monde de la culture... Depuis le collège, nous soutenons la relation des architectes à d’autres disciplines. Nous ne pouvons pas limiter la profession à un exercice qui serait d’avoir une agence et de concevoir. Il y a chaque fois plus d’architectes présents dans d’autres environnements. [...]

Qu’avons-nous mal fait pour en arriver où nous en sommes ?

L’excès de dérégularisation et le manque de contrôle public nous ont fait commettre des erreurs. En Espagne, le foncier n’a jamais fonctionné ; il est le principal coupable de la crise. Un terrain sans valeur ajoutée a pu représenter jusqu'à 50 ou 60% du prix final d’un logement.

Idealista.com | Espagne
18-06-2013
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

Réactions

llampet66 | architecte honoraire | Catalogne nord | 11-06-2014 à 09:35:00

La génération de mon père comme la mienne a envié la situation des architectes espagnols dans la société ( créée par Franco!). quand franco est mort, les jeunes voulaient calquer leur loi sur l'architecture sur celle française de 1977… Nous avons eu toute la peine du monde à les en dissuader! Ils nous ont écouté et voilà que 4O ans après, ils tombent dans les travers de la loi française, alors que loi espagnole était un exemple pour le monde… Pauvres architectes, toujours enviés par les lobbies des architectes "manqués" ( ingénieurs, maîtres d'ouvre, fonctionnaires, etc…). On profite de la crise dure actuelle pour attenter à leur position de soi-disant "nantis".
Espérons qu'ils sauront se défendre. En tout cas, nous, les Architectes catalans français on les soutiendra!

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