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Malaisie | L'architecture terre à terre, le paradigme de Murray Hunter (23-04-2014)

Dans cette tribune de Murray Hunter, professeur à l'université Malaysia Perlis, publiée dans Malay Mail Online le 6 février 2014, il est question de terre, de pisé, de bousillage et de bien d'autres techniques vernaculaires. Si les propos tenus ne «représentent pas les vues» du quotidien malais, ils n'en demeurent pas moins représentatifs d'une pensée ayant cours en Asie du Sud-Est. A l'individualisme du béton, la communauté de la terre.

Terre | Malaisie

LA CONSTRUCTION NATURELLE CHANGE LA DONNE POUR LA COMMUNAUTE
Murray Hunter | Malay Mail Online

KUALA LUMPUR - Même si de nombreux édifices ont été construits à l'aide de matériaux naturels, particulièrement en terre, et ont résisté à l’épreuve du temps, la réalisation de logements à partir de ces matériaux a presque entièrement disparu au cours du XXe siècle. Voilà qui est à mettre sur le compte du développement des matériaux de construction dits commerciaux et dont les méthodes de mise en oeuvre se veulent prestigieuses, y compris en Asie et en Afrique.

L’artisanat et les compétences liées à la construction naturelle sont des pratiques héritées. Elles sont de l'ordre de la connaissance locale et ont pratiquement disparu, sauf pour quelques groupes de personnes éparpillés de par le monde.

En conséquence, les édifices faits de matériaux naturels et les méthodes de construction apparentées sont maintenant rares sur la planète.

02(@ZSM)_B.jpgLes constructions faites de boue et d’autres matériaux naturels ont été jusqu’à peu considérées comme primitives. Voilà du moins l'image qu'ont Africains et Indiens de ces maisons, dès lors qu'un choix en matière de construction leur est proposé.

Il y a néanmoins quelques groupes de la génération 'hippy' qui ont déménagé dans des zones rurales au Canada et aux Etats-Unis dans les années 80 et 90 pour y construire des maisons en pisé, bousillage, torchis et adobe. Des concepteurs comme Meror Krayenhoff ont assisté nombre de personnalités notables comme Randy Bachman (guitariste, ndt.) et les anciens des groupes (de rock, ndt.) The Guess Who et Bachman-Turner Overdrive pour construire des maisons en pisé.

En Australie, même dans le cadre d’une réglementation qui présente des défauts puisque partiale dès qu’il s’agit de logement conventionnel, quelques constructeurs ont afflué dans la région de Melbourne, notamment dans la banlieue semi-rurale d’Eltham pour y construire des maisons de terre inspirées par les projets et les méthodes de l’architecte Alistair Knox (1912-1984, architecte australien ayant contribué dans les années 60 au regain d'intérêt pour la construction en terre, ndt.). [...]

03(@Rowanwindwhistler)_S.jpgConstruire des maisons en terre est plus un art qu'une science. Apprendre le bon mélange à utiliser à partir de ce que vous offre le sol relève plus de l'expérience de la matière que du calcul. Voilà qui requiert un nombre important d'expérimentations. Bâtir une maison en terre est plus ou moins identique à confectionner un gâteau, loin des formes conventionnelles de construction.

Le coût matériel des constructions en terre n'est qu'une fraction de ce que peut représenter le coût de construction d'une maison conventionnelle avec des matériaux dits commerciaux. Cependant, le travail représente une charge non négligeable.

Les maisons en terre sont naturellement isolées ; elles sont donc fraîches l'été et chaudes l'hiver. Elles sont extrêmement solides si elles sont correctement construites et les défenseurs des constructions en terre iront même jusqu'à dire qu'elles résistent aux séismes. D'autres assurent qu'elles sont saines puisque faites sans aucun produit chimique irritant.

En Asie, depuis une dizaine d'années, il y a un renouveau de la maison en terre. Cependant, ce regain d'intérêt est conduit par un petit groupe de 'champions' comme Ajarn (professeur) Smith comme il aime être appelé, de Sa Kaeo, à environ 300km au nord est de Bangkok.

En tant qu'entrepreneur, Ajarn Smith dirige une affaire originale visant à valoriser la construction de maisons en briques de terre plutôt que de faire du profit. «Les maisons de terre doivent être faites avec le coeur», affirme-t-il. Elles requièrent la collaboration de la communauté. L'économie de la construction en terre est en Asie un projet social qui relève de l'aide aux populations : ces dernières doivent s'organiser et acquérir les connaissances spécifiques pour construire leur propre habitat.

Le concept ne fonctionnera pas au niveau du village avec l'engagement des entreprises. Il s'agit davantage d’arrangements et de conseils. Le bénéfice ne peut pas être d'ordre économique.

Les maisons en terre sont d'autant mieux perçues qu'elles s'intègrent dans un projet communautaire. Elles peuvent changer la donne dans un village. La construction en terre est une question d'autonomie, laquelle offre d'autres bénéfices.

L'habitat en terre en tant que projet communautaire peut être source de valeurs. D'abord, il aide la jeunesse de n'importe quel village à façonner une discipline, à développer de nouvelles compétences et plus encore à les préserver via l'apprentissage par l'expérience et l'erreur. Deuxièmement, de tels projets communautaires contribuent à l'estime de soi qui, selon bien des universitaires, est importante en vue de développer toute forme de culture entrepreneuriale.

La construction communautaire de maisons en terre peut être un catalyseur en régénérant l'esprit coopératif dans un village.

Le travail commun ramène aux valeurs anciennes de coopération, l'une des pierres angulaires de la vie d'un village. C'est par cette coopération que les nouvelles sources d'opportunité pour la communauté peuvent être créées et fournir la base d'une petite économie entrepreneuriale. Il est si important aujourd'hui de maintenir la jeunesse dans le village !

05(@NevilZaveri).jpgBien des villages en terre sont devenus en Thaïlande la base de projets de sédentarisation. Ils deviennent des plates-formes pour d'autres sources de revenus, notamment du fait des activités artisanales qui s'y développent, augmentant ainsi les moyens de la communauté.

La construction naturelle est également un outil potentiel en vue d'éradiquer la pauvreté. Elle prévient contre le besoin d'avoir à recourir à l'emprunt pour notamment financer des constructions conventionnelles, réduit la dette et la dépendance aux intérêts élevés.

Les projets communautaire d'habitat en terre peuvent aider à changer le paradigme du village en insistant sur le développement de l'autonomie sans laquelle tout village est plus ou moins condamné au piège de la pauvreté. Les projets en terre associés à des panneaux photovoltaïques et à de petits systèmes hydrauliques produisant de l'électricité permet au village d'améliorer son niveau de vie. L'eau peut être également récupérée sur les toits des constructions pour participer à l'autonomie de la communauté.

Combiné au fermage organique, à la production d'enzymes pour le nettoyage et les produits cosmétiques et à l'utilisation de produits naturels pour l'alimentation, l'habitat en terre crée un nouveau paradigme communautaire. De cette façon, les maisons en terre ont presque une valeur spirituelle alliant la personne intérieure, ses passions, ses connaissances, ses capacités à leur environnement.

04(@gailhampshire)_S.jpgLes constructions naturelles ont un rôle important à jouer dans l'Asie rurale, en particulier en regard du développement des communautés selon ces nouveaux paradigmes loin du cadre de l'industrialisation. Les ateliers communautaires sont devenus plus populaires et les connaissances y sont partagées entre 'le nouveau et l'ancien' mondes.

Les projets en terre peuvent devenir un nouvel outil pour soulager le monde de la pauvreté et créer une nouvelle alternative économique pouvant être de prime importance face au ralentissement des années à venir.

Cependant, ceci appelle de nouveaux modèles économiques coopératifs fondés sur la valeur du travail et des connaissances plutôt que sur la technologie.

L'évolution sociale dépend peut-être d'un retour vers le futur.

Murray Hunter | Malay Mail Online | Malaisie
06-02-2014
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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