vmz

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Erratum : ce dessin est de Frédéric Madre et non de Philippe ClergeauErratum : ce dessin est de Frédéric Madre et non de Philippe Clergeau

Interview | Espèces d'espace, l'écologue et l'architecte (14-05-2014)

A la somme des spécialistes désormais convoqués en vue de concevoir tout édifice, vient désormais s’ajouter la figure de l’écologue. Philippe Clergeau, professeur au Museum d’Histoire Naturelle de Paris, résume au Courrier de l’Architecte les apports d’une discipline à la conception architecturale et urbaine.

Aménagement extérieur/Paysage | France

Le Courrier de l’Architecte : Qu’entendons-nous par écologie aujourd’hui ?

Philippe Clergeau : Je ne parle que d’écologie scientifique, celle qui produit de la connaissance. Les thèses que j’encadre actuellement portent sur le fonctionnement de la biodiversité, sur l’habitat des espèces animales et végétales, leur nombre, etc. des questions d’ordre biologique, physiologique, organisationnelle mais aussi sociétale avec l’aménagement des espaces.

A proprement parler, l’écologie étudie l’interrelation entre les espèces avec leur habitat. Elle décortique les différents processus qui structurent cette organisation comme les chaînes alimentaires par exemple. En 1980, les Américains ont développé une autre échelle de fonctionnement, une écologie du paysage. En français, le terme de paysage est polysémique. Il y a le paysage du géographe et celui du paysagiste par exemple. Il s’agit du même espace mais observé sous l’angle d’une organisation différente.

Les écologues s’intéressent quant à eux, de plus en plus, à des fonctionnements plus étendus. L’écologie n’est dont pas que locale. Elle s’intéresse aussi au territoire dans son ensemble. L’enjeu est à la conservation de la biodiversité et à l’organisation de nos paysages. Depuis trente ans, des concepts supplémentaires structurent notre discipline comme par exemple des modèles de dispersion des espèces. Nous travaillons donc maintenant souvent à grandes échelles - celles des autoroutes par exemple - et notre intérêt pour la ville ne fait que croitre.

02(@PClergeau)_B.jpgLes toitures peuvent devenir des espaces de biodiversitéL’écologie, question d’urbanisme ?

Parmi les écologues, rares sont ceux à avoir appréhendé l’écologie urbaine et notamment le fonctionnement de la nature en ville, ville qui n’est généralement considérée que comme établissement humain et non comme un écosystème en soi.

Il y a eu, toutefois, en terme de changements, une accélération de la prise en compte des intérêts de la biodiversité suite au Grenelle de l’environnement. Les événements sont peut-être même allés trop vite et ont davantage engagé des lobbies que des scientifiques. Nous nous sommes, pour notre part, retrouvés à travailler encore plus sur la ville et à intervenir sur des PLU ou à parfaire des documents d’urbanisme.

Comment l’écologue approche-t-il la ville ?

L’approche urbaine repose surtout sur un questionnement social. Donc, dans chacune de nos études naturalistes, nous travaillons aussi sur le contexte et l’appréciation de la nature en ville. Cet exercice est réalisé en étroite collaboration avec des sociologues. Tous constatent d’ailleurs que tout à chacun souhaite aujourd’hui une nature de proximité. Le rêve est d’avoir une vue sur un sous-bois ; autrefois, ces espaces étaient synonymes de loups et de moustiques. Les changements de perceptions sont importants et donc, à prendre en compte. De plus, les services que rend la nature au citadin sont de plus en plus identifiés (santé, régulation des pollutions, limitation de l’ilot de chaleur...).

En 2007, j'ai publié un essai sur l'intérêt de l'écologie du paysage urbain et la nécessité des continuités écologiques en ville. Par la suite, j'ai été invité par des architectes-urbanistes à traiter le paysage autrement sinon à participer à l’élaboration de politiques municipales. Je limite ces exercices car, même s’ils sont une extraordinaire ouverture disciplinaire, ils ne sont pas mon coeur de métier.

03(@PClergeau).jpgA Rennes, la gestion des accotements et rond-points est devenu écologique avec des fauches espacées à la place des tontesEcologue et paysagiste, même combat ?

Il s’agit pour les écologues d’aller au-delà du verdissement que certains paysagistes peuvent proposer. Il semble y avoir, de la part de la profession, des inquiétudes quant au partage voire au recouvrement des compétences avec les écologues. Pour ma part, j’enseigne à l’Ecole Normale Supérieure de Paysage de Versailles et nous menons, avec l'aide du Ministère de l’Environnement, un projet sur la co-construction des écologues et des paysagistes. Il y a, sur ce sujet, une réflexion à poursuivre ; nous menons, de fait, un travail complémentaire qui doit se renforcer dans les conceptions de projets.

Face à des paysagistes, j’interviens davantage sur la façon de construire un environnement. Je travaille, par exemple, sur des fonctionnements écologiques dans le cadre du projet paysager de Roland Garros à Paris ou sur des requalifications de boulevards à Toulouse.

Ecologues, nous intervenons pour que la nature ne soit pas qu’une verdure, qu’elle ne soit pas un simple décorum. Elle doit servir aux espèces locales et aux citadins. Nous préconisons aussi la constitution de corridors écologiques et non de petites interventions isolées. Tout projet devrait intégrer aujourd'hui d’autres approches au-delà de l’esthétique et de l’affect.

Mettre de la nature... On sait le faire quand ce n’est pas à grande échelle !

Qu’est-ce à dire ?

J’ai plus une approche d'aide à l’urbaniste qu'à l’architecte. Tous mes cours - et j’enseigne aussi en école d’architecture - portent sur la relation entre bâti et non bâti. Je défends l’idée d’une ville-archipel et d’une ville 'nature'.

Les urbanistes qui adoptent une démarche d’écosystème sont rares. Beaucoup n’y voit qu’une somme de contraintes supplémentaires.

04(@FMadre)_B.jpgSchéma de principe d’une toiture végétaliséeL’écologue n’est-il pas justement une contrainte pour l’architecte ?

A mes yeux, il s’agit d’intégrer le fonctionnement écologique à la construction. Nous n’aurons pas de villes durables seulement avec de la HQE basée sur l'énergie. Il faut notamment une prise en compte du fonctionnement naturel. Tout ce qui, aujourd’hui, est intégré au bâti est hyper-géré ; par exemple, sur les toitures végétalisées, des paysagistes repassent tous les deux ans pour enlever des plantes nuisibles au dispositif. 

Les murs végétaux de Patrick Blanc, qui sont très esthétiques et intéressants techniquement, ne sont, pour leur part, pas très écologiques ; ce sont des installations coûteuses qui nécessitent des changements réguliers de plantes. Il faut, en matière d’architecture, d’autres approches. Des recherches sont en cours.

L’enjeu de l’écologue est-il au fonctionnement naturel de l’architecture ?

Il s’agit de faire comprendre ce qu’est la biodiversité, les fonctionnements écosystémiques et l’autorégulation en allant au-delà des principes d’esthétique, de récréation et de loisir. On ne peut pas aujourd’hui positionner une construction nouvelle dans un espace sans approche globale, sans une mise en situation contextuelle intégrant aussi la biodiversité.

05(@PClergeau)_B.jpgUne promenade plantée peut aussi devenir un corridor écologiqueQuelles sont les nouvelles perspectives en matière d’architecture ?

Nous avons fait tout un travail sur les substrats et plantation végétale en toiture qui repose certaines normes d’étanchéité. Nous tentons aussi aujourd’hui de reprendre des idées émises au Canada d’enduits naturels permettant le développement de végétaux en façade. Les enduits posent parfois des problèmes d’humidité. Aujourd’hui, des enduits alvéolaires sont développés. Des travaux de recherches portent également aux Pays-Bas sur la création de céramiques qui retiennent l’eau. Il y a, en ce qui concerne les murs, beaucoup d’a priori. Nous travaillons aussi sur des types de végétaux locaux et sur les nouvelles formes possibles (lianes par exemple). Nous devons, en ce sens, favoriser des espèces locales et les dispositifs mis en oeuvre sur le bâti peuvent participer aux trames vertes et constituer des continuités.

Avec l’APUR, nous travaillons également sur des dispositifs de rétention d’eau en murs, cours et trottoirs pour, là aussi, créer des continuités en utilisant des eaux de pluie, des eaux dites 'brutes'.

Pour précision, continuité n’est pas homogénéité des plantations. L’orme a disparu car la maladie s’est diffusée de proche en proche. Pour autant, il ne s’agit pas non plus d’avoir trop d’hétérogénéité  et une multiplication de tous petits habitats. Il faut repenser les idées de perspective et d'organisation urbaine.

Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


tos2016
vz

Présentation |Couvrez cette architecture que je ne saurais voir

L’art urbain, le tag, le graff… trouvent leur aise dans des friches industrielles ou dans quelques interstices improbables. Il en allait d’une conquête du territoire. Depuis, la pratique s’est institutionnalisée...[Lire la suite]

vz

Présentation |Bijou de cuivre à Copenhague par BBP Arkitekter

Le quartier de Nyhavn, à Copenhague, est réputé par ses maisons colorées et ses façades joyeuses. Quelques immeubles modernes ont pu entraver une belle harmonie. Ils se présentent aujourd’hui comme...[Lire la suite]


vz

Présentation |Manuelle Gautrand. Avant / Après

Ce qui est fait, est fait. Manuelle Gautrand n'apprécie pas, à proprement parler, les retours en arrière. A Béthune, elle y était pourtant contrainte et forcée. L'architecte devait en effet penser l'extension...[Lire la suite]

vz

Présentation |Vector Architects, coquillages et béton armé

Une bibliothèque sans livres ni lecteurs. «La plus reculée», paraît-il, sur une plage abandonnée. L’environnement et l’architecture assure la belle photographie. L’esthétique semble...[Lire la suite]

vz

Visite |Shigeru Ban pris la main dans le panier

La presse américaine ne tarit pas d’éloges pour le nouveau musée d’Aspen, conçu par Shigeru Ban. Inaugurée le 9 août 2014, la nouvelle institution a choisi une «marque» en guise...[Lire la suite]

vz

Présentation |Manuelle Gautrand. Avant / Après

Ce qui est fait, est fait. Manuelle Gautrand n'apprécie pas, à proprement parler, les retours en arrière. A Béthune, elle y était pourtant contrainte et forcée. L'architecte devait en effet penser l'extension...[Lire la suite]