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Chronique | La Blonde découvre le danger en architecture (14-05-2014)

Astheure, vous savez déjà ben qui je suis. Je tripe à travers l’hexagone avec mon chum qu’y est architecte. Moi, sa blonde, je le suis même dans les endroits reculés par le tonnerre.  Dernière étape : nous sommes allés voir un Holl, un Steven Holl : la Cité du Surf à Biarritz.  J’y ai découvert le danger en architecture.

Mon chum tire la baboune. Il est pas du genre à butcher son travail. Il fait plutôt de l’overtime, des charrettes comme on dit par ci. En ce moment, il roche dur sur un projet d’école. Les enfants n’attendent pas d’aller balancigner dan’le parc pour s’amuser. Couloirs, salles de classes, cours de récréation sont leur univers. Un calvaire question sécurité.

Mon chum a vu la crèche sur la Maison du Fada. C’est le fun là-haut pour les enfants. Mais il a vite eu le caquet bas. Faut dire qu’un tel univers de béton brut pour des enfants est aujourd’hui, m’a-t-il dit, inconcevable.

02(@ADebonnefoy)_B.jpg«Ramasse tes bobettes !», m’a-t-il dit, un matin. Fatigué d’son labeur, il m’a embarqué pour un voyage direction le Pays basque. C’tait pour moi comme aller à St-Meu-Meu. J’ai suivi comme un chien de poche.

Plus question d’architecture. En lieu de St-Meu-Meu, Biarritz, vagues et surfers, rocher d’la vierge et... Cité de l’Océan ! Dans mon guide, on parle plutôt du Musée d’la Mer, un édifice art déco remarquable. C’était sans compter la page suivante.

«T'es don ben coqu'l'oeil ! T’vois donc pas que c’est aut’e chose !», m’a-t-il reproché. Dans la même ville, faut dire qu’y’a deux équipements sur le même thème. J’ai commencé à badtripper.

«Moi, j’veux voir le projet de Steven Holl», m’a-t-il dit.

«C’iui qu’est mort en avril dernier ? L’Autrichien ? C’iui qui dit que 'tout est architecture'», j’ui ai demandé. J’avais vu des images d’écrous, de vis et de rouge à lèvres qui donnaient l’impression d’être des maquettes architecturales. Ce que d’ailleurs tout le monde semble faire aujourd’hui. Sauf que lui l’a dit en 1967. Les autres en ont fait leur foin.

«Tu parles à travers ton chapeau, tu dis ben n’importe quoi !», m’a-t-il répondu. J’avais confondu Hans Hollein et Steven Holl. J’voulais faire mon intéressante et me suis retrouvée un peu caduque dans c’t’histoire. Font tous des objets, ces gars-là, après tout !

En plus, y m’avait dit : «pas d’architecture !» et nous voilà dans le char pour aller voir la chose - la chose est loin et le seul bus qui va par là-bas est, au mieux, toutes les trente minutes -. Bonjour l’accès !

05(@ADebonnefoy)_B.jpgLa distance me laisse donc un peu de temps pour essayer de rattraper ma bévue et ne plus être dans les patates ; j’ai allumé ma tablette et me suis renseignée le temps du trajet.

Une ardoise de 41 millions d’euros pour la rénovation du musée art déco et la construction de la Cité de l’Océan, le tout en PPP. Le projet de Steven Holl, estimé à 8,380 millions d’euros, a coûté 23,5 millions d’euros. A cela s’ajoute, côté billetterie, une année 2012 en perte. Les chiffres de 2013, en progression, semblent, quant à eux, contestés. Du déjà lu. Tout ça aurait pu toutefois faire virer son capot de bord à la municipalité.

Didier Borotra (MoDem, ndlr.), ancien maire, a cédé la place à son dauphin Michel Veunac (MoDem + Divers gauches), malgré les critiques, malgré un premier tour difficile. Quelle romance !

06(@ADebonnefoy)_B.jpgJ’regarde des images et découvre un projet qui ressemble à un skate parc géant. Cité de l’Océan ET du Surf, qu’il s’appelait le projet. Le surf semble aujourd’hui oublié. Y’a pas grand monde qui se montre fou braque sur ce projet.

A l’approche - mon chum au volant -, j’découvre la zone du musée. Un rond point, une sculpture au milieu, y’a aussi beaucoup de pelouses et la plage est loin. A la louche, 300-400 mètres. C’est plate comme décor et surtout c’est ben loin du centre.

C’te manie de mettre des giratoires partout me calme pas le pompon. Ca m’énerve dur de tourner en rond. J’ai eu l’impression d’avoir en un seul lieu tous les poncifs de la ville moderne française comme elle doit être : son giratoire, sa sculpture monumentale, son musée. C’est bon pour le bilan politique toutes ces bébelles inutiles !

Sur place, y’a pas foule à messe, pas même un surfeur, pas même un skateur. Faut avouer, tout est pavé. Y’a un d’ssus sur lequel y faut aller et un d’ssous, occupé en partie par le musée, en partie par un vide.

03(@ADebonnefoy)_S.jpgMon chum commence à devenir baveux. Y critique cette obsession des architectes à vouloir créer des sols artificiels. Selon lui, il y a toujours un 'en-dessous' qui n’est jamais géré convenablement dès lors qu’il est visible, extérieur et accessible. Par ailleurs, l'épaisseur est sans cesse mal traitée.

J’aurais pas su le formuler ainsi mais il est vrai que je n’ai pas été secouée en tournant autour du musée. Il y a comme des «espaces résiduels».

Toutefois, je trouve que la critique a le beurre épais ; elle me parait bien exagérée. «Vite ! Déguédine-toi, j’veux fouler le pavé !», j’lui ai dit.

Au dessus, le sol artificiel dessine une «topographie» nouvelle. J’commence vraiment à jargonner comme une architecte, moi !

04(@ADebonnefoy)_S.jpgJ’ai eu envie de courir, de sauter, de grimper, de bouger, de conquérir l’espace. Des pavés à l’infini. Sans eux, les skateurs seraient l’unique peuple du lieu. Je m’élance sans planche, les courbes sont belles. Je monte jusqu’à devenir chambranlante et ne plus pouvoir avancer. Je pourrais tomber, me faire mal. Quand j’repense à mon chum, j’me dis qu’ici, c’est le danger à l’état pur. C’est pourtant le fun ! Ca flashe comme endroit !

Dommage que la Cité de l’Océan paraisse comme idiote posée nulle part, loin de tout. Elle aurait pu être, dans un autre contexte, une piazzetta vivante. A Québec, on a le sens pour l’éphémère et ses supports ; les aménagements qui peuvent accueillir la vie, les événements, les fêtes. Ma Belle Province me parait bien loin.

Cette Cité de l’Océan m’aura donné du vague à l’âme. Elle m’aura, du d’ssus, enchantée tant elle m’a offert de liberté de mouvements.

J’ai comme l’impression que j’aimerais un peu plus d’indépendance dans la vie, dans la pratique de l’architecture, moins de chicanes aussi et que chacun prenne enfin sa responsabilité sans la rejeter sur l’aut’e. Voilà bien qui parlerait au diable !

Arlette Debonnefoy

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