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Rencontre | Sans 'super-concepts', Tham & Videgård (14-05-2014)

Un reproche quant à l’architecture contemporaine ? L’abondance des «supers-concepts», selon Bolle Tham et Martin Videgård, les deux associés fondateurs de l’agence suédoise éponyme. Au-delà des grands mots, le duo affirme sa préférence pour les matériaux et la recherche de la pérennité.  

| Tham & Videgård Arkitekter

Après l’agence norvégienne Jarmund Vigsnaes Arkitekter (lire à ce sujet notre article 'Contre l'anorexie minimaliste, Jarmund Vigsnaes Arkitekter'), la Galerie d’architecture poursuit son hommage fortuit à la Scandinavie, en exposant cette fois-ci un duo suédois*. Son nom, Tham et Videgård, est familièrement méconnu ; et pour cause, l’une de leur réalisation a fait le tour des revues, un cube en verre hautement réfléchissant suspendu à un arbre et ce, en pleine forêt. Une situation aussi absurde que poétique.

«Un paradoxe !», répondent les architectes. «Nous sommes, de façon générale, très proches d’une nature sauvage. Ce projet est à proximité du cercle polaire, sur un site totalement isolé. Nous sommes partis loin pour apporter un noyau high-tech. Il s’agit d’être le plus sophistiqué dans un univers inculte», précise Martin Videgård.

Le propos s’annonce, à première vue, loin de toute position morale, consciencieuse, bien-pensante, low-tech, 'tout comme il faudrait'. Le duo ne donne pourtant pas dans la provocation.

«Il n’est pas question à proprement parler de low-tech ou de high-tech dans notre architecture. Par low-tech, il ne faut, tout d’abord, certainement pas entendre la manière la plus économique de construire et par high-tech, la plus chère. L’architecture concerne le futur. Nous devons, par les matériaux, imaginer une construction qui résiste au temps», poursuit-il. Bref, traduit en des termes plus actuels et plus convenus, il s’agit de penser la durabilité.

02(@AkeEsonLindman)_S.jpgLa matérialité, l’artisanat, les savoir-faire constructifs sont, à bien des égards, de prime importance en vue de garantir la pérennité de l’architecture. 

Tham & Videgård ne s’y trompe pas et leur critique vis-à-vis de la production actuelle est vive.

«Une pseudo-nouvelle façon de communiquer l’ingéniosité d’un projet a fait surface comme nouveau standard : le 'super concept'. Celui-ci se fonde sur un problème inexistant ou sur un défi constructif inventé par l’architecte lui-même, lequel produit ensuite une solution qui appelle un effort extraordinaire. [...] Nombre de personnes talentueuses se sont mises à produire des concepts osés et à porter moins d’attention à l’art et la matérialisation d’une construction réelle», écrivent les deux associés dans l’ouvrage publié à l’occasion de l’exposition parisienne.

Aussi, le duo suédois refuse toute réduction de la construction à une représentation. En apparence iconique, leur architecture se veut plus simple. «Il ne s’agit pas pour autant de minimalisme», prévient Bolle Tham.

«L’architecture n’est pas la représentation d’une idée, elle est l’idée elle-même. Nous nous efforçons d’être explicites. Concevoir implique de parler d’espaces, de mouvements et de lumière», reprend Martin Videgård.

03(@AkeEsonLindman)_S.jpgExit «le dessin gratuit», en français dans le texte. Une approche suédoise ? Ni l’un, ni l’autre ne semble se réclamer d’une quelconque école et tous deux préfèrent se réfugier dans une vision «globale». «Le risque est toutefois de s’exposer à des références communes et génériques. Nous devons développer une relation originale au site», affirment-ils.

«La Suède est un pays ouvert», reprend Bolle Tham. Diplômés à Stockholm, ils ont fait l’un et l’autre quelques incursions européennes : à Paris pour Bolle Tham et à Porto pour Martin Videgård.

S’il fallait toutefois retenir une spécificité locale, il s’agirait, à leurs yeux, de la relation à la nature. «Nous vivons en ville et en-dehors de la ville. Nous avons un accès rapide et direct à une nature vierge. De fait, nous sommes conscients, à travers notre architecture, de cette relation privilégiée», souligne Bolle Tham.

04(@AkeEsonLindman)_B.jpgL’agence travaille aussi bien sur des programmes de maisons individuelles que d’hôtels, de musées ou encore d’équipements publics. Quinze collaborateurs s’activent dans les bureaux de Stockholm.

Tham & Videgård fait ainsi partie d’une nouvelle génération scandinave. Les deux associés précisent toutefois cette appartenance géographique et distingue leur pays d’un Danemark plus «agressif» en matière d’architecture et d’une Norvège dominée par un important marché privé.

«La Suède présente une masse critique pour mener à bien des projets publics», estime Martin Videgård. Le carnet de commandes, ni plus ni moins exposé sur les murs de la Galerie d’Architecture, présente, entre autres, la nouvelle école d’architecture de Stockholm.

«L’ancien édifice a été une référence brutaliste pour nombre d’étudiants», précise Bolle Tham. S’il fallait lui accorder un adjectif, Martin Videgård dirait qu’elle est «tectonique».

Pour la nouvelle entité, il s’agissait de s’émanciper du passé et «d’offrir une expérience spatiale qui ne soit pas linéaire». Le site étant étroit, les deux associés ont joué de la courbe pour ne créer à l’extérieur ni passage rectiligne, ni corridor exigu. «Nous voulions explorer le mouvement», assurent-ils. Une école, donc, toute en rondeur.

Bref, Tham & Videgård entend mener à bien un exercice constructif sans donner ni leçon ni conseil. Alors, l’arbre qui cache la forêt ? Le super-concept, bien entendu.

Jean-Philippe Hugron

* L'exposition 'The Operative Elements of Architecture - Tham & Videgård Arkitekter' a lieu depuis le 18 avril et jusqu'au 17 mai 2014 à la Galerie d’Architecture, Paris 4e. 

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