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Portrait | La confiance d'Avenier Cornejo (28-05-2014)

Porte des Lilas, coup de projecteur ! Le foyer, conçu par Chartier-Dalix et Avenier-Cornejo, est indéniablement un exemple en matière d’architecture sociale. Si le premier duo fut mis en avant par un Prix de la Première Oeuvre, le second reste méconnu. De Concepción à Grenoble, des Alpes à la Cordillères des Andes, de Valparaiso à Paris, une histoire et un regard.

France | Avenier&Cornejo Architectes

Avenier-Cornejo. Si le premier patronyme parait quelque peu familier, le second laisse imaginer de multiples prononciations étrangères à tout hispanophone.  Comment dites-vous ? Cor-né-geot ? Elle, de Savoie. Lui, du Chili.

A Paris, Faubourg Saint-Denis, le duo exerce sa profession entouré de huit collaborateurs. Une agence prometteuse. 

Une rencontre est l’occasion de discourir sur une pratique et de revenir sur un parcours. «Je n’avais pourtant rien à raconter», confie Christelle Avenier après trois heures de conversation à bâton rompu.

Franche, directe et spontanée, la jeune femme se surprend elle-même. Miguel Cornejo, observateur, lui, ne semble pas étonné par son associée. «Je regarde», répète-t-il à l’envi.

L’architecte «regarde» des livres et des catalogues d’expositions autant qu’il «regarde» des peintures et des collages. «Il est marié avec une artiste», reprend Christelle Avenier.

La connaissance de l’un vis-à-vis de l’autre semble sans limites. Aussi, une question posée à l’un trouve réponse dans la bouche de l’autre. Un exemple ? «Je regarde des films des années 50», dit-il. «Les cadrages y sont très architecturaux», reprend son associée.

02(@DavidFoessel)_B.jpgDe l’importance du regard certes, et celle de l'image ? «J’avais une aisance en dessin et je voulais faire Arts plastiques», souligne-t-il.

A l’écho de reprendre : «Il remplit des carnets de croquis». Christelle Avenier l’incite alors à partir rechercher dans les archives de l’agence un exemplaire représentatif.

S’exécutant, Miguel Cornejo revient avec un épais cahier noir. Il le feuillette pour mieux illustrer un ensemble disparate de traits et de réflexions. De temps à autres, quelques collages soignés. Il y a de l’ordre dans l’imagination.

«Au lycée, j’étais en filière scientifique. J’ai découvert le côté créatif à travers les parents d’une amie. Ils étaient graphistes. La maîtrise de l’espace m’intéressait tout autant», dit-elle. L’architecture était un compromis séduisant.

Il est 16h00. Sur la table de réunion, dans l’entrée, une tarte aux fraises 'faite agence'. Une tasse de thé. Un peu de musique. Le son est électronique. «Le label Dirty», précise l’architecte.

Pas un jour sans musique. De la boîte à rythmes aux grandes compositions symphoniques, les goûts sont éclectiques. «Le classique me stresse», sourit Christelle Avenier.

Et la peur ? «Jamais», répond-elle. «Je ne panique jamais». Sereine en toute circonstance. «Et quand je n’ai pas la réponse, je demande à Miguel», s’amuse-t-elle.

03(@SChalmeau).jpg«L'ambiance est studieuse et détendue», conviennent les deux associés. L’agence a certes des murs blancs, comme il se doit, et l’ordre règne en tout endroit.

«J’ai travaillé chez François Roche. J’aime sa démarche engagée et folle de l’architecture. Il fait de l’impossible un possible. Il met en question l’espace de manière anticonformiste. Il y a aussi, pour ses collaborateurs, une transparence dans sa façon de penser», explique-t-il.

De cette époque, Miguel Cornejo retient surtout «la liberté d’interpréter le projet». «Il nous fallait nous amuser avec l’architecture», dit-il. La leçon reste d’actualité dans la pratique de l’agence.

Toutefois, aujourd’hui, la lucidité est de mise. «Nous ne pouvons raisonnablement pas dire que nous sommes anticonformistes», reconnait-il. Le mot d’ordre est davantage à la «radicalité», sans oublier la «sensibilité».

«Nous faisons le moins de concessions possibles. Il faut être cohérent avec le projet», indique-t-il. Au risque même d’abandonner si l’un et l’autre ne s’y retrouvent plus. La force du trait et son maintien.

04(@AvenierCornejo).jpgParmi les épithètes en vogue, les dérivés du 'radix' et du 'radicalis' latins ont bonne école. «Je ne dis pas le mot radical mais il m'inspire», affirme l’homme de l’art.

«Nous laissons l'architecture s'exprimer sans l'écrire», poursuit Christelle Avenier. «Un tableau se regarde et se vit. Un bâtiment parle de lui-même», résume son associé. Exit le verbiage.

Pourtant, Christelle Avenier a fait ses armes chez une ancienne chef de projet du chantre du verbe en architecture : Jean Nouvel. «Je ne déteste ni Jean Nouvel, ni Zaha Hadid», affirme-t-elle. S’il est bon ton de cracher à tout va sur quelques étoiles, la jeune femme se préserve d’un exercice peu flatteur. «Ils aident à démocratiser l’architecture», leur reconnait-elle.

Les deux amis, avant d’ouvrir leur agence il y a dix ans, ont fait ici et là quelques collaborations marquantes. Chacun, bien entendu, sous le regard averti de l’autre. Quelques années passées ensemble à Grenoble, puis l'ENSA de Paris Villemin avaient bel et bien scellé leur amitié.

La rencontre ? Sur les bancs de l’ENSA ! «Il avait une approche différente des autres», dit-elle. «J’avais les cheveux longs», rétorque-t-il. Miguel Cornejo avait suivi depuis Concepción, au sud du Chili, son père venu faire une thèse au coeur des Alpes.

Arrivé à 18 ans en 1993 à Grenoble, le jeune bachelier, après quelques expériences à Valparaiso, avait décidé d’entreprendre des études d’architecture.

Un séjour à New York, une année durant, finit par donner à Christelle Avenier le goût de l’échange et de l’ouverture. S’il y avait en Miguel Cornejo, à l’époque, une approche séduisante de l’architecture, plus intellectuelle que pratique, il y avait également «un autre pays».

En arrière plan de la rencontre, l’Amérique Latine, encore et toujours. Le studio à l’école de Grenoble de Ruy Sauerbronn, architecte brésilien travaillant en France, fut, en ce sens, un cadre idéal d’échanges.

Valparaiso est aussi devenu sujet de diplôme. «Rien que le nom me fait encore rêver», précise Christelle Avenir. La mer, le funiculaire, l’auto-construction ont été autant de sujets d’analyses. La bourse Electra permit de retourner deux mois au Chili. «Nous voulions 'partager' notre projet», dit-elle. Une affaire sans suite.

05(@Kaupunki)_S.jpgRetour en France, direction Paris. L’agence observe donc à distance, mais avec intérêt, la scène architecturale chilienne, oscillant entre «rigueur suisse et minimalisme japonais». Mathias Klotz, chez qui les deux associés ont fait un stage, Alejandro Aravena, Emilio Marin, Pezo Von Ellrichshausen sont ces noms qui fascinent.

«Nous gagnons à échanger», assure Miguel Cornejo. Avec des architectes français mais aussi avec des confrères étrangers. «Encourager la discussion. Nous voulons garder cette ligne de conduite. Nous envoyons souvent un mail aux architectes lors d’un concours auquel nous avons participé. Nous nous rencontrons parfois et créons des proximités en échangeant sur les qualités que nous avons rencontré sur un projet», précise Christelle Avenier.

«S’il y a un mot que nous aimons, c’est bien celui de plaisir», assurent-ils. D’une dernière affirmation, un choeur.

Sans séduction outrancière, Avenier Cornejo, avec un soupçon de candeur, dessinent plus qu’ils n’écrivent et construisent plus qu’ils ne parlent.

Jean-Philippe Hugron

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