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Edito | Sanaa-ritaine, totale schizophrénie (28-05-2014)

Les poids, les mesures. L’émoi sélectif est une constante. Un tumulte d’architectes répond à la décision de justice d’annuler le permis de construire de la Samaritaine. Ils y voient, à juste titre, une atteinte à l’art de bâtir. Fait divers ou symbole ?

Paris | SANAA

Connaissez-vous ce commerçant qui veut refaire sa devanture et lui donner un brin d’élégance et d’audace ? Celui qui n’y arrive pas, qui n’y arrivera jamais ? Ils sont nombreux et LVMH n’est, ni plus ni moins, qu’un gros commerçant, rue de Rivoli.

Il y a, dans le feuilleton de la Samaritaine, comme un air de déjà vu. En guise de décor, le Bois de Boulogne. LVMH, dans le rôle du maître d’ouvrage, Frank Gehry, dans celui de la star. A la rescousse, un cavalier législatif.

Pour contrer une décision de justice annulant le permis de construire de la Fondation Louis Vuitton, l’Assemblée nationale avait fait du grand dessein de Bernard Arnault un projet d’intérêt général annulant, de fait, toute atteinte portée au bon déroulement du programme.

Aussi prodigieuse et remarquable soit l'architecture de papier froissée, l'intérêt général de la Fondation Vuitton est somme toute contestable : elle sert, avant tout, la valorisation d’oeuvres sur le marché de l'art et donc, à terme, les intérêts particuliers d’un homme.

Il sera toutefois, pour la Samaritaine, bien difficile de faire bégayer l'histoire et de transformer un projet commercial associant galerie marchande et hôtel de luxe en bien culturel nécessaire au bon vivre de la communauté. A moins que Christophe Girard, réélu maire du IVe arrondissement, adjoint au Maire de Paris chargé de la Culture de mars 2001 à juillet 2012 et... également directeur stratégie de LVMH, puisse trouver la parade.

Face à la décision de justice, il y a toutefois comme un désespoir de voir, sans cesse, l’architecture contemporaine mise à mal et les obstacles trop nombreux à la création d’édifices majeurs. Dans les cartons reposent en paix Tour Phare, Hermitage Plaza, Roland-Garros...

Par là même, le devoir oblige à regretter la transformation de la Poste du Louvre et simultanément pleurer l’entrave faite à Dominique Perrault.

Passons outre les contradictions.

L’architecture, longtemps affaire d’Etat, fut un temps mise de côté par les maîtrises d’ouvrage privées, plus avides de rentabilité que soucieuses de leur image. L’époque a bel et bien changé et la représentation sert l’art de la communication.

Pour LVMH, comme pour de nombreux industriels, auxquels s'ajoutent d'ailleurs les collectivités locales qui jouent désormais le même jeu, la starchitecture est un prétexte autant qu’un faire-valoir sinon une assurance tout risque. Elle relègue ainsi l’architecture au rang de produit de consommation. La marque est utile pour briser la loi et s'assurer le soutien d'une partie de la profession.

Rue de Rivoli, la Samaritaine version SANAA compte parmi ces projets parachutés sans autre valeur que l'auteur qui leur est associé. Le rideau de douche, simple effet de façade, aurait tout autant sa place à Omotesandō, Friedrichstraße que sur le Strip.

Plus encore, il en va des poids et des mesures.

Pour LVMH, le PLU peut bien s'adapter. Aux autres de s'y conformer à la lettre. Bref, de l'inégalité face à la loi.

Parce que SANAA, d'aucuns devraient alors crier au scandale et signer des pétitions ? L'opposition faite à la Samaritaine devrait servir de symbole.

Symbole de l'iniquité dont souffrent les architectes. Symbole de l'amoralité générale, où les accusés bénéficient de passe-droits et où les plaignants abusent de la 'surréglementation'. Symbole à l'encontre de la marchandisation de l'architecture et de sa transformation en seul art de communication.

Bref, de quoi devenir, bel et bien, totalement schizophrène...

La rédaction

Réactions

Schizoprhènie ? | 01-06-2014 à 10:24:00

Edito qui pourtant débutait bien.. mais cette phrase "la Samaritaine version SANAA compte parmi ces projets parachutés sans autre valeur que l'auteur qui leur est associé" traduit très bien là un manque d'objectivité ou alors d'honnêté vis à vis de l'argumentaire développé qui articule sa chute autour de cette phrase . Il est vrai que l'esthétique de SANAA est une marque déposée qui voyage à travers le monde mais le projet de la samaritaine ne se résume ni à sa façade, ni à son esthétique. Le coeur du projet est d'abord cette galerie marchande qui traverse l'ensemble du projet pour rejoindre Rivoli et le Seine. La façade déroulée de verre ondulé n'aurait aucun sens à Omotesando où l'urbanisme se développe par de petits bâtiments verticaux (le Prada d'Herzog

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