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Etats-Unis | Les heures nazies de Philip Johnson (04-06-2014)

A Flushing Meadows, les ruines de l’exposition universelle de 1964 attirent un nouveau public. Le Pavillon de New York, conçu par Philip Johnson, éveille un débat sur ce patrimoine laissé à l’abandon. Matt Novak, dans Paleofuture, est revenu le 22 avril 2014 sur le passé sordide et méconnu de l’architecte américain.

Divers | Los Angeles | Philip Johnson

L’UN DES ARCHITECTES AMERICAINS LES PLUS CONNUS ETAIT UN PROPAGANDISTE NAZI
Matt Novak | Paleofuture

LOS ANGELES - L’architecte américain Philip Johnson a conçu quelques-uns des bâtiments les plus iconiques du XXe siècle. Mort en 2005, l’homme de l'art était réputé. Toutefois, il y a une ombre au tableau : le monde de l’architecture refuse de se rappeler que Philip Johnson était fasciste et qu’il a ouvertement soutenu Adolf Hitler et les Nazis pendant presque une décennie.

Nous célébrons aujourd’hui le 50e anniversaire de l’ouverture de l’Exposition Universelle de New York et une attention toute spéciale est accordée à l’un des bâtiments les plus célèbres de Philip Johnson : le Pavillon de New York à Flushing Meadows. Rouvert pour l’occasion, après vingt-sept ans de fermeture, il fait l’objet de l’engouement du public : nombreux sont ceux à patienter dans une longue file d’attente pour visiter ce bâtiment à moitié en ruine. Le restaurer ou non ? Le débat fait rage.

02(@SamHowzit)_B.jpgOn discute alors volontiers de la structure de ses bâtiments ou de leur architecture ; toutefois, on omet volontiers le fait que Philip Johnson était un homme odieux et même dangereux. Son attirance pour les Nazis était loin de se cantonner à un «peut-être qu’Hitler avait quelques bonnes idées», lancé lors d’une soirée dans un bar miteux. Non. Il était de ces militants actifs et a fait campagne pour la cause nazie aux Etats-Unis et dans le monde.

Invité par le Ministère de la Propagande, Philip Johnson a fait un voyage en Allemagne dans les années 1930. Il a écrit de nombreux articles pour des publications d’extrême droite et a fondé aux Etats-Unis une organisation fasciste, les Gray Shirts (les chemises grises, ndt.). Il a soutenu les Nazis lors de l’invasion de la Pologne et écrit que le battage de la presse américaine était surfait. Il a été l’ardent supporter du père Coughlin, célèbre pour son antisémitisme. Il était si imprégné de l’idéologie nazie que le FBI l’a suspecté d’être un espion.

Quand il évoque, lors d'un entretien, sa participation à un rassemblement autour d’Hitler à Postdam en Allemagne, il déclare : «Impossible de ne pas être pris dans l’excitation des hymnes, allant crescendo à mesure qu’Hitler arrivait pour haranguer les foules».

03(@CarolMHighsmith)_B.jpgPhilip Johnson a embrassé presque totalement la cause d’Hitler. Encore en 1940, il contestait les photos des victimes des Nazis et il arguait qu’elles étaient le produit d’une mise en scène orchestrée depuis Brooklyn. Il ne s’est pas gêné non plus pour rendre public sa haine des Juifs - «une autre race envahissante, comme les sauterelles», disait-il - et pour se déclarer en faveur de la pureté raciale : «Les scientifiques ont tiré au clair que le déclin de la fertilité est unique dans l’histoire de la race blanche», écrit-il dans un article de 1938. «Bref, les USA commettent un suicide racial».

Il s’est donc fait l’avocat de l’eugénisme forcé. Le magazine Harper’s l’a taxé de fasciste mais, in fine, rien de tout cela n’a fait obstacle à sa carrière. Il a ainsi continué à être un membre respectable de la communauté architecturale sans jamais être - ou trop rarement - confronté à son répugnant passé, à savoir une décade alarmante de haine raciale.

D’aucuns diront que ce penchant fasciste n’était qu’une erreur de jeunesse. Philip Johnson ne s’en est toutefois jamais excusé. Comme l’explique Kazys Varnelis dans un article de 1994 intitulé 'Nous ne pouvons pas ne pas connaître l’Histoire', l’architecte n’a jamais admis son erreur, n’a jamais demandé pardon et n’a émis aucun regret quant à ses années d’apologie du diable.

04(@PatrickStahl)_S.jpgEn de rares occasions, il fut interrogé sur son attitude pendant les années 30. A chaque fois, Philip Johnson a détourné la question. La meilleure excuse qu’il ait su trouver est un timide «incroyable stupidité», aussitôt balayé par un changement de sujet.

J’ai la fiche dressée par le FBI obtenue par le biais d’une demande FOIA(1) mise à disposition sur Scribd(2). Elle révèle une enquête sur son passé menée par la Maison Blanche en 1963, enquête liée à sa participation à l’Exposition Universelle de New York l’année d’après.

La communauté architecturale doit faire son examen de conscience, car tout ceci n’est en rien nouveau. Voilà qui est d’autant plus déroutant qu’au XXIe siècle l’on continue encore de vanter l’héritage de Philip Johnson. Pourquoi donc rares sont ceux à parler de son fascisme sordide ? Devons-nous considérer ou non ce passé haineux au moment même où le débat est lancé sur son oeuvre ?

Matt Novak | Paleofuture | USA
22-04-2014
Adapté par : Hannah Umbral

(1) Freedom of information Act, la loi donne droit au libre accès de l’information provenant du Gouvernement Féderal
(2) Les documents sont accessibles aux adresses : http://fr.scribd.com/doc/219654037/Architect-Philip-Johnson-FBI-File-Part-1 et http://fr.scribd.com/doc/219654052/Architect-Philip-Johnson-FBI-File-Part-2

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