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Cahier Spécial - Biennale de Venise 2014

Chronique | Daddy Koolh' fait son vide-grenier (11-06-2014)

Koolhaas et l’usure du temps. Il était attendu à Venise. Payé une fortune, dit-on, pour jouer le rôle de commissaire, sans képi ni gourdin mais avec autorité. Aussi, la Biennale ne dure pas trois mais six mois et les Pavillons nationaux, au pas, suivent tant bien que mal la ligne édictée. Roulez tambour ! La modernité est morte, vive la modernité !

Biennale d'Architecture de Venise | Venise | Rem Koolhaas

Big bazar. Des images ici et là. Des films, des affiches, des posters, des coupures de presse, des revues... Partout, à Venise, de l’Arsenal à Giardini, une profusion de documents qui, en libre-service, se coupent, s’arrachent, se détachent et sont comme autant de souvenirs encombrants qui, au moment de boucler sa valise, avant un vol retour, constitue le kilo en trop et qui donc, sans regret, part à la poubelle.

'Monditalia' et 'Elements' sont les deux expositions réalisées sous la direction de Rem Koolhaas.

Il y a vingt ans, la publication de S, M, L, XL(1) marquait un temps de l’histoire de l’architecture. L’ouvrage innovait par la juxtaposition de documents et la confrontation de diagrammes et de solutions architecturales. Le parti a fait école jusqu’à devenir un modèle pour une génération d’architectes. Depuis, les embrouillaminis koolhaasiens se sont multipliés, laissant croire que le maître pouvait tout savoir et tout théoriser en son nom propre, de Lagos aux métabolistes japonais.

Cadavre exquis ou cabinet de curiosités, les deux expositions orchestrées par le maître batave relèvent de la même compilation livresque. Des pépites certes, mais une accumulation indigeste.

02(@DR)_B.jpgL’expert du remplissage et de la formule magique déverse en un immense foutoir les caves des institutions américaines. Si Rem Koolhaas est omniprésent, nègres et petites mains sont comme absents, retranchés derrière un GSD... le sigle pour Harvard Graduate School of Design, où le Pritzker enseigne.

'Monditalia' est d’autant plus insupportable qu’absconse pour qui ne prend pas le temps de déchiffrer les explications. Pour Rem Koolhaas, les expositions doivent se lire et les livres, se regarder. Aucune idée n’est compréhensible d’un coup d’oeil et, face à la profusion de données, l’écoeurement est inévitable.

Quelques femmes d'un âge certain, à l’allure négligée, éructent et se trémoussent, laissant planer le doute quant au bien-fondé architectural de l’événement. L’exposition est ponctuée de scènes invraisemblables, théâtres où des cacochymes s’arrachent des cris après quelques souples pas de danse. Incompréhensible.

03(@DR)_S.jpg'Fundamentals' se veut davantage didactique. Batimat chic pour les uns, formidable répertoire pour les autres. In fine, Rem Koolhaas tente de s’approprier les bases du métier pour en esquisser un catalogue de références. Autant de recommandations multiples et variées, parfois même scatologiques. Poignée, porte, balcon, cheminée, fenêtre, escalier, mur, WC... Tout y passe sauf l’espace. 'Fundamentals' qu’il disait...

Reste le mot d’ordre donné par Rem Koolhaas aux Pavillons nationaux : «absorbing modernity». Il s’agit pour l’occasion d’analyser la manière dont chaque pays a intégré la modernité et comment l’identité nationale s’en est retrouvée sacrifiée.

Il en ressort un travail parfois fastidieux, historique et linéaire. Les bornes chronologiques imposées par le célèbre commissaire, pour rappel 1914-2014, semblent arbitraires et chaque pays tente plus ou moins de s’y plier, esquissant parfois un regard prospectif.

De Pavillon en Pavillon, le visiteur se heurte à un formidable patchwork nostalgique de réalisations, de projets, d’utopies, de superstructures, de folies métabolistes... Autant de desseins qui, reproduits en noir et blanc, en format timbre poste, aiguisent la curiosité.

05(@DR)_B.jpgLa face cachée du système Koolhaas, outre l’exploitation d’une armée d’ombres, repose sur une fine communication. D’abord, l’une des exigences était : «pas d’architectes, que de l’architecture». Si l’intention sur papier semble séduisante tant elle renonce à l’habituelle starchitecture, elle relève en vérité d’un fin jeu où seul Rem Koolhaas domine cette Biennale.

Le sujet de toutes les conversations ? Rem Koolhaas. Sur les grands écrans de la Biennale ? Rem Koolhaas ! L’invité de toutes les conférences ? Rem Koolhaas ! Quelle star voyez-vous flâner à Giardini ? Rem Koolhaas ! En guise de prospective ? Rem Koolhaas !

Les sponsors de Biennale ? Les clients de Rem Koolhaas(2). Quant à approcher le maître, cela se paye. Exclusion par l’argent, pour se rendre à la soirée Koolhaas, sur une ile perdue, compter 80 euros, au bas mot, le taxi aller.

En résumé, Daddy Koolh' n’est pas si fool.

Jean-Philippe Hugron

(1) Auteurs : OMA, Rem Koolhaas, Bruce Mau ; Editeur : The Monacelli Press ; Format : 24cmx19cm ; 1.376 pages ; Intérieur : Quadri ; Couverture : Broché ; Prix : 65,78 euros
(2) Lire à ce sujet l’article de Christian Simenc paru dans Les Echos du vendredi 6 et samedi 7 juin 2014.

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