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Cahier Spécial - Biennale de Venise 2014

Chronique | Plombant Pavillon français (11-06-2014)

Douce Rance, doux jardin de mon errance... Le Pavillon français de la XIVe Biennale d’Architecture de Venise ne présage rien de nouveau. A l’éculé Prouvé, s’ajoute la resucée villa Arpel du film 'Mon Oncle' de Jacques Tati et le sempiternel grand ensemble, déjà donné en pâture l’édition précédente. Retour sur les désarrois du professeur Cohen. 

Biennale d'Architecture de Venise | France | Jean-Louis Cohen

Certes, le propos de Rem Koolhaas était historique - 1914-2014 - mais il portait avant tout sur le rapport de la modernité à l’identité nationale. Jean-Louis Cohen a préféré, quant à lui, restreindre le champ historique à quelques années allant de 1935 à 1958. Pour parfaire la chronologie, l’exposition est accompagnée d’un catalogue, un 'best of' du siècle (France 101 bâtiments) sans analyse transversale ; un opus sans originalité.

Cela écrit, in vivo ou in texto, le propos esquive complètement le coeur de la problématique imposée par le célèbre Pritzker. Pourtant, à l’heure du modernisme, nombre d’architectes, portés par un souffle nouveau, ont tenté d’adapter et même de nationaliser de nouvelles typologies venues d’Allemagne ou d’Amérique. Le gratte-ciel, par exemple, symbole ô combien moderne, a fait l’objet de toutes les tentatives de perversion en vue d’élaborer un modèle français, voire, plus sobrement, cartésien, de l’architecture verticale.

Le Pavillon français préfère, avec quelques oeillères, interroger ses visiteurs. «La modernité, promesse ou menace ?». Un fond sonore, une vibration pesante, laisse plus de place à la menace qu’à la promesse. Ainsi, les yeux bandés, d’aucuns entendent qu’il ne reste, de la question liminaire, qu’une affirmation tronquée : la modernité menace. La petite musique de Jacques Tati n’y changera rien.

02(@LucBoegly)_S.jpgLes yeux ouverts, la scénographie signée Projectiles se montre fort réussie. Elle rend le Pavillon français, pourtant ingrat dans sa distribution, riche d’espaces. L’exposition n’en est d’ailleurs que plus compréhensible. En revanche, les teintes grises laissent planer un sombre pessimisme. Enfin, l’entrée est traitée comme un goulet d’étranglement.

Cette ambiance conforte l’idée que la modernité en France reste, encore et toujours, négative. Elle se décline ici en procédés industriel et mécanique allant des panneaux Prouvé à la préfabrication en béton. Plus encore, elle contrôle - la Villa Arpel - voire assassine - Drancy -. Tel est, en filigrane, le message, consciemment ou inconsciemment, proposé.

05(@FondsLods)_B.jpgPlus dérangeante reste l’association d’une forme architecturale, le grand ensemble, à l’Holocauste. Drancy, mémoire douloureuse, est exhibée en proposant un parallèle inconvenant. Autant dire que tout vélodrome est architecture menaçante.

Aussi, la position du Pavillon français relève globalement d’une définition par la négation. Aussi drôles soient Mon Oncle et sa Villa Arpel.

Ayant jeté la question de l’identité nationale aux oubliettes, l’exposition, au mieux, se retranche dans un réflexe commun. En soulignant brièvement la suprématie de l’Hexagone, notamment à travers la diffusion des techniques de préfabrication (procédé Camus) dans le monde, et ce jusqu’au Chili, la présentation se fait ainsi l’écho d’une banale arrogance française. Ce que nous sommes n’est jamais interrogé, à l’inverse de ce que nous apportons aux autres. Aucune identité affirmée ne peut être ainsi déclinée.

03(@LucBoegly)_S.jpgPar analogie, cet état d’esprit renvoie à un Empire «aux assises chancelantes», celui des Habsbourg où «un Autrichien était avant tout un Austro-hongrois moins le Hongrois», du moins s’il on se fie à Robert Musil. En somme, cette définition est le résultat d’une soustraction révélant une difficile appréciation en termes positifs(1).

Aux assises chancelantes, l’Hexagone ne propose, lui aussi, aucune définition en termes positifs. En éludant sans cesse la question - elle était pourtant posée ici par Rem Koolhaas lui-même - et en trainant le passé comme un fardeau, le Pavillon français témoigne d’une époque, repliée et sans grandes perspectives.

Jean-Philippe Hugron

(1) Au sujet de l’identité austro-hongroise, se référer à l’oeuvre de Claudio Magris.

Réactions

domino | merci | Idf | 12-06-2014 à 16:43:00

L'image extérieure du pavillon français dans les "Giardini" parle d'elle même. L'évocation de "l’éculé Prouvé" en tête d'article est assez mal venue pour ce qui concerne un personnage aussi marquant dans la France du 20 ème siècle et qui reste une valeur de référence.Je pense que le pavillon français de cette année est une juste réponse à la la question posée ici par Rem Koolhaas.

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