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Cahier Spécial - Biennale de Venise 2014

Chronique | Tops, flops, moi aussi j'y étais ! (11-06-2014)

Venise. Veni, vidi... Vici, en revanche, est mission impossible. Pour vaincre la Biennale, deux jours ne suffisent pas. Aux attentes répond l'indigestion que provoque tout événement saturé d'informations. Au repos, avant l'analyse, restent les impressions. Immanquablement, des pavillons se distinguent. Pour le meilleur comme pour le pire. Un classement des plus subjectifs.

Biennale d'Architecture de Venise | Venise

Elements of architecture (Pavillon central, Giardini) : Flop

Pour l'initié, l'architecte, l'ingénieur, bref la cible de la Biennale, c'est flop. Les salles du Pavillon central du Giardini que s'est réservé Rem Koolhaas, certes le fruit d'une recherche menée deux ans durant avec des équipes de la Harvard University Graduate School of Design, restent une incarnation de ce travail d'archéologue trop anecdotique. La faute à la scénographie ? Dans la salle réservée à l'évolution des WC, où même un urinoir en marbre before Koolhaas et Jésus-Christ était présenté, la bande-son - une pluie d'urine - frise le ridicule. Sinon, portes, fenêtres, escaliers, plafonds, poignées... 'Elements' parait être une grammaire sans narration.

Le cynisme de Rem Koolhaas est à son apogée. D'après Peter Eisenman, dans un article paru sur Dezeen, le fondateur d'OMA a présenté la Biennale comme la fin «de [sa] carrière, de [son] hégémonie, de [sa] mythologie, la fin de tout, la fin de l'architecture». Sic. La Biennale ne reste-t-elle pas le point d'orgue d'un starchitecte redoutant la vieillesse autant que la relève ? Un autre public, moins expert, se délectera pourtant de l'étalage de ces dénominateurs communs. Découvrir un échantillon de la façade du Prada d'Aoyama de Herzog et de Meuron est sans doute élémentaire, néanmoins jubilatoire.

02(@DR).jpgIsraël (Giardini) : Top

Déjà, l'intitulé était à lui seul alléchant. Le néologisme 'Urburb' désigne ce territoire, ni urbain, ni suburbain, composé des villes nouvelles issues du Sharon Master Plan de 1951. Pour décrire le phénomène, les commissaires ont choisi la voie performative en installant des traceurs qui, sous les yeux des visiteurs, dessinent les contours de ces villes génériques... Avant de les effacer. Tout y est : la réalité d'un territoire, la tabula rasa moderniste et, en filigrane, les enjeux géopolitiques. Mention spéciale à la sobriété d'une scénographie qui fait passer le message sans abrutir le visiteur.

Autriche (Giardini) : Flop

'Plenum', le titre du Pavillon autrichien, abrite 196 maquettes au 1:500 de parlements de par le monde. Tous immaculés, les modèles réduits sont accrochés sur des murs blancs. Une façon de comparer l'incomparable, le monument décliné dans 196 contrées différentes. La modernité réduite à une efficace scénographie ? Pourquoi pas. Mais alors il ne reste que la forme.

Chili (Arsenale) : Top

Le lauréat du Lion d'argent méritait au moins ça. Un panneau en béton, échantillon d'une façade d'une usine de préfabrication de logements sociaux 'donated' par l'URSS au gouvernement de Salvador Allende en 1972, forme le tenant et l'aboutissant du Pavillon chilien. Vestige de la modernité, ce panneau, entre tous les éléments fondamentaux, représente la plus radicale des alternatives au savoir-faire de l'architecte.

05(@DR).jpgCorée du sud (Giardini) : Flop

Récompensé du Lion d'or, il n'enchante pourtant pas. Il y a sans doute trop à manger au sein du Pavillon sud-coréen. Certes, il abrite des pépites, tel le projet de Kim Swoo Geun pour le Centre Pompidou, où un module initial démultiplié aboutit à la création d'un monstre hyper-partitionné qui représente l'exact opposé des plateaux libres du Beaubourg de Piano et Rogers.

A voir également, la recherche de MOTOElastico, architecte italien installé à Séoul, sur les usages quotidiens procédant à la privatisation de l'espace public, consignés dans un ouvrage à la manière du Pet Architecture de Tsukamoto. Sinon, il est bien sûr question des voies empruntées par la Corée du nord et la Corée du sud après leur séparation mais les documents foisonnent tant que l'overdose est de mise.

04(@DR)_B.jpgJapon (Giardini) : Flop et top

Sur le même mode que son homologue sud-coréen, le Pavillon japonais a choisi l'accumulation d'histoires individuelles pour conter l'Histoire moderne. Malgré la qualité des projets et des documents présentés, le foisonnement et l'absence de fil rouge déroutent. Pour d'aucuns, ce pavillon est à l'image des grandes villes japonaises, pétri de délicats détails. Pour d'autres, il en devient un bric-à-brac d'archives et de signes où pour explorer, il convient de chiner.

Grèce (Giardini) : Top

Le Pavillon grec compte parmi ceux, trop rares, ayant respecté la consigne koolhaassienne : montrer comment le pays représenté a digéré les préceptes modernes. Le Pavillon grec montre effectivement comment une spécificité nationale - sa première manne économique, le tourisme - a intégré la modernité. La scénographie sert le propos sans le noyer avec une frise d'images composée de photos d'hôtels et de resorts modernos. Au centre sont présentées des maquettes de projets prospectifs. Contre toute attente, la Grèce ne s'attarde pas sur son passé et lance, via ces modèles réduits, des pistes pour l'avenir.

Maroc (Arsenale) : Top

03(@LucBoegly)_B.jpgPassé et futur. A l'instar de la Grèce, le Pavillon marocain, pour sa première participation à la Biennale d'Architecture de Venise, ne se contente pas de dérouler le fil du temps. 

Outre la présentation de ce territoire d’expérimentations que fut le Maroc à l'égard du Projet Moderne, il a fait appel à différentes équipes d'architectes pour proposer des projets d'habitations expérimentaux sur un territoire inexploré mais fondamental : le Sahara.

Recouvert de sable, le sol du Pavillon met d'emblée dans le bain en ralentissant les pas des visiteurs. Au-dessus, des stèles accueillent des maquettes qui forcent l'imagination, telle la médina verticale de Fernando Menis. 

Seul bémol : la mise en lumière, trop tamisée, empêche de s'attarder sur les modèles réduits.

Romain Castevet

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