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Cahier Spécial - Biennale de Venise 2014

Chronique | La Blonde découvre Rem, la crème... (11-06-2014)

Hey ! J’chuis une québécoise pure laine ! Quand mon cheum m’a dit de tchecker mon cédule pour voir si je pouvais l’accompagner à Venise, j’ai tout de suite lâché un call à mon boss pour me libérer. J’étais total willing ! Venise ! Ca goûte bon ! Tsé romantique. Sauf que c’était pour la Biennale d’Architecture...

Biennale d'Architecture de Venise | Venise

J’ai pété une coche quand j’ai débarqué à Marco Polo Airport, amoureuse, la tête sur l’épaule de mon cheum, et qu’j’ai vu les affiches 'Fundamentals'. Il est complètement focké de m’amener là sans rien me dire. J’haïs ça.

Je voyais ben qu’il avait d'la broue dans l'toupette, qu’i se pressait dans tous les sens pour organiser ce voyage. Pis dans l’avion, y’avait même de ces architectes en costume à rayures qui cherchent à parader. J’ai été ben niaiseuse sur ce coup.

04(@DR)_B.jpgAlors j’y vais à cette Biennale. J’allais pas m’pogner l’cul toute seule et p’is ce serait poche de manquer ça. Et en plus, en 2014, c’est Rem Koolhaas qui régale ! Il bat quatre as à lui tout seul ! Ca prend pas trois personnes pour savoir ça.

En revanche, ça prend trois jours pour prouver le contraire. Jusqu’à présent, tous les amis de mon cheum n’étaient que louanges pour Rem. Rem, la crème de la crème ! Ils ont les yeux comme une chatte qui pisse dans le son. L’extase totale ! Et icitte, à Venise, si tout le monde n’a que le nom de Rem dans la bouche, tous semblent avoir le caquet bas. Ayoyé !

C’est dur de comprenure tout ça. On va quand même pas faire de la Biennale un enterrement de crapaud. J’ai laissé mon cheum et suis allée avec mes amis lithuaniens from London aller de drink en drink. Car j’savais pas mais, lors de ces quelques journées spéciales, tous les pavillons s’inaugurent les uns après les autres. De bulle en bulle, j’chuis vite maganée de la veille... Pompette comme vous dites, vous aut’es.

Un pas devant l’autre, tant bien que mal, on s’en est allé en Bubblegium... C’est l’inauguration du Pavillon belge. On est arrivé short mais on a eu notre coupette. Elle était ben nécessaire pour apprécier le minimalisme de l’installation. J’comprends rien et c’est le genre de chose qui m’allume pas les lumières.

J’crois que quand t’aime pô trop l’architecture, cette Biennale, è’ t’fera pas changé d’avis. Ben au contraire, tu resteras complètement boqué sur ton idée.

02(@DR)_S.jpgParfois, je branle dans le manche, j’hésite à rentrer ou pas dans un Pavillon. La chienne de ma vie qu’j’ai eu dans le serbe ! J’chuis pourtant pas peureuse mais là, êt’e plongée toute seule dan’le noir... Heureusement que mes deux grands Vikings étaient pas loin. J’vois pas l’intérêt d’être dans un darkroom pour parler d’architecture. L’Egypte et la Roumanie aussi font la même chose.

Tout le monde kick sur le Pavillon russe. Ca m’a pas fait rêver en couleurs. C’est ben moche. Ce que j’aime c’est le Pavillon espagnol et ses effets d’optique ou encore le Pavillon nordique avec cette histoire folle où l’Europe du septentrion a aidé la Tanzanie, le Kenya et la Zambie à devenir des Etats modernes après leur libération. Architecture à l’appui.

Le Canada ! Mon cher Pays ! Bah, j’ai rien compris, ça me paraissait comme un peu hors sujet... P’is ça sentait le swing dans c’te Pavillon. La pédale au plancher, j’ai rangé ma fierté.

Cette Biennale fait le job comme livre d’Histoire. En revanche, elle plonge les regards dans le rétroviseur sur ben des choses qu’on aurait dû oublier. Montréal en meurt de son modernisme. Nous n’avons plus rien construit de marquant depuis l’exposition universelle de 67 et les Jeux Olympiques de 76... Montréal c’est 'absorbing modernity' au quotidien.

Fatiguée, j’avais déjà la journée dans le corps quand il a fallu aller à la Corderie. «Pour me pendre ?», ai-je dit à mon cheum. «Non, pour voir Rem ; la suite, c’est à l’Arsenal», m’a-t-il répondu.

03(@DR)_B.jpgJe l’ai suivi. Après quelques minutes à Monditalia, wow les moteurs ! Ca suffit ! Je comprends rien. Des gens qui dansent, des vieilles commodes, des papiers qu’on arrache. Après les bulles et le soleil, il est ben difficile de se concentrer.

Je suis allée marcher sur du sable et des fleurs. Au Maroc et à Saint-Domingue. J’ai aimé la Turquie et l’histoire du Centre Culturel Atatürk, construit puis incendié puis reconstruit puis abandonné. J’ai vu l’Iran, j’ai vu la Chine... 

Le soir, à Venise, j’ai vu des collatéraux, sans dommage. C’était le fun dans les Palais : il y a des expos - où un mur dans un couloir se marchande jusqu’à 5.000 pièces... (j’savais pas qu’il fallait payer pour être exposé... Quelle niaiseuse je fais !) -, il y a des fêtes !

A la fin, j’ai la tête qui me tourne. D’avoir bu tout ce modernisme dégoulinant, tous ces échecs, tout ça me coule les pieds dans le ciment. Je ne suis plus aussi légère.

La Biennale est un peu kétenne et j’ai vu, trop rarement, la relève assurer le discours. Mister Koolhaas préempte, fait le jars et se prend pour le nombril du monde. C’té ben capricieux tout ce cirque.

Dequèce ? faut d’ja repartir ? L’avion n’attend pas. Alors, à la revoyure !

Arlette Debonnefoy

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