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Espagne | Architecture moderne espagnole, le cliché ! (18-06-2014)

Comment la photographie influence-t-elle l’architecture ? Constructions vernaculaires et scènes de vie captées par l’objectif des photographes les plus connus au détour des années 20 ont inspiré les architectes modernes d’alors. Le quotidien régional La Voz de Galicia a relaté, dans son édition du 2 juin 2014, sous la plume de Xesús Fraga, une exposition présentée à Madrid sur le sujet.

Madrid

Contexte
«L’architecture est traître avec ses amants et nous devons la traiter comme telle, en la prenant à l’improviste», écrivait Alejandro de la Sota (1913-1996), architecte espagnol né à Pontevedra, en Galice.
L’homme de l’art, outre son sens de la formule, était également connu pour faire, lui-même, les photographies de ses réalisations. L’approche était sensible et différente des photographes professionnels.
L’exposition présentée jusqu’au 7 septembre 2014 au Musée ICO de Madrid met en avant ce travail et le relie à d’autres clichés plus adaptés vis-à-vis des canons de l’avant-garde moderne.
Joaquín del Palacio (1905-1989), photographe madrilène connu sous le nom de Kindel (pseudonyme reprenant la dernière syllabe de son prénom et la première de son nom), a réalisé des reportages à travers l’Espagne rurale avant d’être commissionné par le Collège des Architectes.
«Kindel surprend par son regard nouveau. Il s’agit souvent de moments et d’instantanés volés qui renvoient aux vieilles avant-gardes de la modernité et qui n’ont presque rien à voir avec le néo-réalisme en vogue, [un temps], en Espagne. Les images qui caractérisent Kindel sont teintées d’ironie et de mélancolie. Elles sont les filles d’une après-guerre difficile», reprend La Voz de Galicia, en marge d’une autre exposition consacrée à Joaquín del Palacio en 2007. Aussi, l’oeuvre du photographe «est une référence pour les architectes», poursuit l’article.
Autre figure incontournable : Francesc Català-Roca (1922-1998), dont les clichés sont «la traduction subtile du travail artistique et artisanal ou encore de l’espace architectural. Il est ainsi le principal imagier de la 'nouvelle architecture catalane' des années 1950, alors considérée comme l’une des plus inventives en Europe», écrit Antoine Baudin, auteur de l’ouvrage Architectures catalanes des années 1950.
«C’est avec le Grup R (1951-1958), fer de lance de la 'rénovation', que la connivence du photographe est la plus évidente. Ses membres se réfèrent à des modèles internationaux alternativement rationalistes et organiques - au sens des années 1950 -, mâtinés d’éléments régionaux notamment vernaculaires. [...] La rigueur mais aussi la liberté avec lesquelles il opère le situeront bientôt parmi les principaux rénovateurs de la photographie d’architecture de l’après-guerre», poursuit-il.
La photographie a permis en Espagne le lien a priori difficile entre architecture traditionnelle et avant-garde moderne. Elle est un élément méconnue, pourtant fondateur, de l’approche constructive et de la pensée architecturale de l’après-guerre.
JPhH

L’ARCHITECTURE MODERNE ESPAGNOLE VUE A TRAVERS LE PRISME DE LA PHOTOGRAPHIE
Xesús Fraga | La Voz de Galicia

MADRID - Après l’expérience directe, la photographie est, avec les plans, le moyen le plus à même de transmettre l’architecture. Sa fonction documentaire et son rôle de diffusion de l’information est indispensable. Sa valeur va plus loin encore dès lors qu’elle établit un dialogue entre les disciplines : dans la première moitié du XXe siècle, l’avant-garde photographique a élevé, dans la catégorie des possibilités plastiques et communicatives, au rang de portrait, la construction architecturale.

C’est précisément ce jeu de miroirs établi dans cette période des plus intéressantes que l’exposition 'Fotografía y arquitectura moderna en España, 1925-1965' présente au Musée ICO de Madrid jusqu’au 7 septembre 2014.

02(@Portillo)_S.jpgL’exposition réunit plus de 250 images prises par des classiques de la photographie tels que Francesc Català-Roca ou Alberto Schommer et de collègues spécialisés en architecture, comme Juan Pando Barrero ou Kindel, pseudonyme de Joaquín del Palacio.

Leurs appareils ont tiré le portrait du discours architectural dans toute sa variété : extérieurs et intérieurs, détails constructifs et esthétiques, édifices et rues, scènes de l’activité humaine ou pure architecture pétrifiée dans le temps.

Le montage de l’exposition ne met pas tant l’accent sur la qualité photographique mais sur la nécessité d’appeler l’attention sur le patrimoine architectural photographique qui, jusqu’à maintenant, n’a pas reçu une considération proportionnelle à son importance.

03(@FernandoHigueras)_S.jpgLa liste des architectes exposés réunit les représentants du Mouvement Moderne et les instigateurs de la revitalisation de la profession après la Guerre Civile : Sert, Torroja, Fisac, Fernández del Amo, Coderch, Corrales et les Galiciens de la Sota et Vázquez Molezún.

La plupart de ces architectes ont collaboré avec différents photographes ; les clichés ont été largement diffusés du fait de l’essor des publications patronnées par les collèges de professionnels comme les Cuadernos de Arquitectura ou de la Revista Nacional de Arquitectura, sinon d’autres supports de prime importance comme AC ou Nueva Forma, entre autres.

La poétique d'Alejandro de la Sota

Beaucoup d’architectes ont photographié eux-mêmes leurs oeuvres et, dans ce cas, le plus représentatif d’entre eux, selon Iñaki Bergera (Vitoria, 1972), commissaire de l’exposition, est Alejandro de la Sota.

Grâce à son amitié avec Kindel, l’accès aux appareils photographiques Leica ou Rollei lui a permis de développer sa position et sa sensibilité visuelle et artistique. L’homme de Pontevedra a réalisé de nombreux reportages en noir et blanc sur son propre travail. Il en résulte une approche «poétique particulière, sans préjugés» qui fait montre d’un «naturel spontané» et qui établit une «continuité magistrale entre l’oeuvre projetée, le projet construit et son récit visuel», selon Iñaki Bergera.

04(@Kindel)_S.jpgLe commissaire de l’exposition prévient que techniquement, les images d'Alejandro de la Sota ne sont pas du même niveau que celles des professionnels. Toutefois, ce qui les rend si particulières est la capacité de l’homme de l’art à avoir su «dépeindre des atmosphères plus que des objets».

Malgré l’intérêt manifeste pour la photographie en soi et comme moyen de communication, la fascination pour l’image ne détourne pas ces architectes de leur objectif ni ne les emporte sur le chemin du spectacle. Pour reprendre les mots de Miguel Fisac : «de bonnes photographies d’architectures ne sont pas la même chose qu’une bonne architecture pour faire des photos».

Xesús Fraga | La Voz de Galicia | Espagne
02-06-2014
Adapté par : Jean-Philippe Hugron

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