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Rencontre | Exit Architects et le symbole de la prison (25-06-2014)

Qui rêve de mettre la police en prison ? L’histoire de l’ancien centre pénitencier de Palencia en Espagne, n’est pas loin de satisfaire l’absurde idéal. Transformé avec talent par Exit Architects et Eduardo Delgado Orusco en centre culturel, le nouvel édifice, une fois livré, en 2012, fut abandonné. Il est question aujourd’hui d’y installer, entre autres, le Centre historique de la Police. Rencontre avec Angel Sevillano et José Tabuyo, associés d'Exit Architects.

Bâtiments Publics | Culture | Espagne | Exit Architects

Au nord de Valladolid, à quelques cinquante kilomètres, la ville de Palencia poursuit son essor comme toute ville moyenne. Les problématiques n’y sont, ni plus ni moins, les mêmes qu’ailleurs. En s’étalant, la ville intègre ses rebuts. La prison, autrefois reléguée en marge de la cité, est aujourd’hui assimilée au tissu.

A l’adresse inadaptée, s’ajoute la déchéance d’un édifice XIXe, jadis rutilant. Abandonnée, la prison attendait un nouvel avenir. Aussi, la municipalité a décidé en 2005 de lancer un concours pour la restructuration et la transformation de l’ensemble en centre civique et culturel. Cinquante agences, pas moins, ont répondu à l’appel. Parmi elles, Exit Architects, lauréate, accompagnée d’Eduardo Delgado Orusco.

«Nous devions uniquement conserver les façades de la prison. La division en cellules ne s’adaptait pas au programme», explique Angel Sevillano au Courrier de l’Architecte.

Aussi, les deux associés madrilènes ont mis l’accent, dans leur proposition, sur la manière de faire entrer la lumière à l’intérieur de l’édifice. «Il s’agissait d’une construction fermée qui n’avait pour fenêtre que de petites ouvertures», précise l’architecte.

02(@FernandoGuerra)_S.jpg«Nous n’avons conservé de la prison que ce que nous estimions être de valeur», poursuit José Tabuyo. Les murs périphériques, de briques, ont été ainsi préservés. La distribution, quant à elle, a été arasée. «Il y avait quatre pavillons distincts que nous avons détruits pour en créer quatre autres afin de répondre au programme», dit-il.

L’indépendance de chaque entité doit permettre un fonctionnement distinct. Les salles d’expositions peuvent ainsi être ouvertes à l’heure même où la bibliothèque est fermée.

«Nous avons travaillé sur des dispositifs symétriques afin de répondre à la composition de la prison et à sa forme passée», reprend Angel Sevillano. Depuis l’extérieur, les parties en extension se distinguent de l’ancien par la mise en oeuvre de zinc et de verre semi-opaque.

«Ce projet représente un effort considérable. Nous avons passé six ans dessus. Nous avons été confrontés, notamment, à des problèmes de budgets», dit-il. La crise a réduit les ambitions. Toutefois, les architectes tiennent à préciser qu’ils ont «réalisé le projet du concours». 

03(@FernandoGuerra)_S.jpgL’édifice, autant que sa difficile sortie de terre, demeurent symptomatiques de la situation espagnole. Le centre civique témoigne d’un art de bâtir subtil à l’esthétique maîtrisée, bref d’un savoir-faire indéniable. N’ayant jamais ouvert au public, il illustre, par ailleurs, la gabegie dont souffre le pays.

Aussitôt livré, le centre fut abandonné. La mairie ne disposait pas des fonds nécessaires pour faire fonctionner l’institution, pas même pour y mettre quelques livres.

Résignés, les architectes n’apportent aucun commentaire à ce sujet. Leurs yeux, levés au ciel, suffisent en guise de réponse.

En mars 2013, un accord entre la mairie de Palencia et la direction générale de la Police a été signé. Des espaces au sein de l'équipement ont été gratuitement mis à disposition pour une durée de trente ans afin d’y installer les archives de la police et, pour plus de culture, le «Centre historique de la Police».

Un an plus tard, une nouvelle annonce affirme l’ouverture de l’ensemble à l’automne 2014. Patience à Palencia.

04(@ExitArchitects)_S.jpgDe leur côté, Exit Architects tente de développer son activité en Allemagne et en Autriche. «L’un de nos associés s’y trouve actuellement. Entre l’Espagne et l’Europe centrale, nous constatons que notre pratique est plus sensible et la leur plus normative. A notre sensibilité quant aux volumes, ils répondent par une approche strictement liée au programme», expliquent Angel Sevillano et José Tabuyo.

Loin de Palencia, l’heure de l’Europe signe pour Exit Architects une porte de sortie.

Jean-Philippe Hugron

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