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Visite | Le logement sans fatalité, impasse des Vignoles (03-09-2014)

La redoutable question du logement ! La belle affaire relève du casse-tête réglementaire. Les espaces se réduisent et la norme leur ôte toute qualité. La marge pour l’architecte semble mince. Sabri Bendimérad répond quant à lui par «l’illusion perceptive et perspective». L’homme de l’art a livré, durant l’été 2014, à Paris 20e, deux opérations de logements sociaux exemplaires.

Logement collectif | Brique | 75020 | Sabri Bendimérad

Rue des Vignoles. XXe arrondissement. L’adresse réveille le souvenir d’une opération mythique tant elle éveille éloges et critiques, tant elle excite rumeurs et non-dits. Edouard François, son auteur, s’en réjouit sûrement.

A quelques mètres, l’impasse des Vignoles présente un nouvel ensemble de 31 logements qui, force est de constater, contraste résolument. Il y a, à première vue, loin de toute exubérance, autant d’évidence que de sobriété.

Le quartier, pour celui qui n’y a pas mis les pieds depuis quelques années, s’est métamorphosé : les venelles ont été privatisées ; les façades présentent des atours colorés ; la végétation y est foisonnante. Des airs petits bourgeois règnent sur ce tissu autrefois populaire et faubourien. Impasse des Vignoles, une résidence élégante : des logements sociaux.

02(@JLangendorff)_S.jpg Autrefois, le site abritait entrepôts, manufacture et marchand de sommeil. 

«Le tissu était dégradé, le passage étroit. L’opération nous a permis d’élargir l’impasse», précise Sabri Bendimérad.

Les parties neuves sont habillées de briques. «Question de pérennité», assure l’architecte. 

«Le jeu fait également référence au logement social. C’est une démarche que j’ai entreprise il y a quinze ans», poursuit-il.

L’homme de l’art aime à parler d’une «façade textile» et d’un «jeu d’échelles». 

«J’ai imaginé une déclinaison selon les situations. Voilà qui permet sériation et séquence. Voilà qui casse l’effet de continuité», dit-il. Dans les formes, du fait de mises en oeuvre variées, le matériau accroche la lumière différemment.

«Je suis d’une famille de briquetier», avoue Sabri Bendimérad au détour de la conversation avant de résumer son approche par «la décomposition du volume par la matière».

Enseignant, chercheur, co-commissaire en 2011 aux côtés de Monique Eleb de l’exposition 'Vu de l’intérieur, Habiter un immeuble en Ile-de-France 1945-2010', Sabri Bendimérad possède une expertise quant au logement. Sa proposition d’habitat intermédiaire, «ni collectif, ni individuel», permet d’offrir «une qualité domestique, des extensions à l’extérieur, des intérieurs extériorisés et vice versa». De la connaissance à la mise en pratique.

03(@JLangendorff).jpg «Le logement intermédiaire n’est pas sans poser problème en terme de conception. Il induit une superposition difficile, une gestion des réseaux complexes. Le but est de ne pas affecter l’habitabilité», dit-il. 

La conception résolument complexe implique un emboitement de volumes, une recherche effrénée d’optimisation et ce, sans qu’aucun espace résiduel ne vienne gâcher les proportions.

S’en suit une longue visite. Un premier logement d’abord. Un R+1. Un plan et une distribution remarquable. Les surfaces correspondent pourtant bel et bien au logement social standard parisien. 

Le hasard ? «Je recherche l’illusion perceptive et perspective», précise l’architecte.

S’en suit un deuxième, puis un troisième, un quatrième, un cinquième... Tous différents, tous aussi remarquables les uns que les autres. Des cuisines en premier jour, noyées de lumière, des terrasses, plusieurs par logement même, des ouvertures généreuses en nombre, des distributions élégantes... Une longue visite étourdissante. La démonstration qu’une architecture du logement est encore possible malgré la contrainte réglementaire.

«Voulez-vous voir une autre opération à quelques pas ?». Encore ?! Oui encore. Des maisons de villes, au plan soigné et finement étudié. Un «habitat pluriel», cette fois-ci, revendique l’architecte.

«Il s’agit de réinventer le mot 'intermédiaire'. Je ne souhaite pas figer les formes». Que le message soit entendu.

Jean-Philippe Hugron

04(@JLangendorff).jpg Fiche technique

Programme : 30 logements sociaux, un logement et une loge gardien, un local d’activités
Adresse : 82-84, rue de Vignoles, Impasse Vignoles, Passage Savart, Impasse Rançon, Paris 20e
Maître d’ouvrage : Elogie / SGIM
Maître d’oeuvre : Sabri Bendimérad, architecte (SBA), François Desbrosses, chef de projet
Types : 4 T5, 6 T4, 8 T3, 8 T2, 5 T1
Catégories de financement : 19 PLUS, 3 PLAI, 7 PLS
Labels environnementaux : BBC (Plan Climat de la Ville de Paris)
SHON : 2.500m²
Coût : 5.100.000€ H.T
Calendrier : APS : juin 2010 / PC : décembre 2010 / livraison : juillet 2014  

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