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Extension de la Sarasota High School, 1958 / Paul RudolphExtension de la Sarasota High School, 1958 / Paul Rudolph

Etats-Unis | Sarasota, Paul Rudolph on the beach (10-09-2014)

Sarasota ? Le nom est angélique. Par-delà les quatre réjouissantes syllabes, se cache une cité balnéaire du Golfe du Mexique en Floride. Le rêve ! D’autant plus paradisiaque que les plus grands architectes modernes américains y ont officié, Paul Rudoph en tête. Ce patrimoine est aujourd’hui mis en valeur* et le quotidien local, le Sarasota Herald Tribune, se montre intarissable sur le sujet.

Patrimoine | Etats-Unis | Paul Rudolph

Dernier article en date, le 25 juin 2014 : Jeff Lahurd, journaliste, revient sur la manière dont «Sarasota a changé dans les années 60». «Modernité et progrès étaient véritablement les mots d’ordre d’une époque marquée par un sens persuasif de l’optimisme», écrit-il.

«Sarasota changeait d’apparence et ce, de façon spectaculaire. Le revival méditerranéen et l’architecture des missions espagnoles, symboles d’âges reculés, avaient perdu toutes les faveurs. Un groupe d’architectes renommés, plus tard connu sous le nom d’école de Sarasota, a imprimé sa marque dans la région et reçu pour cela les éloges du monde entier», poursuit-il.

Ralph Twitchell, architecte, est à l'origine de l’école de Sarasota. Paul Rudolf en est rapidement devenu le «guide spirituel». Si le premier souhaitait, au détour des années 30, développer une architecture adaptée au site, en d’autres termes, un streamline local, le second a, encouragé par la modernité d’après-guerre, développé une architecture plus radicale.

«Un camarade de classe de Paul Rudoph avait travaillé pour Ralph Twitchell. Il lui recommanda l’adresse. L’appel d’une vie au sud de la Floride a ainsi conduit le jeune architecte à Sarasota en 1941», écrit Christopher Berger dans une recherche présentée à l’université de Floride.

Les premières heures de cette collaboration signe une architecture «sensible au romantisme de Wright». «Elle répond, de par son horizontalité magnifiée, à la grandeur des paysages américains», affirme-t-il. A cette époque, Paul Rudolph planche sur la maison même de Ralph Twitchell.

«A l’automne, Rudolph quitte Sarasota pour Harvard où Walter Gropius est son professeur et Philip Johnson son condisciple. Rudolph réalise alors très vite qu’il y a un fort lien entre architecture et arts [...] En 1942, il est engagé dans l’U.S. Naval et passe l’essentiel de la Seconde Guerre mondiale à servir en tant qu’architecte au chantier naval de Brooklyn. Le service passé dans la marine a influencé son travail en Floride ; l’efficacité des espaces et leur configuration rappelle les constructions navales. Il a par ailleurs mis en oeuvre dans ses réalisations des matériaux habituellement utilisés par la Navy», note Christopher Berger.

02(@GregWilson)_S.jpgDe retour à Sarasota, Paul Rudolph formule en 1947 la philosophie de l’école en cinq points : 1. Clarté de la construction / 2. Economie de moyens / 3. Volumes simples / 4. Géométrie claire en lien avec les paysages de Floride / 5. Honnêteté des détails et des structures.

En 1952, l’historien de l’architecture Henry Russell Hitchcock souligne dans Architectural Review que «la nouvelle architecture la plus admirable est en train d’être construite à Sarasota par un groupe de jeunes architectes».

Aux deux maîtres se sont alors adjoints Victor Lundy, Gene Leedy, Jack West, Tim Seibert et Mark Hampton. Aux projets résidentiels s’ajoutent de nouveaux programmes : écoles, églises, centres communautaires, bases de loisirs... Dix ans durant, les commandes se sont multipliées. Un âge d’or pour la petite station balnéaire qui se réclame un exemple en matière d’architecture, notamment de par son modernisme tropical.

En 1960, Paul Rudolph ferme l’agence de Sarasota qu’il a fondée suite à son départ des bureaux de Ralph Twitchell. Les autres suivirent progressivement le mouvement. «Le début de cette décennie marque une transition culturelle, politique et économique. Sarasota n’était plus ce petit port tranquille pour artistes. Elle devenait une ville à part entière», indique Christopher Berger.

Un campus est alors même en projet. «Au lieu de choisir un architecte local, les commanditaires ont lancé un appel national et finit par engager I.M. Pei pour réaliser le plan directeur de l’ensemble», poursuit-il. L’appel à une agence new-yorkaise signe la fin d’une période. «A cette époque, la qualité de l’architecture a décliné», constate-t-il.

03(@BillMiller)_S.jpg «L’auteur Mary Freeman a écrit un article pour The Nation intitulé 'Le mythe américain - Vous ne pouvez pas arrêter le progrès' qui avertissait que Sarasota allait devenir 'une imitation de Miami habitée par de pâles et gras hommes d’affaires fumant leurs cigares' et proposait aux citoyens, s’il n’était pas trop tard 'de faire intelligemment plus de bruit que les spéculateurs'. En fait, malgré les partisans d’un statu quo, Sarasota était condamnée à grandir», assure, de son côté, Jeff Lahurd.

Aujourd’hui, un demi-siècle plus tard, l’architecture est une carte postale, le modernisme un souvenir qui s’entretient. Il est bien connu que, de toute façon, le soleil de Floride conserve...

Jean-Philippe Hugron

* La Sarasota Architectural Foundation est à l’initiative d’événements, de conférences et de visites afin de mettre en valeur ce patrimoine. Du 9 au 12 octobre 2014, l’association organise le festival SarasotaMOD week [end]. Plus de renseignements sur www.saf-srq.org et www.sarasotamod.com

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