tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Visite | A+ Samuel Delmas et la déformation du parallélépipède (17-09-2014)

Un pôle petite enfance ? Le casse-tête ! L’agence parisienne A+ Samuel Delmas connait bien l’affaire. A Asnières, elle a livré, en mai 2013, un nouvel équipement tout en finesse et détails. Un travail délicat parfois contrarié par la norme ou encore par un excès de zèle des services de l'enfance. Qu’il est loin ce temps où Le Corbusier imaginait des jeux en béton brut...

Education | | Samuel Delmas

Grandes avenues et barres immenses. Le quartier a des airs de Berlin Est. A moins que Berlin Est ne ressemble à la banlieue parisienne ? Une rue pavillonnaire, ou presque, par-delà un grand ensemble, contraste avec le modernisme éculé des environs. En guise de jonction, une ZAC, comme il se doit, tente de 'récréer' la ville. Les opérations y sont toutes de qualité mais l’urbanité peine encore à s’exprimer.

La crèche conçue par Samuel Delmas s’affirme dans la rue sans pour autant donner dans la gesticulation ni dans l’aberrant camaïeu qu’un programme pour la petite enfance suggérerait. Depuis l’extérieur, le parti est tout en élégance de vitres et de volumes simples.

«Le programme exigeait des sections superposées quand l’idéal de la crèche est la 'galette'», débute Samuel Delmas. L’architecte laisse alors pressentir un écueil d’autant plus important que la configuration de l’équipement n’est pas commune.

02(@JulienLanoo).jpg«Nous avons proposé un parallélépipède que nous avons déformé afin d'offrir à tous les niveaux des terrasses pour que les enfants puissent directement sortir à l’extérieur sans passer par l’ascenseur», explique l’architecte. Une alchimie donnant à chaque étage une illusion de rez-de-chaussée.

Le jeu volumétrique offre des espaces extérieurs, certes. Débords et porte-à-faux assurent en plus la couverture de ces lieux de récréation. Ingénieuse composition.

Toutefois, au-delà de la complexe articulation de plans différents à chaque niveau, il s’agit de prévoir nombre de dispositifs pour «sécuriser la sécurité». «Le programme ne faisait pourtant que six pages», précise l’architecte qui préfère, pour ce type de projet, se référer au «nounours», «la charte de 400 pages éditée par la Mairie de Paris pour la réalisation de ses crèches», explique-t-il. Une littérature pour se prévaloir des recours et procès. Frileuse capitale.

03(@JulienLanoo)_S.jpg «A+ défend une architecture positive et joyeuse qui cherche à offrir plus que des m² et ce, dans une nouvelle interprétation du 'less is more' de Mies van der Rohe», note Samuel Delmas. La noble intention, dans un programme de crèche, se confronte aux limites de la norme et de l’absurde. Le nounours fait barrage. Mies ni pourrait rien.

Les jeux d’enfants, par exemple, «de grands volumes de mousse qui tombent du plafond», imaginés par l’architecte, sont revus à la baisse. «Les accompagnants pourraient s’y cogner».

Oubliées les quelques dalles de verre dans le sol «pour que les enfants puissent se voir les uns les autres dans leur section»... La liste peut paraître longue ; elle «chagrine» même l’homme de l’art. Ceci étant dit, le projet n’en est pas moins soigné et aucunement déshérité de son essence.

«Je n’évoque ici qu’une succession de petits détails. L’enjeu du projet tel que nous l’avons conçu et construit était de faire sentir et percevoir aux enfants l’évolution des âges, à travers les étages, bien sûr. Les plus petits, en bas et les plus grands, en haut. Cette répartition correspond aussi aux facilités de déplacement des parents. Ils tiennent leur enfant de six mois dans les bras ; ceux qui ont deux et trois ans montent les escaliers seuls», dit Samuel Delmas. 

04(@JulienLanoo)_S.jpgUn pôle petite enfance est avant tout un programme. Ici, la distribution des espaces est bien orchestrée et ce de «façon pédagogique». Lieux de sommeil, buanderies, vestiaires... dictent par ailleurs les vêtures en façade. «Nous avons joué avec des éléments fixes en aluminium pour assurer l’intimité de ces espaces», précise l’architecte. D’aucuns, depuis l’extérieur, peuvent donc lire l’organisation de l’édifice.

Enfin, pour plus de  «joie», des stores apportent quelques touches de couleurs et font écho aux immeubles voisins. «C’est une façade qui s’adapte», résume Samuel Delmas.

In fine, seule la présence du maître d’oeuvre souligne les déconvenues et autres contrariétés qu’une réalisation, à elle seule, ne laisse transparaître tant rien ne semble manquer.

Jean-Philippe Hugron

Fiche technique 

Programme : Pôle multi-accueil : petite enfance de 60 berceaux
Maître d’ouvrage : Ville d’Asnières-sur-Seine
Maître d’oeuvre : a+ samueldelmas
Equipe a+ : chantier + PRO > Guillaume Trubert / Etudes > Jean-Pierre Nguyen / Didier Numanovic / Mariabruna Fabrizi / Fosco Lucarelli
Surface : SHON 1.200m²
Montant des travaux : 3,4M d’euros HT
Calendrier : lauréat du concours 2009 / livré mai 2013

Réagir à l'article


tos2016

elzinc

Portrait |André Ravéreau par le détail

La disparition d'André Ravéreau le 12 octobre dernier ne signifie pas pour autant la dissolution de son enseignement. L'hommage invite aujourd'hui à la relecture immédiate de son œuvre ; l'exercice pertinent...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Jorge Ayala, un architecte sans architecture ?

Jorge Ayala poursuit son activité loin des chantiers, loin même des plans d’exécution. L’horizon du professionnel s’est élargi et l’imaginaire peut aisément s’émanciper des...[Lire la suite]


elzinc

Portrait |Qui sont les architectes de Donald Trump ?

Des honoraires impayés ? Des vidéos sulfureuses ? Des interviews réécrites ? Des commandes providentielles ? C'est un peu le programme réservé aux architectes de Donald Trump. Le Courrier...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Chen Kuen Lee, après Scharoun

Voilà une carrière qui force la curiosité. En 1931, Chen Kuen Lee quitte la Chine pour rejoindre l’Allemagne. Il y étudie l’architecture et travaille aux côtés de Hans Poelzig et Hans Scharoun. Il...[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |Avec Michel Rémon, faire le mur !

Faire, agir, contempler… quelques mots d'ordre pour Michel Rémon. Toutefois l'architecture n'est pas le centre du tout. L'usager, l'habitant, le patient, le lecteur, le sportif… tous ces individus qui peuplent chaque construction...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Poy Gum Lee, des gratte-pagodes de New York à Shanghai

Tuiles vernissées sur gratte-ciel Art déco… un bien étrange syncrétisme visible, entre autres, à Shanghai. Mais quelle ville n’a pas eu la tentation d’adopter la modernité et de la...[Lire la suite]