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Chronique | Renzo Piano, André Bruyère, les yeux dans les oeufs ! (17-09-2014)

L’oeuf story à Paris. Il serait difficile de ne pas verser dans l’éloge quant à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé. L’édifice conçu dans le XIIIe arrondissement de la capitale par Renzo Piano relève de la grande méticulosité architecturale et urbaine. Ceci étant écrit, le célèbre architecte a pondu un blob ovoïde. Une insulte ? Un rêve ! Celui, peut-être, d’André Bruyère.

Culture | 75013 | Renzo Piano

«Je n’ai inventé ni les poules, ni les oeufs mais recueilli le fantasme», écrivait André Bruyère dans un livre intitulé L’oeuf, paru aux Editions Albin Michel.

Publié en 1978, l’ouvrage résume la pensée de celui qui participa au concours pour la réalisation du centre Pompidou et qui proposa, en lieu et place du plateau Beaubourg, un oeuf monumental.

Provocation ? «Ce projet assouplit la civilisation. [...] un oeuf ne peut pas contenir du néant, être vide», affirme-t-il.

02(@MichelDenance)_S.jpgL’architecte poursuit sa réflexion à Manhattan : «J’ai été astreint à vouloir construire cette forme par amour de la ville : les immenses cristaux de New York, ces gratte-ciel qui deviennent les reflets du ciel. Je sais bien la contrepartie de tant de splendeur, c’est le hors d’échelle qui épuise et inquiète, donc lasse l’individu».

«Alors, je propose à la Grande Ville quelques impressions autres : le répit, une surprise, l’humeur, la contestation et la découverte qu’entre les dures géométries vienne la douceur d’un volume, courbe en tous sens changeant en contraste de ces façades où l’angle tombe toujours droit du ciel, toujours semblable.
Alors l’Oeuf
», écrit-il.

Si André Bruyère évoque en ces termes un projet d’oeuf à la Grosse Pomme, il prophétise, par là même, le parti de Renzo Piano, boulevard des Gobelins.

En effet, la Fondation Pathé intrigue mais «n’inquiète» jamais. Elle ne répond pas d’une architecture «hors d’échelle» et donne dans «la surprise et l’humeur». Pas un mot d’André Bruyère n’est en dissonance avec l’expérience offerte par l’ovoïde de Renzo Piano.

L’audace y est de mise autant que l’apaisement. D’aucuns pourraient imaginer, qu’à l’origine du projet, les entraves eurent été nombreuses ; elles demeurent si fréquentes vis-à-vis de tout projet un tant soit peu original dans un contexte rigide et historique qu’il est à même de s’interroger. Nenni ! Rien ! Pas un recours. De quoi rester la bouche en cul de poule.

03(@MichelDenance).jpgLes architectes du Workshop Building de la rue des Archives répètent à l’envi combien le projet fut facilement accepté. La forme n’était toutefois pas un a priori et les vertus de l’oeuf ne seraient être responsables d’un tel engouement.

Et pour cause, la volumétrie de l’édifice est induite et ses rondeurs sont le fruit de quelques politesses et courtoisies urbaines. Voilà, pour un voisin, une cour plus aérée, pour l’autre, une vue plus dégagée. Le projet est au bénéfice d’une plus large communauté que celle incarnée par la seule maîtrise d’ouvrage.

«Que du cul de la poule, probablement doux et rose, tombe cette pierre blanche, l’oeuf, est une procédure différente de la venue de ce projet. L’un est issu de la génétique, l’autre de la planche à dessin, qui est la pensée nécessaire, sensuelle et économe de notre civilisation», note André Bruyère.

Alors, hommage à l’oeuf !

Jean-Philippe Hugron

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