Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Etats-Unis | «Zéro à Ground Zero» (24-09-2014)

La phrase est de Frank Gehry. Il faut dire que l’homme du papier froissé est bien chiffonné à son tour. Et pour cause, à New York, il se voit mis à la porte d’un projet de centre culturel sur le site du World Trade Center. Parallèlement, une avalanche de critiques s’abat sur l’emblématique projet de reconstruction du quartier, en particulier sur le «calatrasaurus» et One WTC. La presse n’est pas tendre.

New York

Les accusations à l’encontre du projet de reconstruction de Ground Zero sont monnaie courante. L’anniversaire du 11 septembre et l’achèvement des travaux de One WTC, la tour conçue par SOM, la plus haute de l’hémisphère ouest (sic), est l’occasion pour de nombreux journaux anglophones de raviver les critiques à l’égard d’un projet controversé.

Les hostilités ont débuté dès cet hiver. En 2013, dans l’édition du 27 décembre de The Financial Time, Edwin Heathcote dressait un bilan exhaustif des opérations. «L’édifice le plus proéminent est aussi le plus déroutant», écrit-il à propos de One WTC. Le critique rappelle que «Larry Silverstein, promoteur du projet (qui a acheté le World Trade Center quelques mois avant le 11 septembre), a jugé Libeskind trop inexpérimenté et a, par conséquent, fait appel à David Childs du géant SOM. Le résultat est épouvantable», résume-t-il.

L’«expressionisme» du trait de Daniel Libeskind est dénaturé. Le record de hauteur est arraché par une «fallacieuse flèche», une antenne un tant soit peu maigrelette, reliquat de ce qui devait être une référence à la torche de la Statue de la Liberté. Flop.

«Avec sa lourde base en béton (une précaution exigée par le NYPD contre de potentielles attaques terroristes) et une forme qui refuse de faire écho à son contexte, cette tour est un pauvre successeur à l’Empire State Building», affirme-t-il.

L’auteur n’est pas beaucoup plus tendre avec le musée, tout proche, conçu par Snøhetta. Le lieu est «curieusement insignifiant» voire «décevant», selon lui.

02(@JGoldbergESTO).jpg«Il est le seul édifice à reprendre le saisissant 'déconstructivisme' insufflé par Daniel Libeskind en 2003, dont les lignes ont été par ailleurs rejetées (gagner un concours à New York revient à le perdre)», ironise Adam Gopnik dans le numéro du 7 juillet 2014 de The New Yorker.

Son expérience du musée n’est pas plus enthousiaste. «L’idée de célébrer le renouveau de notre liberté en déployant un arsenal de vigiles et de gardes en uniforme pour amener les enfants à jouer dehors est tout bonnement étrange et participe davantage à une culture de la peur», poursuit-il.

L’omniprésence de la sécurité est relevée dans LA Times par Christopher Hawthorne qui, face à ce nouveau lieu de mémoire, s’interroge : «too much ?».

Plus sévère est Steve Cuozzo qui dénonce, dans l’édition du 2 août 2014 du New York Post «le gaspillage» et «l’idiotie» de l’administration. En mire de l’auteur, le pôle d’échanges conçu par Santiago Calatrava, estimé à 2 milliards de dollars puis, aujourd’hui, à 4 milliards. «Que font ces côtes et ses ailes à l’ombre du World Trade Center ?», se demande-t-il.

03(@snipe106)_S.jpgLe «Calatrasaurus» peine à séduire. Le chantier devrait s’achever en 2015. «Le fiasco apparaîtra comme une monstruosité auto-suffisante, hors d’échelle et à mille lieues de l’objet commercial et commémoratif du World Trade Center».

Pour parfaire la critique, Steve Cuozzo assure que la nouvelle gare proposera un hall aussi vaste que celui de Grand Central Station pour seulement 40.000 usagers quotidiens. Incompréhensible donc.

Enfin, dernier épisode sensationnel, l’éviction de Frank Gehry du projet de Centre des Arts, institution imaginée dans le plan masse conçu par Daniel Libeskind en vue d’animer la pointe sud de Manhattan.

Le 3 septembre 2014, le couperet tombait dans The New York Times. Robin Pogrebin, journaliste, rapportait alors les propos de John E. Zuccotti, représentant la maîtrise d’ouvrage : «Nous sommes en train d’organiser un concours pour désigner un nouvel architecte [...] Trois agences sont en lice». Exit donc le déconstructiviste de Los Angeles. 

04(@AQuintano)_B.jpgFrank Gehry, apprenant la nouvelle, affirme entendre «zéro à Ground Zero» et «dit supposer que le bureau en charge du projet prend une nouvelle direction et que sa présidente, Maggie Boepple - nommée en 2012 - n’appréciait pas son travail. Elle dit que je construis des maquettes», précise-t-il. «Elle n’a aucun sens quant à ce que je fais ou quant à la manière dont je le fais. Bien. C’est une nouvelle équipe. Qu’ils fassent ce qu’ils veulent. Je ne veux pas aller là où je ne suis pas voulu», rapporte-t-il.

L’architecte aurait, selon le journal, d’ores et déjà reçu près de 4 millions de dollars pour mener à bien les études techniques d’un projet estimé à 400 millions.

Culture, mémoire, business... L’équilibre semble difficile. Les perspectives économiques rendent pour l’heure difficiles les projets de Norman Foster (Two World Trade Center, 88 étages) et de Richard Rogers (Three World Trade Center, 80 étages). Les fondations du premier ont été réalisées, sept niveaux de l’autre ont été érigés... Sans suite.

Jean-Philippe Hugron

Réagir à l'article


Album-photos |L'année 2018 de Bechu & Associés

Une année riche en projets à toutes les échelles (urbaine, architecturale et intérieure avec notre équipe Volume ABC) pour notre agence familiale et internationale qui se prépare à fêter ses 100...[Lire la suite]

Album-photos |L'année 2018 de RozO

Ce salon urbain réalisé par RozO pour Icade marque un renouveau de ces parcs d'activité en développant une autre relation au lieu de travail. RozO redessine l'ensemble des espaces extérieurs du site afin que ces...[Lire la suite]


Album-photos |L'année 2018 d'Ibos et Vitart

Rénovation et extension du site du Quai d'Orsay – Ministère des Affaires Etrangères et du Développement International – Paris, France – concours 2016, études en cours   «Le projet...[Lire la suite]