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Musée de la civilisation gallo-romaine de Lyon, 1969-1975Musée de la civilisation gallo-romaine de Lyon, 1969-1975

Opinion | Bernard Zehrfuss : des propos 'libres', criants d'actualité (01-10-2014)

«Nous avons été tellement décriés ces temps-ci que l’on a tendance à rejeter toutes les fautes sur nous ; voilà pourquoi je réagis violemment à ce sujet», déclarait Bernard Zehrfuss. Le Courrier de l’Architecte présente ici les 'Libres propos' extraits de films conservés à l’INA et présentés à la Cité de l’Architecture jusqu’au 13 octobre 2014 dans le cadre de l’exposition 'Bernard Zehrfuss, la poétique de la Structure'.

France | Bernard Zehrfuss

Contexte
Encore et toujours ? L'éternel retour du même ? Les propos de Bernard Zehrfuss reproduits ici semblent l'indiquer. Les préoccupations d'aujourd'hui sont celles qui, à la fin des années 70, tourmentaient déjà une génération d'architectes. Au détour de chaque phrase - triste constat -, l'écho avec le rapport Bloche est saisissant. Chaque affirmation, cinquante ans plus tard, reste criante de vérité.
«Il est captivant de retrouver dans ces propos les réflexions d'un grand architecte face aux problématiques d'une époque et, en filigrane, sa culture des humanités. Ce qu'il dit d'une profession décriée est encore valable car d'excellents architectes souhaitent encore aujourd'hui que leur profession soit revalorisée, avec en tête cette 'France formidable' qui reste, à mon sens, un idéal. Ce qu'il dénonce - notamment la difficile expérimentation - est toujours vrai. Lorsqu'il évoque la création du ministère de l'Environnement, cela renvoie au ministère de l'environnement et du cadre de vie de Michel d'Ornano (1978-1981), conçu à l'image des grands ministères anglais. Il donnait une place de choix à la Direction de l'Architecture ce qui, aujourd'hui, semble de nouveau nécessaire», souligne Christine Desmoulins, commissaire de l'exposition 'Bernard Zehrfuss, la poétique de la Structure' avec Corinne Bélier.

«Quand un bâtiment sort de terre, il s’agit du moment le plus exaltant, le plus formidable. C’est la clé de l’histoire ; au fond, l’audace ne coûte pas cher et même la recherche d’un art ou d’une certaine plastique ne coûte pas plus cher qu’aucune recherche».

«Je crois que l’architecte est, peut-être, un artiste. Il a ce côté difficile, sensible et vulnérable. Toutefois, pour moi, l’architecte est surtout un bâtisseur. C’est une conviction formelle. L’architecte est un homme qui doit, depuis le début et jusqu’à la fin, concevoir, dessiner, avoir des idées, créer quelque chose».

«Pour que son intervention soit valable, il faut qu’il aille jusqu’au bout, c’est-à-dire qu’il s’arrange pour faire construire ce qu’il a dessiné et pour le faire bien réaliser. Autre notion très importante - j’allais dire hélas, mais c’est une contrainte nécessaire -, il doit toujours construire dans un cadre financier précis. L’architecte doit aussi bien pouvoir concevoir un palais qu’une petite maison. Il doit aussi bien pouvoir réaliser des immeubles de bureaux assez luxueux que des immeubles de bureaux économiques. Il doit avoir ce souci et organiser tout son travail en fonction. C’est ça, pour moi, un architecte».

02(@BZehrfuss).jpgMusée de la civilisation gallo-romaine de Lyon - Perspective du hall, juillet 1968. AA/CAPA/Archives d'architecture du XXe siècle«Je suis un révolutionnaire, bien sûr et, ce qui est le plus drôle, c’est que je suis un révolutionnaire de formation académique. C’est d’ailleurs peut-être pour cela que je suis un révolutionnaire. Je ne suis pas allé à Rome mais je suis tout de même premier Grand Prix de Rome. Une chance peut-être ? Je n'irai pas jusque-là... Je suis le seul premier Grand Prix de Rome qui ne soit jamais allé à Rome puisque je suis parti faire la guerre en 1939. Toutefois, j’ai reçu tous les sacrements académiques, je suis resté onze ans aux Beaux-arts, je suis architecte en chef des monuments civils et palais nationaux».

«En fait, je devrais normalement rassurer. Or, je ne rassure pas puisque même les pouvoirs publics sont inquiets quelques fois des projets que je fais... Ce qui inquiète, c’est d’une part les matériaux que j’utilise, mais aussi une espèce d’esprit que l’on appelle en France, l’architecture ultra-moderne, ce qui est absurde car cela ne veut rien dire ; tout simplement parce que je fais, j’essaye de faire, une architecture adaptée aux conditions actuelles, une architecture de notre époque exactement comme d’autres, au XVIIIe siècle, ou en 1900, l’ont fait avec beaucoup de sincérité».

03(@BZehrfuss).jpgCroquis de l'axe de La Défense, avec le projet de gratte-ciel et le CNIT, 25 janvier 1959. AA/CAPA/Archives d'architecture du XXe siècle «Je crois que l’architecte doit avoir beaucoup de pouvoir. Je suis peut-être un peu vieux jeu, mais du temps de l'Egypte ancienne, l’architecte était à la droite du pharaon. Je ne veux pas aller jusque-là, mais nous avons été tellement décriés ces temps-ci que l’on a tendance à rejeter toutes les fautes sur nous ; voilà pourquoi je réagis violemment à ce sujet. Il y a actuellement, en France, d’excellents architectes avec qui nous pourrions faire une France formidable alors que seulement 20% du domaine bâti se fait sous l’autorité d’un architecte. D’où, alors, la nécessité de créer des commissions pour protéger, de créer un ministère de l’environnement, etc. Au fond, le problème pourrait être résolu à la base, d’abord par la meilleure formation des architectes, ensuite, par une revalorisation de la profession».

«A quoi je rêve ? Aux choses les plus étonnantes car les techniques actuelles nous permettent absolument tout. Si nous nous étions laissés glisser, nous aurions pu suspendre un bâtiment à travers le ciel, élever une tour de 300 mètres de hauteur, etc. Il n’y a pas de limites...».

Bernard Zehrfuss

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