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Allemagne | Au grand DAM, le regain postmoderne ? (08-10-2014)

Fut un temps, le rejet était sans équivoque. Depuis, le langage postmoderne de l'architecture fait l'objet d'expositions. Le mot reste toutefois 'gros' semble-t-il et il est préférable d'évoquer courants et contre-courants plus ou moins apparentés. A Francfort, les trente ans du DAM (Deutsches Architekturmuseum) sont une occasion détournée de célébrer un mouvement déconsidéré.

Francfort

'Tout a commencé avec le postmodernisme', titre le Frankfurter Neue Presse. Par «tout», il faut entendre le célèbre Deutsches Architekturmuseum de Francfort qui immortalise, jusqu'au 19 octobre 2014, son trentième anniversaire en appelant au souvenir de son fondateur, Heinrich Klotz.

Olivier Elser a orchestré l'exposition 'MISSION : POSTMODERN - Heinrich Klotz und die Wunderkammer DAM'. Pour les journalistes présents à la visite de presse, l'homme s'est plu à montrer une affiche de Gunter Rambow.

«D'aucuns peuvent y voir l'explosion d'un gratte-ciel. 'Utopie Dynamit', peut-on y lire. En-dessous : 'Tatort Bankfurt' (le lieu du crime : Bankfurt, ndlr.)», note Alexander Jürgs dans l'édition du 27 mai 2014 de Die Welt.

Selon le commissaire, «c'était là l'esprit de la fin des années 70». D’un côté, Bankfurt, la ville de la finance, de l’autre, Krankfurt, la ville malade.

A cette époque - et dans ce contexte si particulier -, les édiles envisageaient de créer, le long du Main, «la rive des musées» avec pour slogan «la culture pour tous». L'historien de l'art Heinrich Klotz s'était alors invité dans le projet en proposant de réaliser un équipement en charge de promouvoir l'architecture. Il en serait le directeur tout indiqué. Le premier musée d'architecture est ainsi né, en Allemagne.

02(@FreekvanArkel)_B.jpgJamais auparavant une telle ambition n'avait été affichée et Heinrich Klotz, avant l'ouverture du musée conçu par Oswald Mathias Ungers, parcourut le monde en vue de constituer un fond muséal de prime importance. Aujourd'hui, l'exposition présente les premières pièces collectées. «A côté de chaque objet est indiqué le prix que Klotz a payé et méticuleusement noté», souligne le journaliste. Bankfurt n'est donc pas si loin.

«Il a ainsi démontré qu'on pouvait faire de l'argent avec des dessins d'architectes», souligne Isa Bickmann dans un article publié sur le site Faust-Kultur.de.

«La peinture de Martin Kippenberger 'The Modern House of Believing or Not' que Klotz a considéré comme un exemple de rapprochement des artistes avec le monde de l'architecture a coûté 15.000DM - elle vaut aujourd'hui beaucoup plus -. Klotz avait donc une stratégie et s'enthousiasmait parfois pour de petites combines. Néanmoins, quand il voulait absolument le travail d'un artiste ou d'un architecte, comme cette Cène longue de six mètres et estimée à 120.000DM de Ben Willikens, il ne se voyait pas en situation de convaincre un homme politique froid et avare de la qualité de cette oeuvre», poursuit-elle.

03(@DAM)_S.jpgLe portrait de Heinrich Klotz, décédé en 1999, transparaît tout au long de l'exposition. Des enregistrements audio, sur cassettes, sont également présentés et retranscrits. Ils témoignent de l'origine de l'institution et des choix du «collectionneur».

Dans ce «journal de bord», selon Isa Bickmann, tout un chacun peut découvrir des conversations avec Rem Koolhaas, Robert Venturi ou encore Richard Meier, des propos tenus sur la politique, le projet... et ce jusqu'au «choix du mobilier inconfortable voulu par Oswald Mathias Ungers», écrit-elle.

Alexander Jürgs s'en amuse aussi : «Parfois, de les écouter, on en rit aux éclats comme, par exemple, lorsque Klotz rapporte ce qu'Ungers lui préconisa : 'Laissez donc le bâtiment entièrement vide et achetez un hangar à côté où vous pourrez mettre et exposer tout votre bazar !'».

Objets et oeuvres étaient déjà déconsidérés. «Kitsch», juge encore maintenant le journaliste de Die Welt. «Comment pouvons-nous voir aujourd'hui le postmodernisme alors qu'un nouveau rationalisme gagne l'architecture ?», s'interroge Isa Bickmann.

04(@DAM)_B.jpgL'exposition, au-delà de l'hommage rendu, laisse donc songeur. Heinrich Klotz, pour Olivier Elser, est le troisième homme du postmodernisme après Charles Jencks et Paolo Portoghesi. Toutefois, le commissaire de l'exposition précise, dans un entretien publié le 15 mai 2014 dans uncube, que «la relation de Klotz au postmodernisme était ambigüe ; il en rejetait bien des points. Il l'appelait aussi l'architecture de 'la protestation amicale contre le sérieux et la gravité du monde'. Je pense que ce sens de la joie était plus important que les citations stylistiques, que les références historiques...».

«Le postmodernisme est une forme de contestation», dit-il. Aussi, il ne semble pas étonnant qu'à l'heure où le pragmatisme règne, où l'ironie et l'humour semble n'avoir que peu de place face au cynisme, le regain d'intérêt, quelque peu inavoué, pour cette époque devienne de plus en plus marqué.

Jean-Philippe Hugron

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