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Allemagne | A Berlin, David Chipperfield et l'arbre qui cache la forêt (22-10-2014)

La presse est dithyrambique quant à l’installation 'Sticks and Stones' signée David Chipperfield dans la Neue Nationalgalerie à Berlin. 141 troncs d’épicéa ont été placés au coeur de l’imposant et classique édifice conçu par Mies van der Rohe. Toutefois, l’exposition n’est que l’arbre qui cache la forêt. Au-delà, les questions de la rénovation de l’institution, du financement des travaux et d’un possible PPP sont posées.

Berlin | David Chipperfield

«Je devais faire une exposition sur mon travail. En montrant maquettes, dessins, plans, j’aurais mené un combat avec ce hall. Il faut pourtant parler avec l’espace, avec Mies et ne rien ajouter d’autre. Il s’agit donc de s’effacer tout en provocant», déclare David Chipperfield dans un entretien publié par le quotidien allemand Der Tagesspiegel, le 13 octobre 2014.

Aussi, l’architecte britannique a disposé 141 troncs d’arbres dans le vaste espace de la Neue Nationalgalerie qui abrite l’une des plus prestigieuses collections d’art moderne au monde. L’installation tire son origine «de l’idée que la colonne représente un moment intensif et autonome de l’architecture».

«Voilà le seul élément en architecture qui se suffit à lui-même tant au niveau de la signification que de la construction. Les colonnes portent à elles seules l’architecture : structure, langage, espace. Nous avons imaginé plusieurs possibilités mais nous nous sommes arrêtés sur ces troncs d’arbres. Nous y avons vu une provocation pour ce musée ainsi que la meilleure façon de réagir à l’espace», explique l’architecte.

Le parti pris interpelle. La Neue Nationalgalerie se fait vieillissante et David Chipperfield s’amuse, comme le rapporte Die Welt, des réactions de visiteurs : «La construction est-elle devenue si peu stable qu’il faille désormais soutenir ainsi le toit ?». Et pour cause, présentée jusqu’au 31 décembre 2014, l’installation précède la fermeture de l’institution pour travaux.

Au-delà, la Neue Nationalgalerie est au coeur d’un feuilleton qui anime toutes les conversations : «The Berlin City Soap Opera», relayé par quelques journaux qui ironisent sur la situation culturelle de la capitale fédérale. La ville a, entre autres, multiplié les lieux d’expositions lesquels, après plusieurs décennies, nécessitent de dispendieuses réhabilitations. Le musée conçu par Mies van der Rohe n’y réchappe pas près de cinquante ans après sa livraison, en 1968.

La reconfiguration de l’offre muséale interroge même la vocation de la Neue Nationalgalerie. Les collections doivent-elles rejoindre l’île des musées, à l’est ? Doivent-elles faire l’objet d’une nouvelle construction ? Pour l’heure, seule a été décidée en 2012 la réhabilitation de l’édifice par David Chipperfield, un chantier pour lequel l’architecte déclarait à Die Welt «se sentir comme un mécanicien qui reçoit à l'atelier une magnifique Mercedes des années 60».

02(@DvonBecker)_S.jpgLe 18 octobre 2014, Andreas Kilb, correspondant à Berlin pour le Frankfurter Allgemeine Zeitung, rappelait pourtant «l’urgence» exprimée par le pouvoir central, en août 2013, quant à l’organisation d’un concours pour la réalisation d’ici à dix ans d’un nouveau bâtiment.

«Quatorze mois plus tard, ni concours, ni budget, ni chantier. Le projet est porté sous silence, les autorités attendent sans doute qu’il tombe du ciel», écrit-il. Une nouvelle ministre de la Culture, nommée en novembre 2013, n’y a rien fait.

Interrogé sur cette situation par Der Tagesspiegel, David Chipperfield répond : «Nous ne pouvons pas penser sans cesse en terme de construction nouvelle. Actuellement, la société est de par trop dans le mouvement. Pourquoi donc construire un nouveau musée ?», s’interroge-t-il.

03(@DvonBecker)_B.jpgLe problème est autant économique que politique. Chaque ville réclame de nouvelles icônes à même de promouvoir le dynamisme de leur stratégie culturelle. Toutefois, l’argent vient à manquer. Pour y remédier, les pouvoirs publics allemands pensent recourir aux partenariats public-privé.

«Ce qu’appellent les bureaucrates anglais 'Public Private Partnership' est la nouvelle fantaisie brandie par la main engourdie des élites publiques. Pourtant, ces dernières années, ces dispositifs sont tombés en panne de manière spectaculaire», précise Andreas Kilb, rappelant le cas de l’Elbphilharmonie à Hambourg - dont le budget a été multiplié par quatre et l’inauguration retardée de sept ans - ou encore ceux du nouvel aéroport de Berlin et de l’Académie des Arts.

04(@ArchivNeueNationalgalerie)_S.jpg«Si l’Etat fédéral laisse construire un musée à l’aide d’investissements privés, le loyer sera, en conséquence, élevé pour la Preußenstiftung (fondation régionale en charge de la culture, ndlr.) ; jusqu’à 25 millions d’euros pourraient être réclamés pour une construction estimée à 200 millions d’euros. Le recours à l’impôt ne sera donc pas évité ; il s’étendra seulement dans le temps», poursuit-il.

Le journaliste, critique vis-à-vis des PPP, interpelle le lecteur quant à la manière dont l’état devrait envisager la politique culturelle fédérale. «Il ne s’agit pas seulement d’encourager la protection de cinq mille monuments mais d’ouvrir le tonneau au bon moment. Notamment pour le musée d’art moderne. Voilà un cas particulier, un cas d’urgence même, qui appelle un budget spécial. Les PPP fonctionnent pour les autoroutes. Pour les projets culturels, nous ne devrions certainement pas y toucher», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

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