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Autriche | A Krumbach, sept architectes aux arrêts (22-10-2014)

Connaissez-vous Krumbach ? Après l’effet Bilbao, il y a pourtant «l’effet Krumbach», dixit Wojciech Czaja, critique pour le quotidien autrichien Der Standard. Et pour cause, Krumbach réunit 986 habitants et 7 architectes ! La petite localité du Vorarlberg a en effet commandé sept arrêts de bus à sept concepteurs de renommée internationale. Parmi eux Sou Fujimoto, Ensamble Studio, Wang Shu ou encore Alexander Brodsky.

Divers | Autriche

Quand de nombreuses villes aiment à se parer d’inutiles architectures qui, in fine, sont autant de dispendieuses coquilles vides dont le vieillissement programmé est presque assuré, un village d’irréductibles Autrichiens a voulu inscrire, lui aussi, son nom sur la carte grâce à l’architecture mais, cette fois-ci, en étant le plus pratique et le plus utile possible.

Ni musée, ni arena, ni cité des sciences... Krumbach n’en avait vraisemblablement pas besoin. En revanche, ses arrêts de bus laissaient à désirer et l’attente au coeur de la campagne verdoyante du Vorarlberg pouvait parfois paraître bien ennuyante. Bref, de l’agrément en guise de programme.

Sept agences ont donc été invitées : le Chilien Smiljan Radic et le Japonais Sou Fujimoto, respectivement auteurs des pavillons 2014 et 2013 de la Serpentine Gallery ; l'agence belge dvvt ; les Norvégiens Rintala Eggertsson Architects ; le Russe Alexander Brodsky ; les Chinois Amateur Architecture Studio - Wang Shu et Wenyu - ; et l'Espagnol Ensamble Studio.

02(@ABereuter)_B.jpgEnsamble Studio Antón García-Abril«L’association Kultur Krumbach est à l’origine de l’idée. Elle avait demandé à Dietmar Steiner, directeur de l’Architekturzentrum Wien, quelques contacts d’architectes-stars», explique Ingeborg Wiensowski dans un article publié dans Spiegel Online.

Toutefois, une autre réponse fut apportée : «Après de longues hésitations, Dietmar Steiner a fixé ses conditions : 'pas de starchitecte mais seulement de petites agences qui ont un intérêt pour la sculpture'. En outre, le projet ne devait donner lieu a aucun honoraire sinon à une semaine de vacances dans la région. Le projet devait être donc bénévole, travaux et matériaux étant pris en charge. Enfin, artisans et architectes locaux devaient être mis à contribution», rappelle la journaliste.

Après quatre semaines - Dietmar Steiner s’en étonne encore - tous ont répondu présent à l’appel. «Tout bonnement incroyable», dit-il. Une visite sur place a fini par convaincre d’autant que «chacun s’est montré admiratif vis-à-vis de l’artisanat local, des matériaux, de la culture constructive», précise le directeur de l’Architekturzenturm Wien à Ingeborg Wiensowski.

03(@ABereuter)_B.jpgAmateur Architecture Studio Wang Shu / Lu WenyuLe projet a pris le nom 'Bus:Stop Krumbach'. L’initiative est entièrement privée et a fait appel aux dons des uns et des autres ainsi qu’à des sponsors. En tout et pour tout, 350.000 euros ont été dépensés soit une moyenne de 50.000 euros par arrêt. Un luxe.

Les projets ont été une première fois présentés au Kunsthaus de Bregenz. Wojciech Czaja, dans l’édition du 1er novembre 2013 de Der Standard s’interrogeait alors : «Art ou architecture ?».

«Bus:Stop Krumbach, de par son caractère exceptionnel, entrera dans l’Histoire, non pas en tant qu’architecture mais plutôt en tant qu’art présenté au plus haut niveau dans l’espace public, grâce au meilleur travail alliant industrie créative et artisanat régional», écrit-il.

«L’attente a une fin». Un an plus tard, les projets une fois réalisés sont de nouveau exposés à Vienne. L’occasion pour le critique de Der Standard d’un nouvel article, le 14 septembre 2014, sur «l’effet Krumbach» cette fois-ci.

Les arrêts sont alors présentés comme une pause «hédoniste» et «plaisante». Le critique note toutefois l’absence d’architectes du Vorarlberg, région pourtant mondialement reconnu pour ses réalisations de qualité.

Dietmar Steiner, interrogé sur le sujet, lui donne une «bonne raison» : «'Les artistes de la construction de troisième génération au Vorarlberg sont si raffinés et parfois si décadents dans leur goût pour la perfection que nous avons pensé qu’un brin de crasse et d’irritation venu d’ailleurs leur ferait du bien', explique-t-il en se référant à l’effet archaïque de l’arrêt conçu par Alexander Brodsky à partir d’une esquisse rapide et brouillonne et non d'un plan détaillé, calibré au millimètre près».

04(@ABereuter).jpgSou FujimotoAussi beau soit chaque arrêt, si certains jouent le jeu de l’abri, d’autres adoptent les contours d’une installation ou d’une sculpture passant à côté peut-être de la fonction première de l’édicule.

«Le seul arrêt qui laisse tout un chacun attendant son bus sous la pluie est le projet de l’architecte japonais Sou Fujimoto, une sculpture faite de fines perches hautes de huit mètres sur laquelle il est possible de grimper - encore faut-il un soleil radieux -. Pour note, les marches ne permettent même pas de s’abriter», précise-t-il.

Collection d’architectures à ciel ouvert, Krumbach ne fera donc pas l’objet d’un arrêt mais bien de sept. Qu’il neige ou qu’il vente.

Jean-Philippe Hugron

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