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Royaume-Uni | A Londres, un bric-à-brac de briques complètement braque par O'Donnell + Tuomey (22-10-2014)

Par-delà choucroutes victoriennes et maisons géorgiennes, des pyramides de briques. Le paysage chaotique de Londres révèle toujours quelques surprises. Celle-ci, signée de l'agence irlandaise O'Donnell + Tuomey architects, abrite le nouveau centre pour étudiants Saw Swee Hock de la London School of Economics, livré en janvier 2014.

Education | Brique | Londres | O'Donnell + Tuomey Architects

«C’est une architecture du 45 tours, physique et résonnante, avec craquements et grésillements», écrit Rowan Moore dans un article publié le 16 février 2014. Le critique de The Observer reprend à son compte l’une des métaphores de John Tuomey, comparant le nouveau centre pour étudiants de la London School of Economics à un «LP», en d’autres lettres, un vinyle.

Comparaisons et évocations vont bon train. «Celle qu’il préfère suggère que la structure est animée. Ainsi, un escalier en spirale en béton brut devient un 'bébé éléphant', l’immeuble lui-même, une 'bête'». «Nous voulions le faire gigoter, qu’il soit libre face à son environnement», assure John Tuomey à The Observer.

«En retrait par rapport à la rue, le bâtiment 'vous cède le passage'. C’est un corps, un être, mais aussi quelque chose de géologique, voire une montagne avec ses grottes et ses abîmes. Il n'est pas destiné à être vu dans un splendide isolement, ni même à distance, mais bel et bien par des perspectives obliques», souligne Rowan Moore.

Autant dire que la masse intrigue par son jeu volumétrique et en appréhender la totalité semble difficile. Le parti d'O'Donnell + Tuomey semble loin, pour le critique, de ces «grandes proclamations qui n’ont pourtant rien à proclamer. Bien au contraire».

02(@AlexBland)_S.jpgLa finesse du projet, aussi imposant soit-il, tient de sa position urbaine. «Comme le précise Sheila O’Donnell, 'vous ne pouvez pas voir l’école en tant qu’objet' et ce, malgré la présence de ce volume futuriste tout en brique. En effet, la parcelle est triangulaire avec un réseau complexe d’angles de vues préservés et de vis-à-vis», explique Kester Rattenbury dans un article de The Architectural Review en date du 26 février 2014.

L’édifice est donc contraint par un ensemble de restrictions liées aux règles d’urbanisme. La critique précise alors le processus de conception des deux architectes irlandais : «O’DT s’est immédiatement émancipé des 'droits à la lumière' [...] pour positionner l’école le plus loin possible des voisins et lui donner 'sa propre forme'. Une maquette de ces 'droits à la lumière' a ensuite été réalisée en plexiglas et a servi de moule afin de tester différents modèles de bâtiment jusqu’à renverser, déformer, couper les volumes et fixer les éléments du programme, la ventilation naturelle, les espaces libres, l’intimité, l’air...».

Question programme justement, Rowan Moore se risque à la fastidieuse énumération : «Sur six niveaux au-dessus du rez-de-chaussée et deux en sous-sol, il y a un nightclub, un gymnase, un bar, un café, plusieurs espaces de culte selon la confession, une station radio, un studio de danse, des locaux associatifs, un centre de conseils...», écrit-il.

Aussi, à l’extérieur, le travail de revêtement tente d’unifier le bric-à-brac programmatique. Pour ce faire, l'agence O'Donnell + Tuomey a privilégié des effets de masse, lesquels, depuis la rue, ne laissent rien paraître de l’organisation spatiale.

03(@SheilaOdonnell)_S.jpg «Le jeu avec la brique a permis tout un vocabulaire de formes allant de panneaux opaques à de vastes pans de murs perforés (avec ouvertures en-deçà), passant de ces panneaux fins à d’épais pignons, de ces droits à la lumière façon Hugh Ferriss à des cellules monastiques, de cheminée thermique à de vastes écrans suspendus et ce, sans jamais paraître fantaisiste un instant. Aussi, le puzzle chinois d’activités peut être perçu comme un ensemble cohérent et gracieux», note Kester Rattenbury.

L’édifice, de par ces grandes qualités, étaient en lice pour le Stirling Prize. Ses architectes, favoris, avaient déjà été récompensés fin septembre 2014 de la Médaille d’Or de l’Institut Royal des Architectes Britanniques (RIBA).

The Guardian rappelait à l’occasion, dans son édition du 24 septembre, que ces «poètes du béton et ces magiciens de la brique» devenaient ainsi, la soixantaine passée, «parmi les plus jeunes architectes à remporter la distinction, rejoignant ainsi Frank Lloyd Wright, George Gilbert Scott, Norman Foster et Frank Gehry».

La consécration prête à sourire. «Pouvons-nous alors être étiquetés comme jeunes architectes émergents ?», s’amusent Sheila O'Donnell et John Tuomey dans Architects Journal.

Ceci écrit, l’agence a été, qui plus est, cinq fois en lice pour le Stirling Prize*. Mais 2014 a marqué, une nouvelle fois, la désillusion. «Pour nous, c’est bel et bien fini», assure John Tuomey à BDonline.

Et pour cause, le Stirling Prize était jusqu’à présent ouvert à toute construction érigée au Royaume-Uni par des architectes du RIBA ou des confrères internationaux ainsi qu'à toute réalisation dans le reste de l’Union Européenne par des architectes du RIBA. A partir de l’année prochaine, la localisation des oeuvres se limitera au Royaume-Uni, un prix international RIBA étant amené à couvrir le reste du monde.

«Aucun de nos projets en cours n'est situé au Royaume-Uni», soupirent les deux associés. Exit donc l’espoir du Stirling.

04(@AlexBland)_S.jpgPrix ou pas, la presse spécialisée le répète à l’envi : aucun de leur projet n’est «fantaisiste» et le centre pour étudiants, quand bien même évite-t-il «de peu» le «frou-frou» selon Kester Rattenbury, reste exemplaire.

John Tuomey et Sheila O’Donnell, mari et femme, ne se sont ainsi jamais détournés de leur volonté, fixée au début des années 80, de forger une nouvelle identité architecturale irlandaise.

«C’est un langage qui a continuellement évolué, année après année, puisant dans les formes anciennes et vernaculaires des maisons irlandaises jusqu’aux villas classiques, le tout infléchi par leur intérêt pour les géométries torturées et précises [...]. Alors que l’approche constructive était fortement systématisée [...] l’approche de O’Donnell + Tuomey revivifiait des matériaux usuels voire médiévaux, pétris, moulés, cuits...», souligne Oliver Wainwright dans The Guardian.

Du passé, une actualité. Comme un vieux 45 tours, O'Donnell + Tuomey à bonne école.

Jean-Philippe Hugron

* Les projets en lice de l’agence O'Donnell Tuomey furent : Ranelagh Multi-Denominational School, Ranelagh, Dublin (1999) / Lewis Glucksman Gallery, University College, Cork (2005) / An Gaeláras Irish Language and Cultural Centre, Derry (2011) / Lyric Theatre, Belfast (2012) / LSE Saw Swee Hock Student Centre, London (2014)

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