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Présentation | Adam Yedid, des logements pour ne pas s'assujettir au passé (29-10-2014)

«Rien n'est plus inélégant et inefficace qu'une conception empruntée à un autre temps», affirme Adam Yedid, lequel a livré en mars 2014, avec Isabelle Joly, architecte associée, la première phase d'une opération de 71 logements dans le coeur historique de Bayonne. Entre crainte du mimétisme et risque d'une architecture négociée, le duo a privilégié simplicité et équilibre.  

Logement collectif | Bayonne

Adam Yedid aime la métaphore. Aussi, pour l'histoire de ce projet à Bayonne, il évoque «deux chapitres». Le premier pose la manière de construire dans un centre historique. Le second, le risque du mimétisme. «La ville est une donnée dans la durée», souligne l'architecte.

Par conséquent, il tenait dans ce cas - au risque même de provoquer - à «travailler un manque d'ambition». L'homme de l'art réveille le souvenir d'une lecture, celle d'un texte du cinéaste Robert Bresson. «Il travaille le plan théorique, celui du ton juste, à savoir 'rien de trop, rien qui manque'», explique Adam Yedid. «Il nous fallait faire dans l'équilibre des proportions et des relations», dit-il.

Le projet, au coeur du centre historique de la ville, est né de la destruction de la Caisse d'Epargne érigée dans les années 70. «Je venais de réaliser l'ambassade de France à Tunis au centre de la ville européenne. La municipalité de Bayonne m'a alors sélectionné sur dossier et imposé au promoteur». Bref, un jeu de subtiles pressions.

Les premiers dessins étaient «plus forts» que ceux qui ont été, in fine, réalisés. «Il y avait davantage de radicalité et une unité architecturale sur l'ensemble de l'îlot», explique l'architecte.

Le tout a évolué suite à quelques demandes. Voilà qui incarnerait presque une architecture de la négociation. «Pas tout à fait», répond Adam Yedid, quand bien même association et recours se sont mis en travers du processus. Il était alors exigé l'abandon de l'hôtel, initialement prévu sur le site, ainsi que des physionomies différenciées pour chaque immeuble.

02(@Daniel Rousselot)_S.jpgIl s'agissait de «ramener le projet à des éléments de vocabulaire de la ville». L'îlot est ainsi devenu «fragmentaire» tout en restant «unitaire». L'immeuble Art déco des frères Gomez, à l'angle, devient un point d'ancrage. A mesure des orientations, les façades s'ouvrent davantage.

Les peaux se différencient. Tantôt un enduit traditionnel, tantôt une pierre de Bidache. Quelques persiennes animent les atours de l'îlot. «Nous avons travaillé la pérennité des matériaux», précise l'architecte.

Tout indiquait alors la nécessité de réaliser un «carnet de détails» en vue de «garantir la qualité du projet». Qui plus est, la localisation de l'ensemble invitait à un haut niveau d'exigence.

«Le travail en contexte historique est une spécificité de l'agence», précise Adam Yedid, qui a suivi le cursus de l'école de Chaillot. «J'avais, à l'époque de mes études, été surpris par certaines approches visant à déterminer une posture qui amène à la paralysie vis-à-vis des bâtiments historiques», dit-il.

L'architecte préfère donc la «remise en question». Il évoque volontiers Louis Kahn : «il faut parler au bâtiment voisin mais surtout ne pas lui ressembler».

03(@AYedid)_B.jpg «J'ai écrit deux ouvrages sur les centres historiques qui, je pense, font autorité dans le domaine patrimonial. J'ai été, dans ces textes, amené à démonter bien des positions doctrinales», poursuit-il. Le passé, en France, reste malgré tout objet de crispation.

«Nous sommes dans une situation de grande rigidité. Les structures de contrôle exercent leur poids plus que dans d'autres pays», affirme-t-il. L'époque de la grandiloquence et du spectaculaire n'est pas pour aider la situation. «La bonne architecture est celle qui semble toujours avoir été là», assure-t-il.

«Beaucoup trop d'architectes s'autocensurent. Ils se fourvoient. Il y a seulement des moments pour préserver, d'autres pour distancier et associer le projet au passé», reprend-il.

04(@Daniel Rousselot)_S.jpgCette émancipation à l'égard des formes patrimoniales est donc gage de respect selon Adam Yedid qui regrette que «les instances de contrôle ne jugent pas stricto sensu les projets mais plutôt le respect d'éléments doctrinaux».

Fort de cette analyse, l'architecte a su proposer dans le coeur historique de Bayonne simplicité et équilibre.

«J'essaye de démontrer dans ce projet qu'on peut ne pas s'assujettir à l'existant», conclut-il.

Jean-Philippe Hugron

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