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Chronique | Sou Fujimoto passe comme du beurre dans la poêle (29-10-2014)

C’est encore moi, la Blonde. J'm’en va vous causer de Sou Fujimoto qui semble avoir réussi facilement à s’imposer sur la scène internationale. Voilà qui déconcerte mon cheum qui regarde cet architecte comme s’il avait du front tout autour de la tête ; il est audacieux. On est donc allés en pèlerinage dans le jardin des Tuileries voir son installation exposée dans le cadre de la FIAC. J’ai vu rouge.

75001 | Sou Fujimoto

On est partis, moi et mon cheum, tôt, l’avant-midi. En deux temps, j’ai enfilé mes bobettes et ma blouse, j’étais un peu habillée comme la chienne à Jacques mais, après-tout, c’était la fin de semaine.

Il voulait absolument aller aux Tuileries voir une sculpture signée d’un Japonais... L’idée m’a pas énervée le poil de jambe, mais bon, j’ai suivi le mouvement.

03(@DR)_S.jpg«Comment qui s’appelle déjà c't'gars-là ?», lui ai-je demandé en chemin. «Tu m’écoutes-tu donc jamais !», m’a-t-il répondu en s’épivardant.

Il était bien énervé ce jour-là, à gesticuler dans tous les sens et à avoir les baguettes en l’air. J’avais nullement envie de tergiverser. 

Après tout, moi, les noms japonais, j’ai du mal à les retenir... Si encore c’était utile pour gagner au scrabble !

Et p’is, en France, y’en a tant qui ont la côte que chaque semaine y’a un nouveau patronyme qui sort de l’inconnu. C’est un peu pareil par chez nous, mais en moins hystérique.

«Sou Fujimoto», a-t-il fini par me dire.

En gagnant par la place de la Concorde, on est arrivés aux grilles du parc accueillis par un tas de bois façon pyramide du Louvre. «C’est donc ça ton Sou Fujiyama ?»... Suis ben nounoune parfois ! Ca l’amuse !

Il m’a rassuré. Non, ce n’était pas lui. J’ai quand même commencé à me faire du sang cochon. Je comprends pas cet «art»-là. J’ai toujours l’impression qu’on essaye de me faire passer un sapin... qu’on m’entube, comme vous dites, vous autres.

Et p’is c'te foule dans le jardin ! Y’avait du monde à la messe !

Voilà qu’on s’engouffre. «Ostie d’câlisse de tabarnak !», que j'lâche à tout va ! On me marche dessus ! C’est quoi donc ce monde ? Suis pourtant d’un naturel joyeux mais là, j’étais comme devenue une vraie Parisienne !

Impossible de voir quoi que ce soit. Devant moi, un mastodonte barbu qui me bouche la perspective. «Est-ce que ton père i’vend des vitres ? Tu me caches donc la vue !», lui ai-je jeté dan’le face. Okay, il a fini par me revirer dans mes shorts. Ca m’a calmée.

On était tout sauf à Saint-Creux-des-Egarés. Au bout de trente minutes, j’en ai eu pour mon voyage.

Enfin, nous voici dans une allée plus calme. Au milieu, en plein dans les mirettes, un aut’e biduloïde. «C’est lui !», m’a lancé mon cheum comme s’il avait vu le messie.

04(@DR)_S.jpgLa structure est étrange : un méli-mélo de cubes avec quelques plantes comme s’il s’agissait d’une architecture proliférante ou pixelisée. Une croissance vivante même !

Pour faire ça, faut être habile de la patte, comme un écureu de la queue. Mais y’a kekchose qui m’chicote dans tout ça. Est-ce bien le rôle d’un architecte que de faire des fourchettes et de la sculpture ?

Chais bien que vous aut’es, en France, z’aimez bien les chapelles, que chacun soit dans sa petite case et surtout ne déborde pas. C’est ben quétaine et réducteur, je vous le concède. Mais pourquoi Jean Nouvel doit-il parler du mobilier du XVIIIe siècle à Versailles ? Je m’interroge.

Okay, pourquoi pas, après tout ? J’chuis pas du genre à empêcher de tourner en rond. Ceci dit, c’te grand messe de l’art contemporain réveille la bab’s que j’étais - vous savez étudiante, j’étais un peu Granola ! La vie en nature et tout ça -. Ca m’a fait voir rouge !

Bon ben, cette structure, elle agite mes vieux démons. Déjà, c’est pas un kiosque... Ca n’a pas de fonction, c’est une «installation». Comprenez-vous ce mot ?

Encore de ces trucs éphémères qui appellent à la fuite en avant, à la consommation sans limite de nouveautés. La vie s’allonge mais l’expérience se réduit. La pensée se limite à 140 signes et on jette dans quelques jours Sou Fujimoto en attendant le prochain faire-valoir.

02(@DR)_B.jpgPardon, on va pas le mettre au vidange ce pseudo pavillon façon Serpentine Gallery... On va le vendre ! 

Et celui qui banquera pour s’offrir la méga-jardinière en giga-pixels le fera sous la bénédiction de son conseil et non pour l’esthétique de la chose. 

L’art ne se collectionne pas, il se marchande. Sou Fujimoto est de plus en plus bankable. Miser sur lui, c’est la garantie de se faire du bacon.

J’aurais préféré que ce soit un abri, une folie... Mais à c't'heure, on est plutôt dans le «DO NOT TOUCH». Une architecture intouchable et désincarnée : une sculpture.

Tout ça est un peu attendu et convenu. Je me demande même si on peut aujourd’hui dans nos sociétés cadrées et proprettes encore tomber sur le cul.

Je devrais faire ma propre chasse aux sorcières, redevenir naïve et non suspicieuse pour pouvoir de nouveau m’émerveiller.

On n’engraisse pas les cochons à l’eau claire.

Arlette Debonnefoy

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