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Portrait | Martin Duplantier, l'amour du risque (12-11-2014)

Martin Duplantier, 35 ans, était prédestiné à l’architecture : père et mère sont du métier. Toutefois, le chemin pour y arriver a été détourné. HEC d’abord, puis Berlin, enfin Paris-Malaquais, puis Barcelone. A ses yeux, David Chipperfield, avec qui il a construit le nouveau campus des Hautes Etudes, est un maître. En est-il pour autant un exemple ? Martin Duplantier prône la prise de risque.  

France | Martin Duplantier

A droite en entrant, une grande desserte. Elle fait office tantôt de table de ping-pong, tantôt de table de réunion. Filet et raquettes sont toujours à portée de main.

Il y aussi, par terre, une télévision encore sous papier bulle. Quelques photographies au mur. L’une d’elle représente un mastaba à moitié en ruine, histoire d’interpeler, sinon d’inspirer.

La peinture - blanche, comme il se doit - est encore fraiche, ou presque... L’agence n’existe que depuis six ans à peine.

Les affaires, boulevard Barbès - une adresse inhabituelle pour un architecte - tournent et ce, même en temps de crise. En effet, Martin Duplantier a, pour cela, un sens tout particulier, affuté quelques années durant sur les bancs de HEC.

Les hautes études commerciales sont ouvertes «aux poètes et aux cinéastes», assure-t-il. «J’ai fait HEC ; je me suis rendu compte, six mois trop tard, que je voulais être architecte», dit-il.

Malgré tout, il persévère, histoire d’apprendre à «articuler des concepts». «Cette école donne une grande liberté. 50% de l’enseignement est lié à la finance ou à des thèmes plus classiques. 50% est ouvert. J’ai, par exemple, fait un stage d’action au Népal dans une vallée maoïste pendant deux mois. Nous apprenions à oser», explique-t-il.

02(@DR)_B.jpg«Poussé à l’action» autant qu’à la «prise de risque», Martin Duplantier s’en va à Berlin faire un stage chez GMP Architekten quand bien même il n’a rien d’un homme de l’art aguerri.

«Je viens d’une famille d’architectes, je savais manier le verbe», prévient-il. Les petits boulots à l’agence familiale lui avait permis, un temps, de «gagner sa croûte» et surtout, de se former.

La capitale allemande n’est qu’une première étape vers l’architecture. «J’aurais pu être trader», convient Martin Duplantier. A la fin de HEC, les horizons sont ouverts et finalement, le jeune diplômé s’en retourne vers Paris-Malaquais.

Des quais de Seine, il se retrouve rapidement à Barcelone. «J’y ai appris la technique et l’urbanisme. L’apprentissage avait un côté classique qui contrastait avec l’aspect expérimental de Malaquais», dit-il.

Des Ramblas, direction London. «Chez Chipperfield», précise-t-il. La capitale britannique est séduisante ; elle «bouillonnait» alors.

«Londres attire une jeunesse éduquée», souligne Martin Duplantier. Aussi, quand il rejoint l’agence du célèbre architecte, il intègre une équipe de soixante-cinq collaborateurs dont cinq seulement sont anglais. «David Chipperfield inclus», sourit-il.

Arriver au 11 York Road n’était pas un hasard. La pratique qui y est développée n’est pas sans séduire Martin Duplantier. «David Chipperfield ne cherche pas le spectacle. Il produit une architecture laborieuse. Son travail est celui de la juste proportion et de la bonne organisation», débute-t-il.

«Je suis contre l’idée que l’instinct prévaut en architecture. Il s’agit avant tout d’un métier laborieux où la dialectique du maître et de l’esclave s’applique», dit-il.

Martin Duplantier, s’il s’en remet à Hegel, ne rejette pas pour autant l’aspect sensible du «travail». Des dizaines de maquettes peuvent ainsi aider à trouver «l’évidence».

Les mois passés chez David Chipperfield ouvrent l’horizon. «Jusqu’alors, j’étais persuadé que l’architecturale était locale», reconnaît-il.

Aussi, aujourd’hui, l’agence parisienne, dont le siège est à Bordeaux, se voit à l’international. «La possibilité de travailler sur des projets étranges et étrangers permet de tout remettre en question», affirme-t-il.

03(@MDuplantier).jpgPour l’heure, Martin Duplantier et ses collaborateurs planchent sur le lycée français de Luanda et sur un projet de parc urbain à Moscou. Dans les cartons, il y a même l’idée d’ouvrir un bureau à Singapour.

Chaque destination est question de «hasard» : la Russie, via la Biennale d’Architecture de Venise. L’Angola, via sa famille qui, du côté belge, a vécu au Congo et en Angola, justement.

Toutefois, l’architecte prévient : «je n’ai pas besoin d’exotisme pour me ressourcer». Toute l’année, de train en avion, de Paris à Bordeaux, de Taïwan où il enseigne à Kuala-Lumpur où il donne parfois conférence, Martin Duplantier ne va jamais bien loin en vacances.

Tous les deux mois, il lui faut une respiration. Direction une bergerie qu’il retape année après année sur une île des Cyclades. Chaque semaine passée là-bas est l’occasion de perfectionner quelques rudiments de grec. Martin Duplantier est déjà auf Deutsch, in English, en español... et même en portuñol... le parler angolais.

«Et je commence le russe», sourit-il. L’apprentissage des langues est un plaisir mais l’architecte se montre parfois impatient à maîtriser toutes les subtilités.

05(@APequin).jpg«Ouvrir l’horizon» est un leitmotiv. Martin Duplantier est autant à la conquête qu’à la reconquête : «J’ai l’ambition de reconquérir le spectre qui est le nôtre, de retrouver les missions que nous avons perdues», dit-il.

«Design is economy», lance-t-il de but en blanc comme pour résumer l’idéal de sa pratique. «Une maîtrise d’ouvrage doit pouvoir, à travers un projet, faire des économies sur le long terme. Aujourd’hui, nous sommes malheureusement dans une lecture instantanée des choses», regrette-t-il.

Défaitiste ? «J’adore mon époque», répond Martin Duplantier.

04(@MDuplantier).jpgL’optimiste est donc de rigueur. Comme à l’anglo-saxonne ? «Je m’y refuse», dit-il. Les agences outre-manche ne sont pas un exemple. «Elles sont comme bien des bureaux d’études à compter leurs heures. Business is business, certes, mais nous y perdrions en pertinence», assure-t-il.

S’appliquer, peaufiner... Pour que l’architecte reprenne son rôle, pour qu’il soit «le grand organisateur d’une vision globale».

Un brin mégalo ? Certainement pas. Dans son propos, autant que son architecture, Martin Duplantier est dans la mesure. Oser sans provoquer donc.

Autant maître qu’esclave.

Jean-Philippe Hugron

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