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Compte-rendu | 2014, une année sombre pour les architectes ? (12-11-2014)

Le Conseil national de l’Ordre vient de publier, pour la quatrième fois, 'L’observatoire de la profession', une série statistique qui vient éclairer tout un chacun sur la situation des architectes en France. Baisse drastique des chiffres d’affaires, augmentation de la précarité... Bref, une paupérisation de la profession.  

France

Le chiffre d’affaires annuel moyen hors taxes des agences en 2014 s’élève à 261.266 euros, soit le niveau le plus bas depuis 2008. Le chiffre annuel moyen était alors de 278.480 euros, une somme à peu près stable jusqu’en 2013.

Le CNOA rappelle à ce sujet que «près d’un tiers (30%) des architectes associés ou individuels déclare appartenir à la tranche la plus faible (moins de 50.000 euros par an), ce qui est aussi souvent le cas des architectes les moins expérimentés (54% de ceux exerçant depuis moins de dix ans), de ceux travaillant individuellement (42%) et en particulier des femmes (40%)».

Quelques architectes interrogés quant à la situation économique de leurs cabinets soulignent la nécessité de «repartir en individuel» mais, par la même, que les auto-entrepreneurs et micro-agences «n’ont malheureusement pas la gestion nécessaire pour surmonter la crise».

Le niveau de rémunération personnelle en 2013 avant impôt reste, quant à lui, plus ou moins stable depuis 2011 pour atteindre 33.234 euros en moyenne.

Le CNOA note que «les architectes individuels et salariés se concentrent principalement sur les tranches extrêmes : 42% ont gagné moins de 20.000 euros en 2013, dont 23% moins de 10.000 euros, alors que 21% déclarent avoir touché plus de 50.000 euros».

«Le statut d’associé semble permettre de bénéficier de revenus un peu plus confortables (39.397 euros)», précise le rapport.

Quelques professionnels questionnés sur leur rémunération rappellent que la réduction des honoraires s’accompagne - et c’est un comble - d’une charge de travail toujours plus importante. Enfin, la précarité des salariés en agence augmente : «Lorsque je travaillais en tant que salarié dans de grandes agences parisiennes, la moitié des effectifs était d’origine européenne ou extra-européenne, en CDD, mal payée», souligne un architecte francilien.

Le rapport propose, en outre, un «focus sur les salariés». «Plus d’un architecte individuel ou associé sur deux (53%) n’a pas de salarié. Ce chiffre est en augmentation par rapport à ces deux dernières années».

Dans la situation économique actuelle, peu (8%) envisage d’embaucher. Toutefois, seuls 13% pensent licencier.

Cependant, la parole donnée aux architectes montre davantage de pessimisme. Licencier reste possible dans l’objectif de n’avoir plus que des freelances «futurs associés».

Le recours à des architectes indépendants reste marginal. «Ce sont les grandes agences de 4 à 6 salariés et ayant un chiffre d’affaires de plus de 500.000 euros qui ont le plus souvent recours à ces contrats extérieurs (respectivement 21% et 14%)».

Du côté de la commande et des donneurs d’ordre, le paysage change petit à petit. La part des collectivités locales tend à se réduire.

Ces projets «nécessitent souvent l’intervention d’agences de taille importante, ayant donc un chiffre d’affaires conséquent (59% des agences ayant un chiffre d’affaires compris entre 200.000 et 500.000 euros travaillent pour le public)».

Quelques citations soulignent aussi que «la clientèle privée est aussi en forte régression du fait du pouvoir d’achat en baisse, des tarifs non compétitifs vis-à-vis des constructeurs, de la nécessité de recours à un architecte pour le permis au-delà de 170m², de la RT2012 qui augmente le coût des études pour le client et le coût de la construction alors que son budget, lui, n’a pas augmenté».

«L’application sans nuance des directives européennes par les maîtres d’ouvrage, qui privilégient une approche quantitative au détriment des compétences qualitatives des petites et moyennes agences d’architectures : pour participer à un concours moyen de 2.000 à 5.000m², les commissions techniques mettent en avant le chiffre d’affaires et l’effectif, voire même le chiffre d’affaires du BET, ce qui n’a aucun sens. De ce fait, les agences qui ont accepté de se transformer en entreprises de production, en 'firmes', sont régulièrement retenues à concourir, au détriment des petites structures plus motivées et inventives. Ces quelques grosses structures engrangent les commandes publiques et privées, salarient à bas prix de jeunes architectes qui offrent des projets peu professionnels aux maîtres d’ouvrage et utilisent leurs marges bénéficiaires pour financer une communication coûteuse mais très efficace auprès des journalistes et donneurs d’ordre : la boucle est bouclée ; les riches sont de plus en plus riches, les architectes sérieux et professionnels sont de plus en plus nombreux et pauvres. Et l’architecture ?», s’interroge une architecte francilienne.

Bref, un rapport qui a de quoi interpeler sur la situation de la profession en 2014.

Mais heureusement, la reprise est là... N’est-ce-pas ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

un autre architecte francilien | architecte | idf | 13-11-2014 à 13:41:00

ho!! laahh!! Allez-y mollo madame l'architecte francilienne. Soyez rebelle, mais ne vous trompez pas de combat. Le mal n'est pas ou vous le croyez. Il existe de très bons "gros", comme il existe de très mauvais "petits". Ce qui nous rapproche est bien plus fort que ce qui nous sépare. Et même, pour trouver les solutions d'avenir, il faudra bien être ingénieux ensemble : politiques, collectivités, régulateurs, urbanistes, architectes, promoteurs et constructeurs. Avec moins règles, plus de moyens pour les architectes et pas de Bim, ce serait plus simple…c’est sûr.

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