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Visite | Château de Rentilly, l'anti-Vuitton ? (26-11-2014)

Un lieu d'exposition d'art contemporain qui s'efface et disparaît ? Telle est l'ambition du Château de Rentilly, en Seine-et-Marne qui, depuis le 22 novembre 2014, présente les collections du FRAC Ile-de-France*. Le projet, conçu par l'artiste Xavier Veilhan, les architectes Philippe Bona et Elisabeth Lemercier et le scénographe Alexis Bertrand, n'en existe pas moins.

Bâtiments Publics | Culture | Seine-et-Marne | Bona-Lemercier

Imaginez un endroit où il serait possible d'emballer un château, de le couvrir d'inox, de l'abstraire jusqu'à l'effacer du paysage. Imaginez de plus qu'une collaboration entre architectes, scénographe et artiste ait pu donner forme à un tel dessein sans crise d'égo... Si à Paris, rien n'est possible, à Bussy-Saint-Martin, tout semble l'être.

Il y a quelques mois - Beaubourg en résonne encore -, le monde de la culture s'excitait autour de nouveaux FRAC dont l'architecture était à même de soulever la polémique.

Etaient présents à l'appel Bretagne, Centre, Nord-Pas-de-Calais, PACA et Franche-Comté. A qui faisait la recherche «projet FRAC» sur l'oracle Gougueule, l'image d'un château d'inox - encore jamais vu ailleurs - s'imposait toutefois en plus des autres.

A l'écran, les lignes de l'édifice sont pataudes et l'ensemble paraît lourd. Une nouvelle façon de faire du néo ? Ce n'était, après tout, qu'une perspective. Impossible de juger sans savoir.

Quelques mois plus tard, l'inauguration approchant, la presse était conviée en grand nombre.

En route, d'aucuns apprennent la vérité : sous les plaques d'inox repose un vrai château ! Effroi dans l'autocar. Comment un ABF aurait pu autoriser l'hérésie la plus totale en terre francilienne ? Incroyable.

Au fond du bus, une petite voix s'inquiète : «les architectes sont-ils encore vivants et exercent-ils ?». «Oui !», répondent les organisateurs. Le bûcher n'aurait donc pas pris.

02(@DR).jpgIn situ, dans les anciens communs, quelques panneaux informatifs retracent l'histoire du domaine. 

En noir et blanc, des clichés du château, une bâtisse au style pompier, néo-Louis XIII, dégoulinant d'ornements et de froufrous.

A quelques centimètres, sur la ligne chronologique, une image de ruines fumantes ! Des soldats allemands en débandade ont tout brûlé. Paris Libéré !

Au début des années 50, Sieur Meunier, chocolatier et propriétaire du domaine, a décidé de reconstruire en lieu et place un château de style restauration. 

L'époque, en matière d'architecture, n'était pas des plus glorieuses. Elle l'était encore moins en se vautrant dans le pastiche.

En 1988, le château, abandonné, était vendu à l'EPA Marne. Avec l'arrivée de Mickey, Dingo, Pluto et Minnie, ce territoire était amené à changer. Des bureaux de luxe y étaient prévus. Les actes une fois signés, la construction pouvait démarrer.

Le gros oeuvre achevé, tout s'est arrêté. Les élus de Marne et Gondoire, devenus par la suite communauté d'Agglomération, avaient milité pour l'abandon du projet tertiaire et le classement du parc. Obtenant gain de cause, la destruction eut lieu en 2006.

Un projet de restauration du parc était alors engagé. Une fois ces premiers aménagements paysagers réalisés, restait la question du château. Un concours fut organisé appelant à la réunion d'un artiste et d'un architecte.

03(@Argyroglo)_S.jpgSur papier, la proposition du binôme Xavier Veilhan et Bona-Lemercier se démarque, aujourd'hui encore, des trois autres projets qui n'avaient, à dire vrai, pas grand intérêt.

La proposition désignée lauréate projetait alors d'emballer le château et d'en détruire l'intérieur. Pourquoi donc ne pas faire table rase ?

«Casser aurait été plus simple mais beaucoup plus cher. Nous aurions dû aussi poser une autre question, à savoir qu'est-ce qu'un château contemporain ? Il y avait aussi un intérêt thermique à garder les façades», explique Elisabeth Lemercier, architecte.

L'équipe de maîtrise d'oeuvre dit avoir dans un premier temps fabriqué une ruine qu'il a fallu habiller et reconstruire à l'intérieur.

«L'histoire du château est une image qui s'est transformée», affirme Xavier Veilhan, comme pour justifier le parti adopté. «Le point central du domaine devait devenir abstrait, apparaître et disparaître», dit-il.

Un jeu de lignes verticales et un plissé permettent de refléter différents horizons du parc paysager.

«L'image reste tabou en architecture», reprend Elisabeth Lemercier. Faisant fi de tout interdit, ce projet fabrique autant «un rôle» qu'«une image».

04(@DR)_B.jpgDe près, le travail de l'inox est quasi irréprochable et l'intégration de vitres teintées participe de l'effet de mono-matière. Seuls les deux garde-corps en verre vert dénotent. Il s'agirait d'une erreur dans le choix d'un produit qui, pour l'heure, n'est pas promise à réparation. Et pour cause, le budget de l'opération est contenu et n'a appelé aucun aléa. En tout et pour tout, un peu plus de trois millions d'euros ont été dépensés selon la maîtrise d'ouvrage.

A l'intérieur, il ne reste presque rien de l'ancien château si ce n'est quelques caves. Tout un chacun peut également apprécier la profondeur des anciens murs, seules traces palpables des façades, au niveau des fenêtres.

Traversants et modulables, les espaces s'adaptent à toute exposition ou presque. Sur le toit, une terrasse donne à voir le parc et ses magnifiques séquoias.

Un fronton un peu grossier, une corniche un peu épaisse, malgré ses quelques détails, le projet ne laisse pas indifférent tant l'exercice de style est étonnant.

Contrairement à bien des édifices gesticulant en recherche de prouesses techniques, le château de Rentilly, même un peu double-bling, porte en lui symboles et interrogations.

Dans une époque où tout semble possible, il provoquera une réaction, même chez les plus blasés.

A visiter.

Jean-Philippe Hugron

* Le projet est à l'initiative de la Communauté d'agglomération de Marne et Gondoire et devient le second lieu du Frac Ile-de-France.

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