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Présentation | A contre-courant, Bernard Desmoulin, saveur myrtille-citron (10-12-2014)

Ouvert en septembre 2014, le Conservatoire du XIIe arrondissement de Paris présente une architecture d'autant plus étonnante une fois considéré son auteur. A contre-courant, Bernard Desmoulin s'est en effet livré à un exercice inhabituel où la forme et la couleur ont été mises en avant afin de créer un lieu. «Aller à l'encontre de mes prédispositions est une démarche que je m'impose», confie l'homme de l'art.

Culture | Bâtiments Publics | 75012 | Bernard Desmoulin

La facilité serait de se répéter éternellement, d'un projet à l'autre, et de vendre un produit qu'il faudrait quelque peu adapter à un environnement pour pouvoir se prévaloir, dans un communiqué, de l'adjectif 'contextuel'. Bernard Desmoulin s'y refuse totalement. Pire, il pousse l'exercice jusqu'à contrarier ses sobres élans.

«Ce sont les lieux qui font les projets», dit-il. L'esprit est alors vide de tout déterminisme et la main, libre de toute écriture. La feuille est résolument blanche. D'autant plus vierge qu'il s'agit d'une ZAC sur les franges de la capitale.

L'environnement n'en est pas moins désert. A proximité, quelques lignes de chemin de fer et, en limite de parcelle, un foyer des années 70. En somme, «une partie triste de Paris».

En guise de réponse, Bernard Desmoulin a souhaité donner forme à «un bonbon acidulé» saveur myrtille-citron. «Il fallait à cet endroit une architecture optimiste et joyeuse», lance-t-il. Bling-bling ? «Presque !». Il y a de l''or' sur les façades.

03(@MichelDenance)_S.jpg«Il fallait un flacon de parfum, un mouvement et une couleur», reprend-il. Le nuancier de l'agence était jusqu'à présent modéré. Une première donc.

A mesure des mots, l'homme de l'art semble esquisser un objet. Il récuse, préférant dessiner les contours d'un «lieu». «Le vide prolonge la place et crée un parvis protégé», résume-t-il.

En lieu d'ériger une construction au droit de la parcelle, il préfère jouer des courbes pour étendre l'espace public jusqu'en son coeur. «Le conservatoire n'est pas un projet en conquête mais en retrait», souligne-t-il.

La discrétion de Bernard Desmoulin empiète sur son architecture. Ici, aussi colorée et déhanchée soit-elle, elle n'en demeure pas moins mesurée. Ceci étant écrit, il ne se lasse pas d'être surpris de son audace.

Alors, à contre-courant ? L'excès est insignifiant et la trop grande sobriété peut parfois conduire à l'anorexie, explique-t-il. Tout est alors question d'équilibre. «J'aime le contrôle formel mais, en certaines occasions, il peut être inadapté. La ville nécessite parfois des points forts», poursuit-il.

02(@MichelDenance)_S.jpgSi lors de la conception, rose, rouge, orange ont pu être un instant envisagés, les couleurs retenues - trois nuances de bleu, de l'indigo au bleu nuit - restent assez «sobres».

La teinte ne suffisait toutefois pas à signaler l'édifice dans son environnement. Encore fallait-il travailler la matière. «Nous avons choisi des panneaux de céramique dans l'idée de faire quelque chose de durable», dit-il.

Dans l'imaginaire de l'architecte, un immeuble de la rue du Chevaleret, rive gauche, dans le XIIIe arrondissement. «J'habitais dans cette rue et passait devant chaque jour. Trente ans plus tard, j'y suis retourné voyant que rien n'avait changé», explique-t-il. La démonstration est ainsi faite.

Un jeu de facettes a également été conçu pour donner encore plus d'aspérités à la façade. «La résolution géométrique» de cet assemblage est une manière de «contredire la courbe».

04(@MichelDenance)_S.jpgBref, l'enjeu était de retrouver un nouvel usage pour un matériau délaissé et d'en concevoir une mise en oeuvre dans des proportions encore inédites pour ne pas entrer dans l'anodine citation. «J'aime l'idée d'innovation non pas dans la forme mais dans la matière», dit-il.

Autre élément de surprise, en face du corps principal du bâtiment, un édifice à la volumétrie anguleuse contraste avec l'ensemble. Ses atours dorés «donne une autre expression» au projet. Un jeu de reflets brouille les pistes. La nuit, à peine éclairé par les lampadaires, le conservatoire participe du mystère de la rue.

Ainsi, que ce soit la courbe, la couleur, le doré ou la céramique, tout était nouveau pour Bernard Desmoulin. «Ce site m'a véritablement offert une expérience inhabituelle», convient-il.

Le changement aura été radical certes, mais au vue de l'actualité de l'agence, restera vraisemblablement ponctuel.

Jean-Philippe Hugron

 

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