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Portrait | Adam Yedid en citations (14-01-2015)

Qui peut donc se rendre compte que l’heure tourne encore ? Pas même la nuit fraîchement tombée sur Levallois n’est un indice suffisant. La conversation avec Adam Yedid est passionnante. Elle peut donner l’impression d’être pompeuse pour celui qui, étranger, surprendrait l’échange. L’architecte se retranche souvent derrière des citations.  

France | Adam Yedid

«On doit parfois me trouver bien pédant mais je ne veux voler de phrases à personne. Nous ne faisons que monter sur les épaules de [nos] prédécesseurs», dit l'architecte.

Aussi, dans ces mots, Adam Yedid cherche à «donner de la pérennité et non de l’individualité».

«J’assimile aisément des citations. Ce sont des phrases qui expriment parfaitement, sans doute, ce que je pense déjà». Cette «scrupulosité» n’a alors d’égal que le «goût pour la rigueur».

A l’agence, la situation de l’interlocuteur est un brin inconfortable, non pas que le siège soit dur mais, du haut de son tabouret, par-delà une haute table, Adam Yedid domine la situation et place tout un chacun assis en face de lui dans une curieuse position d’infériorité.

02(@DR).jpgCette configuration n’a pourtant rien à voir avec la manière courtoise et chaleureuse dont peut faire preuve l’hôte. Un malheureux hasard.

Tout est rangé, ordonné, classé. Les derniers numéros de quelques revues sont posés sur la table. Adam Yedid les dévore. L’imprimé est un régal. «J’achète, je souligne, je m’approprie. Je vis dans les livres», dit-il.

Les librairies autour de la Sorbonne sont les bonnes adresses de l’architecte. Des pages peuvent lui arracher des larmes mais la littérature contemporaine n’a pas le niveau des écrivains d’il y a quelques décennies. «Personne n’échappe à son époque», regrette-t-il.

Une autre tristesse pourrait accabler son regard dès qu’il s’agit d’architecture. Le spectacle l’ennuie. Combien d’hommes et de femmes de l’art restent sous silence en province, se lamente-t-il. Peuvent-ils seulement se soustraire au temps qui court ?

«En tant qu’architecte conseil au service des musées, je vois beaucoup de projets, ce qui me permet de prendre du recul. Je travaille avec des maîtres d’oeuvre connus et d’autres anonymes. J’affûte ainsi mon regard critique», dit-il.

Adam Yedid dit aussi avoir besoin de «l’éloignement» pour penser l’architecture. Tunis, Riga, Dakar ont été ces villes où l’agence a construit.

03(@HerveAbbadie)_S.jpg«J’ai vécu au Caire jusqu’à l’âge de trois ans. Puis, j’ai suivi mes parents à Rome, à Venise et à Montreux. Ces voyages ont été une chance. J’en retire mon attachement pour l’Italie et le Léman. J’ai passé mon enfance sur l’autre rive, là où il y avait beaucoup de brume», débute l’architecte.

Lors du dernier voyage helvète, Adam Yedid s’est plu à observer «le long des quais, les gens parler doucement pour respecter les lieux».

Cet hommage à l’existant est le propre d’une pratique qui cherche «à ne pas tomber dans le cahier des idées reçues». Pour ce faire, l’analyse de l’histoire est un préalable.

Les «hasards» de la vie ainsi qu’une grande curiosité pour le patrimoine ont conduit Adam Yedid sur les bancs de Chaillot. «Il me paraît passionnant de rencontrer des historiens qui voient dans un petit bâtiment détruit un tournant de l’architecture».

05(@HerveAbbadie)_S.jpgPar la même occasion, l’architecte a découvert une approche ô combien scientifique voire doctrinale du bâtiment. «Un acte de projet doit être libre», soutient-il. 

«Et le seul moyen de gagner en liberté est la connaissance», répète-t-il à l’envi. Apprendre ! Savoir ! «Ce n’est pas la conservation qui m’intéresse dans le patrimoine mais le projet», reprend-t-il.

La remise en question est permanente. L’appel de la nouveauté lui est nécessaire pour apporter une «réponse créative». 

Derrière les lignes, l’architecte dénonce les chapelles dans lesquelles tout concepteur serait condamné à réaliser, sans cesse, le même programme.

Les termes d’innovation et de création sont toutefois galvaudés et appellent, en général, une expression formelle excentrique. «Nous sommes dans une période d’individualisation, constate l’homme de l’art ; or, nous devons travailler avec les données objectives du lieu», assure-t-il.

«J’essaye de vivre en relation avec les sites où je construis», soutient-il. Adam Yedid évoque aussi bien les rues de Riga que l’atmosphère blanche de Tunis.

«Le cinéma échappe à l’intellect». Et de citer Ingmar Bergman pour affirmer combien il s’agit là d’un art émotionnel dans lequel on retrouve «toutes les considérations de l’architecture».

«Un film d’Ozu est du Mies van der Rohe. Chaque mot est une déflagration», sourit-il. Le septième art est une passion qu’il partage avec son fils. Là encore, le filtre de l’histoire laisse l’accès direct aux chefs d’oeuvre que la contemporanéité engouffre dans un flot de nouveautés.

04(@DRousselot)_S.jpgA Fontainebleau, l’architecte opère dans le cadre historique du château. Il évoque avec emphase le plaisir chaque semaine de se rendre jusqu’à deux fois sur le chantier.

«Nous sommes obligés dans de tels contextes de créer des adaptations, de révéler le lieu dans son histoire, une révélation qui n’est d’ailleurs possible que par des actes modernes», assure-t-il.

Sur l’étagère derrière le bureau, un livre sur Scarpa figure en bonne place. La citation n’est jamais architecturale.

Seuls Goethe et Kurokawa peuvent être les convives d’une conversation.

Les mots plutôt que la forme.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

deriviere | président maison architecture villa romee | paca | 01-11-2018 à 15:57:00

Bravo jean-Philippe pour tout ce que vous faites et dites !
Pour tout ce que vous faites connaître.
Pour votre modestie et vos pertinences
Pour tout ce que vous nous donnez
Un grand merci

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