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Pologne | Une Philharmonie treize fois moins chère ! (21-01-2015)

Elle est belle, elle est belle ! 30 millions d'euros seulement ! Qui veut ? Qui veut ? Alors que les grandes villes européennes s’endettent pour construire de nouveaux équipements signés de Bâlois et autres Pritzker, Szczecin a inauguré, le 5 septembre 2014, une salle Philharmonique réalisée par deux jeunes architectes catalans : Fabrizio Barozzi et Alberto Veiga.

Culture | Bâtiments Publics | Pologne | Estudio Barozzi Veiga

Les plaies de la Seconde Guerre mondiale sont encore visibles en Pologne. Les plus grandes villes offrent bien souvent au regard de celui qui les traverse des parcelles encore vides héritées de belliqueuses destructions et ce malgré les efforts de la reconstruction.

Szczecin, au nord-ouest du pays, ne fait pas figure d’exception. Parmi les dommages les plus importants, la disparition de la grande salle de concert, un édifice XIXe au style pompier, est à noter. Le terrain est depuis resté vierge de toute construction.

Près de 60 ans plus tard, la ville a engagé l’audacieux projet d’ériger en lieu et place - pour assurer un «signe de continuité», dixit le maire - une nouvelle salle de musique philharmonique.

«Voilà qui n’a pas tardé : en 2004, la Pologne rejoint l’Union Européenne. En 2005, une initiative municipale ambitionne la construction d’une nouvelle salle Philharmonique. En 2007, un concours d’architecture est programmé. En 2009, les Catalans Fabrizio Barozzi et Alberto Veiga sont désignés lauréats. La ville prend à sa charge les trois quarts du financement, le dernier quart revenant à l’Europe. En mars 2011, le premier coup de pioche est donné. Trois ans plus tard, le nouvel équipement est achevé. Le tout pour 30 millions d’euros ! Et oui, ça arrive comme ça, aussi», écrit Jan Brachmann dans l’édition du 15 septembre 2015 du Berliner Zeitung.

La surprise n’est pas si étonnante tant l’Allemagne souffre des déboires d’une architecture spectacle commise, entre autres, par Herzog et de Meuron. A Hambourg, le duo bâlois a explosé la facture de l’Elbphilharmonie encore inachevée à ce jour.

Certes, les ambitions ne sont pas les mêmes. Le grand port hanséatique pourra s’enorgueillir de deux salles, l’une de 2.150 places, l’autre de 550. A Szczecin, le nouvel équipement propose également deux salles, d'une capacité de 1.000 et 200 places.

02(@SimonMenges)_B.jpg«L’édifice reprend un volume à la fois complexe et synthétique conçu comme une promenade continue sur tous les niveaux, liant de fait l’ensemble des fonctions. A l’extérieur, la Philharmonie reprend de l’immeuble mitoyen préexistant, la verticalité et la géométrie du toit. Ces caractéristiques permettent d’identifier le nouvel équipement dans son environnement», expliquent les architectes.

Pour Tomasz Malkowski et Marcin Szczelina, critiques d’architecture cités dans un article du 8 décembre 2014 du site d’informations Polska.pl, «la Philharmonie combine deux idées contradictoires : tradition et modernité». Certes.

La tradition serait reprise par un toit accidenté évoquant les pignons caractéristiques des villes hanséatiques, le tout réinterprété selon un vocabulaire contemporain.

03(@SimonMenges)_S.jpgLa nouvelle salle est aussi un édifice monolithique voire autiste, selon l’appréciation. «Les façades en sont le point faible», note Karolina Kowalska, auteur de l’article. Elle reprend alors les commentaires des deux critiques pour qui l’effet de brume ou de glace des atours, initialement souhaité, est tout bonnement raté. «Le bâtiment ressemble davantage à un marché en tôles ondulées. La nuit, on dirait même un cirque ou un night-club. L’idée d’origine était belle mais difficile à matérialiser», concèdent-ils.

A l’inverse, tous les deux se montrent enthousiastes à l’égard des aménagements intérieurs - en particulier ceux de la grande salle - et n’hésitent pas à défendre cette nouvelle Philharmonie comme étant l’un des plus beaux équipements publics du pays.

04(@SimonMenges)_S.jpg «L’extérieur - austère - et la composition - simple - contraste avec les espaces de circulations, expressifs. Pour reprendre la tradition des salles de concerts d’Europe centrale, le décor est autant ornement que fonction», assurent Fabrizio Barozzi et Alberto Veiga. 

«La grande salle a été composée selon une suite de Fibonacci dont la fragmentation augmente avec la distance depuis la scène pour donner forme à un espace ornementé évoquant les plafonds anciens par son habillage à la feuille d’or», poursuivent-ils.

Orner n’est pas un vain mot. Le binôme catalan confère ainsi au projet une appréciable préciosité.

De l’intérieur, un bijou.

Jean-Philippe Hugron

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