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Allemagne | Il y a de l'architecture dans James Bond ! (21-01-2015)

Une autre architecture sans architecte ? La Kinemathek de Berlin propose, jusqu’au 17 mai 2015, une exposition sur le 'chef décorateur' Ken Adam, enfant du pays, obligé de fuir en 1934 pour échapper à l’étoile jaune qui le condamnait à une mort certaine. Il est l’auteur de la folle modernité des premiers James Bond et des décors de nombreux films de Stanley Kubrick.  

Berlin

«Dans mon imaginaire, les décors de cinéma de Ken Adam ont eu une influence cruciale. Je ne dirais pas que je construis selon James Bond mais le monde de Ken Adam a tout simplement élevé mon approche de l'espace, de la lumière et de la couleur en architecture à un autre niveau», assure un architecte, et non des moindres : Daniel Libeskind.

Le propos est repris par le Neue Osnabrücker Zeitung dans son édition du 21 décembre 2014. D’aucuns peuvent y lire que «le premier James Bond - 007 contre le Dr. No -, en 1962, était pour beaucoup une révélation esthétique. Le futuriste 'Adam Style' immergeait dans le luxe et la vitesse ; une nouvelle dimension dynamique de la scène cinématographique était née».

Georg Seeßlen, journaliste pour Die Zeit, s’amuse dans un article daté du 10 décembre 2014 de la situation : «Ken Adam est le plus grand architecte de notre temps sans jamais avoir été architecte», écrit-il.

«Bond relève de l’art autant que Kubrick», assure Andreas Kilb dans les pages culture du Frankfurter Allgemeine Zeitung. Le critique préfère, contrairement à d’autres quotidiens, mettre en second plan la figure héroïque de l’agent secret et souligner «l’ironie du sort».

«Ken Adam a reçu son premier Oscar pour les décors du film de Stanley Kubrick 'Barry Lyndon'. Il n’a pourtant, à cette occasion, pas pu développer ce qui a fait sa marque de fabrique : des halles de béton, de verre et de métal, faites de murs inclinés, de plafonds circulaires», écrit-il. Bref, rien de tout cela dans un film «rococo-drama».

02(@AMVelten).jpgParmi les réalisations les plus marquantes de Ken Adam, notons la «War Room» dans Docteur Folamour, autre long métrage signé Stanley Kubrick.

«La salle avec l’immense table ronde sur laquelle se négocie une guerre mondiale thermonucléaire est, de par ses lignes et ses ombres, un cauchemar tout droit issu du cabinet du docteur Caligari. L’effet est tellement réaliste que Ronald Reagan, lors de son investiture à la Maison Blanche, voulait absolument savoir où se trouvait l’endroit», rapporte Andreas Kilb.

Die Zeit titre «Dr. Schrecklich & Mr. Komisch», littéralement 'Docteur Effroi et Monsieur Bizarre'. La modernité transcrite en quelques croquis puis portée à l’écran est souvent angoissante.

Et pour cause, le quotidien allemand définit Ken Adam, né Klaus Hugo Adam en 1921 à Berlin, comme «l’enfant du docteur Caligari, de Vincent van Gogh et d’Adolf Hitler».

03(@KenAdamKinemathek)_B.jpgFelix Stephan, correspondant pour le Süddeutsche Zeitung, décrit une courte conférence de presse donnée à Berlin, Potsdamer Platz, par le chef décorateur, comme un symbole. A 93 ans, il se sera exprimé dix minutes seulement pour affirmer que la «légende est vraie» : «j’ai vu, de mes propres yeux, le Reichstag brûler». Dans la nuit du 27 au 28 février 1933, la manoeuvre des nazis allait dérouler plus avant le programme dicté par Hitler.

A un kilomètre de la place, rappelle le quotidien bavarois, se tenait le grand magasin tenu par les parents de Ken Adam, LeipzigerStraβe. Sa famille appartenait à la grande bourgeoisie de Berlin et s’offrait le luxe d’une villa sur la lagune de Stettin, aujourd’hui Szczecin, en Pologne.

04(@KenAdamKinemathek)_S.jpgEn 1934, il quitte l’Allemagne, laissant des proches qui périront quelques années plus tard dans des camps de concentration. Ken Adam, en Angleterre, deviendra l’un des pilotes les plus chevronnés de la Royal Air Force, participant aux combats de la Seconde Guerre mondiale contre sa mère patrie.

L'armistice signée, il étudie l’architecture qu’il applique au cinéma. Il accumule les films, deux voire trois fois l’an et, à mesure du temps, les budgets se font plus importants. De quoi se construire une renommée.

05(@KenAdamKinemathek).jpg «Une carrière mondiale plus tard, Ken Adam est de nouveau assis à Berlin, dans ce risible et hideux Sony Center, Potsdamer Platz. Il explique qu’avec cette exposition, il fête l’acheminement et le don de ses archives [dont 4.000 dessins, ndlr.] à Berlin. Le rêve de sa vie se concrétise enfin. Certes, ce moment ne peut pas être différent, toutefois projetons nous dans un univers parallèle, un monde où Ken Adam n’aurait jamais dû fuir une ville qui serait encore aujourd’hui emprunte d’élégance et de style... Soudain, intervient le retour à la normale. Voilà un triste happy end qu’il faut bel bien se figurer», affirme Felix Stephan. Point de déni.

Pour conclure, sans doute faut-il se résoudre au titre de l’exposition : Bigger than life...

Jean-Philippe Hugron

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carol | Paris | 21-01-2015 à 21:53:00

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