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Allemagne | Quand leurs coeurs font Böhm ! (04-02-2015)

Pegida et les manifestations anti-islam font polémique en Allemagne. Dans ce contexte, le projet de la plus grande mosquée d’Europe à Cologne, contestée, est un symbole. Depuis quatre ans, elle fait l’objet de joutes éditoriales, mettant en porte-à-faux son architecte, Paul Böhm. Aujourd’hui encore, la famille Böhm, Gottfried en tête, fait de nouveau parler d’elle. Les raisons en sont plus enthousiasmantes puisqu'un film lui est consacré.

Média | Cultes | Cologne | Gottfried Böhm

«Il est le 'Boss', cela ne fait aucun doute. Peter, Paul et Stephan Böhm sont tous architectes et savent qu’ils reposent sur les épaules d’un géant : Gottfried Böhm, le patriarche, 'der Boss', qui lui-même était sur les pas de son père tout aussi emprunt d’architecture. Enfant, Gottfried, dans les bureaux de Dominikus Böhm, dessinait déjà des vitraux pendant que le vieux monsieur révolutionnait la construction sacrée en Allemagne», écrit Gisbert Franken dans l’édition du 27 janvier 2015 du Kölner Stadt Anzeiger.

Certes, la «dynastie» Böhm a marqué le paysage de Cologne. Mais l’avènement d’un film signé du jeune réalisateur suisse Maurizius Staerkle-Drux sur cette famille d’architectes a conduit le quotidien local à s’intéresser de nouveau aux auteurs des bâtiments parmi les plus audacieux du pays.

Pour rappel, Gottfried Böhm est aussi le seul tenant allemand du Pritzker Prize qui lui a été décerné en 1986. Il est reconnu pour avoir été une figure marquante de l’architecture dans un contexte davantage gagné par une reconstruction rapide et souvent peu qualitative.

02(@SeierSeier)_S.jpg«'Le premier projet que j’ai réalisé était Kolumba', dit Böhm. ‘C’était une petite chapelle et mon père m’avait recommandé’. La construction est devenue une icône de l’après-guerre. Böhm avait alors donné forme à un mémorial et, par là même, à un symbole de foi», rappelle Sabine Oelze, pour le site allemand d’informations HR-Online le 27 janvier 2015.

Pendant la guerre, Gottfried Böhm était en Allemagne. En 1942, alors que le vent commençait à tourner, il entreprenait à peine ses études à Munich.

Durant les années 50, il rencontre, durant son séjour aux Etats-Unis, Walter Gropius et Mies van der Rohe qu’il tient en admiration. Pour autant, l’architecture qu’il développe à son retour reste étrangère à ces fréquentations modernes. Il privilégie un parti expressif de béton brut ; «un contrepoint au Bauhaus», note la journaliste.

De fait, il est sans doute plus à rapprocher de Hans Scharoun ou d’une génération influencée par les frères Taut et l’école expressionniste allemande dont son père était l’un des membres.

03(@SeierSeier).jpg«Je ne voulais pas devenir architecte. Mon père était autrefois si reconnu que je me suis dit : 'je ne réussirai jamais !'. C’est pourquoi j’ai commencé à étudier la sculpture. De loin en loin, mon intérêt s’est frotté à l’architecture via quelques cours magistraux que j’ai pu suivre. C’était passionnant. Je me suis retrouvé architecte. Le travail avec mon père était beau et intensif. C’était une expérience formidable qu'aujourd’hui, je poursuis avec mes enfants. Trois de mes quatre fils sont architecte», avait-il déclaré dans un entretien publié dans le quotidien autrichien Der Standard le 23 janvier 2010.

La plastique des projets de Gottfried Böhm est sculpturale. Sans doute a-t-il cherché dans la forme, outre un symbole, une spiritualité. Il est aussi l’auteur de trente-neuf églises et confesse son intérêt pour les questions sacrées.

04(@SeierSeier).jpgL’un des projets les plus enthousiasmants à ses yeux est celui de son fils Paul, la mosquée Ditib à Cologne, la plus grande d’Europe, dit-on. Le propos date de 2010 et le lieu, imposant, est encore inachevé quoique presque terminé.

Les formes sont rondes et généreuses. Les minarets aiguisés et élancés, hauts de 55 mètres. «Il est regrettable de voir qu’elle n’est pas encore utilisée», a déclaré Paul Böhm au journal Bild dans l’édition du 23 janvier 2015.

Les plus grands quotidiens allemands n’ont eu de cesse, comme le Frankfurter Allgemeine Zeitung, de rapporter les épisodes d’un feuilleton à répétition qui conduit, petit à petit, à la constitution d’une ruine moderne.

Le film de Maurizius Staerkle-Drux ne passe pas l’épisode sous silence. La fratrie Böhm autour du «chef» exprime toute sa colère.

05(@NingboNingbo).jpgL’occasion de se rappeler les mots de Gottfried Böhm dans le journal autrichien : «Je tiens à dire que, dans l'architecture sacrée, l’important est d’être encouragé à réfléchir à ce qui est le plus élevé dans ce monde. Peu importe si l'on est musulman ou chrétien».

Jean-Philippe Hugron

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