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Brésil | Vilanova Artigas, moderne et politique, bref ambigu (04-02-2015)

Paulo Mendes da Rocha, à 86 ans, est l’un des derniers grands «modernes» brésiliens si tant est que l’on puisse user du mot sans engager un débat politique sur sa portée. En témoigne une étrange lettre publiée tout juste trente ans après la mort de João Batista Vilanova Artigas, fondateur de l’école pauliste d’architecture. Son auteur, la fille de l’architecte, a pris sa plus belle plume pour livrer un texte qui ne dit rien d’architecture mais qui, de fait, en dit trop.

| João Batista Vilanova Artigas

«Aujourd’hui, cela fait trente ans que João Batista Vilanova Artigas est parti. Sa mort est survenue dans un moment de changements importants au Brésil et dans le monde qui, en un sens, ont inauguré une nouvelle ère. Nous sortions de vingt années de dictature militaire et nous avons continué avec des restes d’autoritarisme (qui subsistent encore aujourd’hui) et le peuple brésilien, après avoir été contrarié dans la lutte pour l’élection au suffrage universel direct du président de la République, attendait le résultat d’un scrutin indirect qui opposait Tancredo Neves et Paulo Maluf. Artigas est mort trois jours avant que Tancredo ne gagne par trois cents voix d’avance. L’économie brésilienne a connu une inflation terrible qui a consumé le labeur des travailleurs brésiliens. En ce mois de janvier 1985, la presse rapportait que, depuis plus d’un an, le taux d’inflation atteignait les 224%. La population de São Paulo était estimée à neuf millions d’habitants (aujourd’hui presque douze). Au niveau international, la crise du bloc socialiste en était à ses débuts. Le mur - qui symboliquement marquait cette époque - n’est tombé qu’à la fin 89. Il n’y avait ni Internet, ni téléphone portable. Le premier mail n’a été transmis qu’en 1987. Dans le monde de la culture, la grande discussion était l’avènement de la postmodernité. L’architecture en fut l’un des grands protagonistes. Artigas s’est même réfugié dans ce postmodernisme architectural lors des dernières interviews qu’il a données.
João Batista Vilanova Artigas est mort le 12 janvier 1985, un jour d’été lumineux. Personne ne devrait mourir sous le soleil !
».

Le texte, écrit par Rosa Artigas pour commémorer les trois décennies de la disparition de son père, ne laisse pas d’étonner.

Il témoigne, en filigrane, que l’architecture reste, au Brésil comme dans de nombreux pays d’Amérique latine, éminemment politique.

02(@PMiura)_B.jpgToutefois, contrairement à l’Europe et à l’Amérique du Nord qui ont rejeté en masse le modernisme pour les erreurs qu’il a engendrées, le Brésil en a fait son fer de lance sans que jamais il ne soit controversé, du moins, en apparence.

Aussi, il y a fort à parier que la postmodernité «des derniers interviews» n’ait pas grand-chose à voir avec la postmodernité du vieux continent. Au mieux, le mot était utile à quelques pirouettes rhétoriques. Dans les formes, ni chapiteaux, ni colonnes, mais bel et bien la radicalité du béton brut.

Ceci étant dit, João Batista Vilanova Artigas est d’un autre monde. Dans la course aux hommages liée au centenaire de sa mort célébrée cette année, le site brésilien CartaCapital convoque longuement la figure de l’architecte dans ses colonnes du 6 janvier 2015.

«Que fait un communiste sur mon terrain de jeu ?», titre Nirlando Beirão avant d’ajouter que João Batista Vilanova Artigas, «divisé entre réalisme socialiste et clientèle bourgeoise, affirmait la liberté du trait et la vérité des matériaux».

C’est un peu, sous la plume de Nirlando Bierão, un homo bolivarius qui prend forme, «un communiste encarté» dont les convictions n’étaient certainement pas les «thèmes de discussion d’un café-philo» mais plutôt le fruit d’un «engagement personnel et collectif». Artigas le Rouge !

03(@ArteForadoMuseo)_B.jpg«Il a vu l’architecture comme le moyen de transformer la société et sa critique invétérée du modernisme 'a été interprétée comme la caution de son militantisme et le moyen de se revendiquer communiste'», note le journaliste, citant Miguel Antonio Buzzar, docteur à la Faculté d’Architecture de l’université de São Paulo et auteur d’un ouvrage sur l’architecte.

Les ambigüités politiques au Brésil glissent comme sur des plumes de canard. Alors certes, l’architecture de João Batista Vilanova Artigas peut paraître moderne ; elle reste avant tout le témoignage de l’école pauliste d’architecture dont il est l’instigateur et qui marquera par son «style» les constructions des années 40 à 60.

Les historiens évoqueront de leur côté «l’emphase des techniques constructives» plutôt qu’une quelconque modernité «capitaliste».

L’architecture du Brésil, aussi séduisante soit-elle, n’en est pas à ses premières contradictions. Oscar Niemeyer s’est fait un nom à travers une riche bourgeoisie qui lui confiait la réalisation de luxueuses villas et aujourd’hui, l’actualité rapproche en une commémoration improbable Artigas le Rouge et Lina Bo Bardi. C'est peu faire cas du passé et se contenter d’une seule parenté formelle.

04(@GafArq)_B.jpg«Le temps joue en la faveur de l’architecte et de son oeuvre. Son engagement politique, par nature ou circonstance, sujet à des oscillations nées de conjoncture particulière, a été néanmoins assumé au sein de sa pratique le plus courageusement et le plus honnêtement. Son art n’est pas daté. Son talent n’a rien de décoratif. Il a traité avec radicalité les effets de transitions», conclut Nirlando Bierão.

Cependant, la mémoire ne devrait pas trop s’exposer au soleil...

Jean-Philippe Hugron

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