Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Chronique | Philharmonie, Jean Nouvel pâtissier ou néo-pompier ? (11-02-2015)

«Vos billets s’il vous plait !... Pardonnez-moi, mais vos places n’existent pas», entonne l’ouvreuse. Direction le haut de la salle. La vue est plongeante et l’acoustique très bonne : certainement pas de quoi oublier la catastrophe qui précède et qui ne laisse pas d’interroger*.  

Bâtiments Publics | Culture | 75019 | Jean Nouvel

Les architectes d’opéras et autres salles dédiées à la musique ont souvent copié des modèles éprouvés, à savoir ceux du Palais Garnier à Paris, du Schauspielhaus de Berlin ou encore du Burgtheater de Vienne.

Depuis la seconde moitié du XXe siècle, les formes se sont émancipées de ces canons académiques pour adopter des contours originaux célébrant une plastique moderne voire radicale.

De pâtisseries pompeuses, l’humanité est passée à quelques choucroutes abstraites. La Philharmonie de Paris appartient au registre du soufflé aussi boursouflé qu’essoufflé.

En guise de chantilly, une mousse de métal donne toutefois à l’ensemble des airs de Paris-Brest destroy, un brin rock 'n' roll. C’est assez gros voire franchement indigeste.

Alors, en lieu d’une Philharmonie, le célèbre architecte a proposé une disharmonie. Pour qui arrive sur place, au pied de l’escalier monumental, plusieurs trajets s’avèrent possibles, en dedans, en dessous, au dessus... mais où tout un chacun est écrasé par la masse grise et inutile d’un volume qui est à la déconstruction ce que Florent Pagny est à l’art lyrique.

L’intérieur est grand, nu, les circulations sont démesurées et les prestations aussi pauvres qu’une administration de banlieue. Peut-être aurait-il fallu confier les rênes à Thierry Lepaon et donner le budget de la CGT pour offrir mieux qu’une simple moquette de bureaux et des rampes en pin - à moins qu’il ne s’agisse de tringles à rideaux IKEA de la gamme Jan Njut-Vel récupérées in extremis d’un autre chantier -.

Seule fantaisie, les plafonds ! Leur style est rétro et évoque, au mieux, une banque des années 60. Guichet A porte 6.

La nuit tombée, le plus intéressant reste un incroyable effet visuel au détour d’un couloir. Une vitre noire donne l’impression d’être à l’aplomb du mur. En fait, elle est au fond d’une niche habillée de miroirs. Le trompe-l’oeil est saisissant.

Seul et anecdotique dans l’ensemble, il témoigne, en reliquat, des obsessions d’un Jean Nouvel plus jeune, incroyablement doué pour les effets de transparences et les jeux de reflets.

La Fondation Cartier - sans doute son chef d’oeuvre - en est le témoignage. Vingt ans plus tard, Jean Nouvel semble avoir déconsidéré ces illusions - et par voie de conséquence, le travail sur le(s) sens - pour entretenir un formalisme convenu.

02(@JPHH)_S.jpgL’effet de masse de la Philharmonie n’évoque rien d’autre que la puissance bureaucratique, grise et austère, dont le coeur est froid et métallique ; Marianne et ses bourrelets d’inox ferait bien de commencer un régime et de s’offrir des vacances au soleil.

Aucune poésie ne se dégage des lieux. Même si inachevés, même si imparfaits. 

En maquette ou à l’image rien ne présageait de l’expérience du piéton qui accède au pied de l’édifice et qui se retrouve dominé par ce tas angoissant habillé d’oiseaux en métal. Frayeur hitchcockienne garantie.

Les objets singuliers que pouvaient jusqu’à présent défendre Jean Nouvel étaient des sujets signifiants. Ici, l’architecte se met dans les rangs d’une époque stupide qui, pour la belle image, cherche la forme plus que le fond et convertit tout maître d’oeuvre en mauvais sculpteur.

De surcroît, le projet a été déshérité de belles intentions. Budget oblige ! PPP oblige ! Déshabiller le vide et il ne reste plus grand-chose.

La Philharmonie de Jean Nouvel est donc un village Potemkine pour flatter le pouvoir. Des tentures cachent la misère pour Catherine Hollande qui, benoîtement, opine du chef.

Ces façades ne font pourtant que dissimuler la pauvreté (intellectuelle) d’un Etat qui n’a d’ambition que d’images et qui n’hésite pas à gaspiller ses ressources pour flatter son petit égo mis à mal par une compétition internationale sans queue ni tête.

03(@JPHH)_S.jpgA peine révoltant, ce nouvel équipement formera, avec les Halles et la Fondation Vuitton, la triade impertinente et grossière des années 10, l’obscénité du fric et les erreurs politiques. Au milieu, des architectes au style néo-pompier pourront alimenter de belles brochures à la gloire des villes globales.

Jean-Philippe Hugron

*Le projet est signé des Ateliers Jean Nouvel et Brigitte Métra+Associés pour la salle de concert.

Réactions

eliza | musicienne | Paris | 12-03-2015 à 10:57:00

Nous en rêvions de cette salle pour lOrchestre de Paris ….ce bâtiment est horrible et d une tristesse OUI mais ?????qu en pensent les musiciens ??je vais aller écouter la Messe en Si de Bach apres des heures d attente ..pour avoir une petite place tout en haut …la je vais juger l acoustique dont on parle très peu ..Vive la salle pleyel qui j espère recevra encore le classique

Quoi? | architecte | 75 | 25-02-2015 à 20:57:00

Que tout le monde aille visiter le bâtiment tarte à la crème de AJN, c'est très bien!!! "Il faut révéler la vrai nature des cuistres" disait l'autre.

Certes la critique est aisé mais elle n'émane pas forcement de la jalousie, l'argument est pauvre, très pauvre, trop pauvre pour être soutenu.
Et vous Cesca avez vous crée un journal? Nul, bien sur mais vous le lisez.
Je ne crois pas; donc c'est par jalousie que vous critiquer le point de vue exprimé. Non? l'argument est con? Ah bon, ok...
Que Nouvel fut une pointure, ok et alors? Il y a des livres de Celine moins bien que d'autres, des disques des Stones ou de Bowie inintéressants. Il y a même des bâtiment de Corbu qui sont des inepties.
Tout le monde l'admet, sauf les fans, être fans c'est un peu niais en archi.

De toute manière ce bâtiment est sans qualité, il n'apporte aucune réponse aux vrais questions d'aujourd'hui. Il va encore approfondir la fracture qui existent entre le monde de l'architecture et le grand public.
Je me fais madame soleil et pronostique qu'il va remplacer l'opéra bastille dans le coeur des parisiens.
Allez Jeanjean, encore un ptit effort et tu seras au niveau de Ghery

Cesca | Paris | 13-02-2015 à 09:03:00

Vous avez raison de vous affirmer dans le journalisme où votre plume assassine vous promet un grand avenir. "La critique est aisée mais l'art est difficile " : avez-vous finalisé votre thèse ? Ne seriez-vous pas tout simplement jaloux d'une pointure comme Nouvel ? J'adore l'envol d'oiseaux !

Charden | 12-02-2015 à 22:38:00

Allez, encore un p'tit effort et vous serez au niveau d'Archicool !
Plus sérieusement, votre article me déçoit car beaucoup trop subjectif, mais a finalement le mérite de me donner envie d'aller voir - et écouter - si c'est si mauvais que ça ! (j'y croiserai peut-être Serge Renaudie...)

piemfo | 12-02-2015 à 21:06:00

L'acoustique est bonne, un détail... Et comparer le joujou privé de Bernard Arnault a une philharmonie publique à cheval sur Paris et la seine saint denis (plutôt que dans le 8', n'est-ce pas Pleyel) est hyper pertinent :-)

ClassiquePleyel | Association | 12-02-2015 à 14:10:00

A la lecture de certaines phrases "La Philharmonie de Jean Nouvel est donc un village Potemkine pour flatter le pouvoir" ou encore " "l’obscénité du fric et les erreurs politiques" nous ne pouvons qu'acquiescer. D'autant que ce projet met également en péril un autre art fondateur de la culture française, la musique classique qui demeure interite à la Salle Pleyel depuis l'ouverture de la Philharmonie.
Il est temps de rétablir les priorités nécessaires au maintien de la musique classique en France, et séparer les préoccupations électoralistes des nécessités inhérentes à cet art !
http://pourleclassiqueapleyel.blogspot.fr/

Serge Renaudie | 12-02-2015 à 07:54:00

Paf dans la meringue ! Vous l'avez tellement bien écrasé ce philharmonique, et avec un beau brio, que vous m'avez donné envie d'y aller voir...

Rob | Arch | Ile-de-France | 11-02-2015 à 23:31:00

Trop drle, c'est vrai qu'on se demande o est le sens ...? de ce mastodonte... Khan cherchait "What he want to be..." en forme, mais galement en esprit(transcendance), mais que cherche Jean ?

Réagir à l'article





Portrait |La fine équipée de Monica Donati

Le collectif avant tout ! Monica Donati s’empresse de présenter tous ses collaborateurs. Elle évoque même avec enthousiasme un nouveau projet d’association - 300% - qu’elle monte avec Margot-Duclot et Paul...[Lire la suite]

Portrait |Il était l'architecte le plus dangereux du monde

L'appréciation n'est pas celle du Courrier de l'Architecte… mais du FBI. Sous la plume de son premier directeur, J. Edgar Hoover, elle cible un américain : Gregory Ain (1908-1988). Ses fréquentations teintées...[Lire la suite]


Portrait |Antonin Raymond, un architecte sans histoire ?

Les œillères de l’histoire orientent le regard vers des géographies familières et proches. Les ouvrages encyclopédiques sont parfois myopes dès qu’il s’agit d’aborder des objets...[Lire la suite]

Eglise Meguro à Tokyo

Portrait |Bartolo Villemard, les pilotes de la métamorphose

L’image, l’objet, la forme, le contexte… autant de tartes à la crème ! Eric Bartolo et Jérôme Villemard en sont pleinement conscients. Toutefois, le duo se refuse de participer au jeu des mots...[Lire la suite]

Portrait |Porro-de la Noue, à la poursuite du conte

L’histoire continue. Un univers de vitraux, d’oiseaux, d’ogives, de seins et de tétons. L’exubérance n’a d’égal que la dignité qu’offre l’architecture à ses usagers....[Lire la suite]

Portrait |Antonin Raymond, un architecte sans histoire ?

Les œillères de l’histoire orientent le regard vers des géographies familières et proches. Les ouvrages encyclopédiques sont parfois myopes dès qu’il s’agit d’aborder des objets...[Lire la suite]

Eglise Meguro à Tokyo