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Actualité | MuCEM, le symbole de l'amateurisme d'Etat (11-02-2015)

La cour des comptes vient de publier ce 11 février 2015 son rapport public annuel dont l'un des chapitres porte sur le MuCEM. Le titre en est éloquent : 'Une gestation laborieuse, un avenir incertain'. La difficile gestion et la transformation hasardeuse des Arts et Traditions Populaires en Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée sont épinglées. En outre, l'opacité quant à la fonction d'un bâtiment remarquable semble compromettre son avenir.

Culture | Bâtiments Publics | Marseille | Rudy Ricciotti

La cour des comptes, objective, n'est pas tendre. Aussi, le MuCEM traduit, à travers ce rapport, l'amateurisme avec lequel l'Etat gère ses grands projets culturels.

Le rapport préfère toutefois évoquer les «multiples vicissitudes qui ont émaillé la conduite de ce projet dont la réalisation aura nécessité au moins 350M€». Parmi elles, «atermoiements politiques et administratifs, gestion dispendieuse de la phase de préfiguration, complexité de l'opération immobilière et dérive des coûts».

Le bâtiment de Rudy Ricciotti, le J4, n'est pas, outre mesure, dans la ligne de mire des rapporteurs. Il est le «geste architectural» qui est devenu «l'emblème du musée». Sont coût aura été de 120,16 millions d'euros financés à 52% par le ministère de la Culture.

Le texte pointe toutefois une augmentation du prix de l'opération (étendue au Fort Saint-Jean) de 82%, passant de 88,17 millions à 160,27 millions d'euros. «Une part substantielle de cette augmentation est imputable au coût du temps. En effet, la suspension du projet entre 2002 et 2009 se traduit par un renchérissement du coût des travaux de 40,84 millions d'euros», précise le rapport.

Concernant le J4, «les surcoûts de ce bâtiment (+15 millions d'euros) proviennent donc intégralement d'aléas techniques non anticipés. Le recours au béton fibré à ultra hautes performances (BFUP), matériau très novateur qui n'avait jamais été utilisé pour la construction d'un bâtiment jusqu'alors, explique à lui seul plus de la moitié des surcoûts constatés», est-il indiqué.

Un surcoût de 15 millions reste louable quand les «vicissitudes» de la Philharmonie de Paris se chiffrent en plusieurs centaines de millions.

Plus inquiétantes restent, à Marseille, la programmation de l'équipement et la promesse faite de délocaliser un musée national. Certes, charrues, lits-clos et autre trusquins ne sont pas des plus attrayants.

Sur ce point, le rapport souligne en propos liminaires la désaffection malheureuse du grand public pour les arts et traditions populaires : «le nombre de visiteurs était passé de 100.000 en 1982 à 30.000 dix ans plus tard».

Le bâtiment conçu par Jean Dubuisson pour accueillir les collections des Arts et Traditions Populaires - édifice tout aussi remarquable à l'époque que le MuCEM l'est aujourd'hui - est à l'abandon.

Son avenir «n'a pas été anticipé par le ministère de la Culture. La longue période de latence, huit ans, qui s'est écoulée entre la fermeture du bâtiment au public, en septembre 2005, et le départ définitif des équipes du SCN MuCEM le 31 mai 2013, n'a pas été mise à profit pour trouver une nouvelle affectation à ce bâtiment ou négocier avec la Ville de Paris les modalités de sa rétrocession».

L'ensemble nécessiterait pour un nouvel usage d'importants travaux estimés entre 50 et 80 millions d'euros. «En tout état de cause, le niveau comme les modalités de remise en état de ce bâtiment seront étroitement liés à l'affectation future des locaux, réutilisation par le ministère de la Culture (solution aujourd'hui privilégiée) ou rétrocession à la Ville de Paris», note le rapport.

Pour l'heure, le gardiennage coûte à la collectivité 396.000 euros TTC par an. Une bagatelle au Bois de Boulogne.

02(@JPHH).jpgEnfin, c'est l'avenir lui-même du MuCEM qui est remis en cause plus largement dans le texte de la Cour des comptes.

Premièrement, il est fait état que le Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée n'a que peu à voir avec les anciens Arts et Traditions Populaires. «Aussi serait-il regrettable que le déménagement coûteux de ce vaste ensemble de pièces de Paris à Marseille (22,8M€) ne permette pas de les exposer et de les valoriser. Or, la contribution des pièces du MNATP aux expositions temporaires phares du musée en 2013 et 2014 ('Le Noir et le Bleu', 'Volubilis'), comme la place limitée de celles-ci dans l'exposition semi-permanente de la Galerie de la Méditerranée (environ la moitié des objets présentés), témoignent de la faible visibilité de l'héritage du MNATP au sein du nouveau musée», souligne le rapport.

Autre chiffre préoccupant : la fréquentation du MuCEM. 3,4 millions de personnes s'y sont rendues mais 70% d'entre elles (2,3 millions) n'ont pas visité d'expositions.

Le taux de ressources propres n'en est donc que plus faible. en effet, alors que le ministère de la Culture a fixé pour ses musées nationaux un taux de ressources propres provenant des activités d'au moins 43%, la part de ces ressources au MuCEM est de 17% en 2013. L'Etat subventionne à hauteur de presque 17 millions d'euros le nouvel équipement !

Qui plus est, les coûts de fonctionnement «n'ont, pour certains, pas encore été évalués, tandis que d'autres demeurent imprécis».

Le rapport précise que «lors de l'ouverture du musée, le caractère radicalement différent du bâtiment Ricciotti et du Fort Saint-Jean, tant en termes de volume que d'organisation des espaces ou d'accessibilité du public, a emporté des conséquences importantes sur le fonctionnement du musée qui n'avaient pas été anticipées d'un point de vue budgétaire : nombreux points d'entrée, surveillance spécifique pour le Fort en raison de la multiplicité des espaces et de la dangerosité potentielle du site».

Par ailleurs, il est spécifié que «le coût de maintenance d'un ensemble d'espaces complexes réalisés en bord de mer, souvent avec des matériaux exigeants en termes d'entretien (inox, verre), demeure, en outre, imparfaitement appréhendé».

03(@JPHH)_B.jpgPour le J4, les techniques innovantes mises en oeuvre, dont l'utilisation du BFUP, «nécessitent, en outre, une maintenance spécifique dont les charges sont, pour l'heure, mal évaluées. A ce titre, un contrat d'entretien propre au BFUP, matériau novateur impliquant des contrôles réguliers, reste encore à conclure par l'établissement public. D'autres éléments se révèlent fragiles et peu adaptés à la fréquentation réelle du musée : l'OPPIC a notamment évoqué l'usure prématurée de la terrasse en bois du bâtiment J4 en raison des fortes fréquentations au cours des premiers mois d'ouverture du musée».

Le MuCEM semble avoir été érigé pour la carte postale. Au-delà de la réussite architecturale, ce rapport de la Cour des comptes montre l'échec d'une politique culturelle qui n'a pas su gérer le transfert des collections de l'ancien musée des Arts et Traditions populaires et qui se retrouve avec, sur les bras, un équipement dispendieux dont les coûts de fonctionnement s'avèrent hors de toute maîtrise.

L'argent public vient pourtant à manquer. Aussi, la Cour des comptes préconise le développement du mécénat, de la location d'espaces et des concessions.

Bientôt, la privatisation du MuCEM ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

OURSON38 | PHOTOGRAPHE POETE | ISERE | 07-04-2017 à 21:18:00

Je partage totalement l’avis de la cours des comptes à propos du Mucem. Cette architecture est déplorable, non fonctionnelle. Un grand parvis extérieur très glacial et inutile, refusant de s’emboîter avec les abords de la ville. Pour le bâtiment une structure en décor de ferraille, une malheureuse exhibition voulant nous rappeler en clin d’œil Beaubourg, rien à voir. Question pratique, l’accès aux expositions, trente minutes d’escalators et de labyrinthes devient un passe obligatoire directif à consommer verre et aluminium de la façade afin d’arriver aux salles d’expositions. Comme tout lieu culturel vous avez une brasserie exemplaire avec café et verre d’eau en sup pour cinquante centimes ! Je rêve ! L’architecte devrait se cacher ainsi que ses commanditaires qui ont réalisé ce lieu de culture si pitoyable. Photographe de profession et poète, ardant défenseur d’un urbanisme cohérent, je crains le déficit futur de ce lieu.

Dev | 16-02-2015 à 18:28:00

Le MuCem est un navire vide, o la scnographie n'a pas pu se mener de concert avec Riciotti. Rsultat: une belle sculpture, oui. Mais ce grand projet culturel est aussi le reflet de nombreux petits projets publics provinciaux: battis sur un programme bancal, approximatif, digne d'amateur, et d'une maitrise d'ouvrage de moins en moins comptente, manquant cruellement d'implication.

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