tos

Le Courrier de l'architecte - Retour à l'accueil International

Entrez votre e-mail pour vous inscrire

Etats-Unis | Thom Mayne achève bien Ray Bradbury (18-02-2015)

Pour le commun des mortels, voilà une banale histoire de patrimoine, de démolition et de mémoire oubliée. Pour les amateurs d’architecture, elle est d’autant plus savoureuse que Thom Mayne est en cause. L’homme de l’art se fait chantre de la tabula rasa pour sa propre maison et passe au bulldozer l’ancienne demeure de Ray Bradbury.

Patrimoine | Logement individuel | Los Angeles | Thom Mayne

L’avait-il seulement anticipé ? Ray Bradbury, auteur des Chroniques martiennes, habitait une maison représentative du Los Angeles des années 30, celui des classes moyennes qui accédaient à la propriété et s’offraient des «cottages Arts & Crafts ou encore des bungalows reprenant le style hispanique des premières missions», selon les termes d’Adam Nagourney dans l’édition du 6 février 2015 du New York Times.

Le journaliste précise que ces maisons sont aujourd’hui progressivement détruites pour laisser place à de nouvelles constructions modernes «généralement vendues au-dessus des deux millions de dollars».

Voilà de quoi provoquer l’enthousiasme de promoteurs et banquiers et l’émoi des défenseurs du patrimoine. «L’opposition [à ces projets] est loin de faire l’unanimité. Beaucoup de familles souhaitent de plus grandes maisons, particulièrement dans les quartiers juifs orthodoxes. Bien des propriétaires accueillent les bras ouverts des promoteurs qui aident à la démolition et à la reconstruction et qui, de fait, augmentent la valeur du bien immobilier», poursuit-il.

02(@AlanLight)_B.jpgCertes, ici le débat attise d’autant plus les passions que la mémoire d’un célèbre écrivain, Ray Bradbury, est en jeu. 

Ces murs de crépi jaune, Cheviot Hills, ont vu, cinquante années durant, l’auteur noircir de nombreuses pages.

Exit la mémoire des lieux ! Thom Mayne est devenu propriétaire de l’endroit moyennant 1,765 million de dollars. 

Un permis de démolir fut déposé en bonne et due forme. Depuis janvier 2015, les engins de chantier ont arasé le site.

«Les bulldozers d’abord, les excuses après», titre Christopher Hawthorne dans le Los Angeles Times du 16 janvier 2015.

«C’est peut-être la meilleure façon d’honorer un écrivain qui a produit une vision du futur aussi mémorable», assure Jonathan Eller, directeur du Center for Ray Bradbury Studies à l’université d’Indiana, dans les colonnes du journal californien.

Ray Bradbury et Thom Mayne «partagent réellement la même volonté d’aller de l’avant et d’être original», poursuit-il.

La position a de quoi surprendre ; les thuriféraires ont vite fait de sanctuariser la moindre trace d’un homme illustre. Christopher Hawthorne rappelle le lecteur au bon souvenir des écrits de Ray Bradbury, notamment de Yestermorrow : Obvious Answers to Impossible Futures.

Alex Shephard, directeur du site Internet Melville House, a mené l’enquête dans un article paru le 16 janvier 2015. Thom Mayne y précise son point de vue. Il n’a fait qu’acheter une maison dans son quartier, qu'il recherchait depuis cinq ans, sans jamais avoir su tout d'abord que cette bâtisse jaune d’or avait abrité Ray Bradbury.

Lors de la vente, la famille n’a émis aucun souhait quant à cette construction pas plus que le centre de recherches Ray Bradbury. «J’étais étonné que ni les uns, ni les autres n'aient voulu transformer le lieu en sanctuaire», assure l’architecte.

Le projet que Thom Mayne a conçu n’est - à l’inverse ? - pas «ordinaire». «Notre maison sera un jardin», explique-t-il à Alex Shephard. Elle sera aussi un «prototype» en matière de «neutralité paysagère». Des murs, visibles depuis la rue, reprendront les titres des ouvrages de Ray Bradbury.

«Voilà toute l’ironie de l’histoire. Cette nouvelle construction rendra davantage hommage à l’auteur que sa maison ne l’a jamais fait», écrit le directeur de Melville House.

L’architecture est éphémère, répète à l’envi Thom Mayne.

Et le fétichisme, contemporain ?

Jean-Philippe Hugron

Réactions

la rédaction | 19-02-2015 à 10:10:00

Bonjour,
Nous n'avons pas obtenu la permission de diffuser les photos souhaitées.

ici un lien vers une phographie :
http://www.trbimg.com/img-537a683a/turbine/la-fi-hotprop-ray-bradbury-20140519

bien à vous,
La rédaction

becassine | journaliste | paca | 19-02-2015 à 08:36:00

La photo de la maison aurait été plus intéressante que celle de Bradbury...

Réagir à l'article


tos2016

elzinc novembre

Portrait |Carl Fredrik Svenstedt, Swedish connection

Parisien, Suédois, formé aux Etats-Unis, ayant grandi au Canada, Carl Fredrik Svenstedt est un étrange hybride culturel. Architecte, il joue, derrière une apparence sage, des contradictions. Un goût pour la...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Qui sont les architectes de Donald Trump ?

Des honoraires impayés ? Des vidéos sulfureuses ? Des interviews réécrites ? Des commandes providentielles ? C'est un peu le programme réservé aux architectes de Donald Trump. Le Courrier...[Lire la suite]


elzinc novembre

Portrait |André Ravéreau par le détail

La disparition d'André Ravéreau le 12 octobre dernier ne signifie pas pour autant la dissolution de son enseignement. L'hommage invite aujourd'hui à la relecture immédiate de son œuvre ; l'exercice pertinent...[Lire la suite]

elzinc

Portrait |Qui sont les architectes de Donald Trump ?

Des honoraires impayés ? Des vidéos sulfureuses ? Des interviews réécrites ? Des commandes providentielles ? C'est un peu le programme réservé aux architectes de Donald Trump. Le Courrier...[Lire la suite]

elzinc novembre

Portrait |Sandra Planchez face à l'appel de la nouveauté

Tout nouveau, tout beau ? Sandra Planchez témoigne d’un goût immodéré pour la nouveauté. Il n’y a là pourtant rien d’une fuite en avant - qu’elle condamne par ailleurs - ni...[Lire la suite]

Erratum : crédit image : cantin-planchez-DR
elzinc novembre

Portrait |Il était l'architecte le plus dangereux du monde

L'appréciation n'est pas celle du Courrier de l'Architecte… mais du FBI. Sous la plume de son premier directeur, J. Edgar Hoover, elle cible un américain : Gregory Ain (1908-1988). Ses fréquentations teintées...[Lire la suite]