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Malte | Accords & désaccords autour d'un Piano (18-02-2015)

L’architecture de Renzo Piano est sans doute l’une des plus sensibles et des plus discrètes. A Malte, l’homme de l'art a livré un magnifique ensemble, tout en élégance, mais hautement controversé. La nouvelle Porte de la ville est un projet majeur de La Valette, commandé directement à l’architecte par le pouvoir nationaliste en 2009. Une teinte politique qui amène à des jugements emportés.

Bâtiments Publics | Pierre | Malte | Renzo Piano

Le 29 janvier 2014, Architectural Review résumait en quelques paragraphes la situation de l'époque. «La controverse fait aujourd’hui partie intégrante de l’architecture contemporaine, spécialement dans les centres historiques et c’est un fait bien connu que les dictateurs aiment laisser leur empreinte dans la pierre. Quoi qu’il en soit, plusieurs dirigeants, élus, ont eu l’assurance de mépriser l’opinion du peuple et les lois internationales pour ériger un projet qui leur sied. De la même façon, ce projet a contribué à leur défaite électorale. Notamment, l’année dernière, celle du Premier ministre Lawrence Gonzi», note Steve Parnell dans la revue britannique.

Qui du symbole politique - réalisé à la demande des nationalistes au pouvoir - ou du projet architectural est l’objet de ces virulentes diatribes ? Difficile à dire. En février 2015, les médias nationaux font de nouveau du grand dessein de Renzo Piano la cible d’attaques renouvelées.

Raphael Vassallo, dans l’un des blogs du quotidien Malta Today, titre un billet daté du 3 février 2015 «Les villes, plus que de monuments, sont faites d’hommes».

«Quelle que soit la manière dont vous observez le parlement de Renzo Piano - et je me réfère à la construction en elle-même et non à son environnement immédiat -, il se dégage une sombre impression ; industriel, l’édifice paraît sans âme», écrit-il.

«Il semble que la commande passée à Renzo Piano était de concevoir l’entrée d’une ville fantôme. Il n’y a aucune vie qui transparaît à travers ces murs grisonnants et menaçants. L’effet est peut-être lié à l’absence flagrante d’ouvertures. Si les yeux d’un individu sont les fenêtres de son âme, quelle impression peut donner une construction sans regard sinon celle d’un vide inanimé ?», écrit-il.

L’auteur se montre encore plus dur en s’interrogeant sur le bien-fondé d’un projet qui ne fait qu’exhiber «l’arrière-train d’un singe» au peuple qui ne serait plus qu’un «petit insecte insignifiant» devant la «monumentale» réalisation.

02(@MDenance)_B.jpgAutant dire que l’affaire émeut la population au-delà de toute mesure. Les commentaires et réactions - par centaines - aux différents articles rivalisent de fantasmes. La rumeur s’auto-alimente et il est difficile d’entendre le vrai du faux. Certains s’amusent du sobriquet dont les Maltais ont affublé l’édifice - la râpe à fromage -. D’autres pleurent les froufrous victoriens de l’ancienne porte détruite pendant la Seconde Guerre mondiale.

Pour l’heure, The Times of Malta, en date du 10 février 2015, révélait que «Renzo Piano ne sera plus impliqué dans le projet de la Porte de la ville une fois le parlement achevé». La décision émane de Joe Mizzi, ministre des Infrastructures. En cause, la réduction des dépenses de l’Etat. Peut-être une autre couleur politique peut justifier ce revirement inopiné.

Le célèbre Atelier de la rue des Archives se voit donc dessaisi du projet de jardin qu’il devait réaliser pour parfaire l’ensemble.

03(@MDenance)_B.jpgTrois jours après l’annonce, le même journal reprenait les termes de Richard England, architecte, «qui plaide en faveur du projet de Renzo Piano», lequel doit être, selon lui, achevé selon les plans originaux.

«Laisser l’ancien parking [...] serait une calamité qui décimerait la superbe qualité d’un séduisant ensemble», note-t-il.

L’architecte, connu à Malte, avait été commissionné un temps pour ce projet. Il reconnaît bien des années après que le résultat offert par RPBW est appréciable. «Il n’y a qu’un maître de la stature de Renzo Piano pour avoir fait de la pierre de Malte une dentelle de Malte».

«Ces commentaires arrivent en plein dans la nouvelle controverse de placer le marché d’Ordnance Street le long du nouveau parlement en vue d’étendre la gare routière de La Valette», précise le quotidien.

Aussi curieux que cela puisse paraître, cette décision est dénoncée par la chambre de commerce pour qui ce déménagement «détériorera l’image du projet de Renzo Piano».

Je t’aime, moi non plus. Les articles n’ont jamais été aussi élogieux qu’une fois le marché promis aux abords du parlement. De quoi tirer sur la corde...

Jean-Philippe Hugron

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