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Entretien | Mister Mourão, Carrer Torrijos, 26, Barcelona (25-02-2015)

Vasco Mourão ? Mister Mourão ! Diplômé de l’école de Porto, architecte à Barcelone, le jeune homme préfère s’adonner à l’illustration. Il confie à Architect I met(1) ses multiples projets, sa vision de l’architecture telle qu’elle se pratique en Catalogne. Bref, à cent à l’heure ! «Quand trouverais-je du temps pour dessiner ?», soupire-t-il.

Barcelone | Vasco Mourão

Parcours

Je m’appelle Vasco Mourão. Je suis né à Tomar. J’ai étudié l’architecture à Guimarães. Je vis actuellement à Barcelone où je suis architecte et illustrateur. Je suis d'ailleurs plus illustrateur qu’architecte.

Pour moi, l’architecture fut le fruit du hasard : une amie, qui avait suivi ce cursus une année avant moi, m’a dit que c’était plutôt sympa comme études. Je l’ai crue et je suis entré dans cette filière. Elle avait dit vrai ! Les études étaient véritablement sympas. Le monde réel de la profession est, quant à lui, un peu ennuyeux.

Du moins, plus qu'ennuyeux, disons que les temps sont durs et lents. J’ai travaillé à Porto et au Portugal pendant cinq ans. Un ami, déjà à Barcelone, m’a fait la proposition de le rejoindre. Je l’ai suivi. J’y travaille depuis quatre ans maintenant tout en continuant à dessiner.

Une amie a vu mes dessins et m’a conseillé de faire un blog. Là aussi, j’ai suivi ses conseils. Grâce à ce blog, j’ai commencé à avoir quelques commandes de dessins pour des revues. Petit à petit, les choses ont évolué.

Aujourd’hui, je travaille deux jours par semaine en agence. Je n’y fais pas vraiment de l’architecture, je réalise plutôt la communication graphique du studio. En gros, je fais de tout, sauf de l’architecture. Mais le reste de la semaine, je dessine, notamment pour des clients privés.

02(@IMET)_S.jpgQuel édifice auriez-vous aimé avoir dessiné ?

C’est difficile comme question. Le Panthéon à Rome. Il est génial ! L’édifice le plus incroyable de tous les temps.

De quel projet êtes-vous le plus fier ?

En architecture ? Non ? Un projet ? J’ai fait une illustration l’année dernière, dans le couloir d’un hôtel. Long de 100 mètres. J’ai dû dessiner sur un mur long de 100 mètres ! Je ne pouvais rien projeter, mais juste dessiner. J’ai passé un mois à faire les dessins préparatoires. C’était magnifique. Plus le processus que le résultat final. J’ai dessiné tous les jours. C’était super !

Un détail architectonique fort d’un de vos projets ?

Je ne suis pas un architecte de détails... Ah oui je sais ! Ma maman est une excellente cuisinière. Et il y a environ cinq ans, elle a monté un restaurant. J’ai dessiné l’intérieur. J’ai fait le projet sur AutoCAD et je suis passé à la phase 'construction'. En réalité, j’ai complètement changé ce que j’avais dessiné. C’était vraiment drôle. Alors, ce détail... C’était la pose de poteaux de bois asymétriques, au niveau d’un mur. La réalité fut bien meilleure que le dessin. Un test grandeur nature !

03(@MisterMourao)_B.jpgUn lieu ou une histoire sur votre ville ?

Barcelone. Quartier de Gracià, où nous sommes maintenant. C’était autrefois un village séparé du centre de Barcelone, plus près de la mer. Ce quartier est né du fait que l’ancien village était encerclé par le plan de l’Eixample de Cerdà. Mais l’ancien tracé est toujours vivace et l’on sent le mouvement indépendantiste de Gracià par rapport à la grande ville. Ils veulent être indépendants et je trouve ça magnifique !

Vous préférez parler ou dessiner ?

Dessiner. Elle était facile celle-là.

Pour vous, quelle serait la ville idéale ?

Barcelone mélangée à New York. Barcelone a un espace public parfait et New York a l’énergie d’une ville en constante réinvention et c’est vraiment mieux !

La question qui vous taraude ?

Quand trouverais-je du temps pour dessiner? J’ai cinq-six projets en simultané, très différents. J’organise aussi des séries de conférences à Barcelone, les Creative Mornings(2). J’ai également un petit projet, que j’essaie de mener à bien quand j’ai le temps, 1 jour = 1 dessin.

Plus je dessine, plus j’en ajoute sur mon blog, plus j’ai des demandes. C’est super ! Mais je manque de temps...

04(@MisterMourao)_B.jpgQu’est-ce qui vous irrite le plus en architecture ?

Le temps. Tout prend du temps. Trop de temps. Ici, ils adorent les réunions. Une ou deux heures, bon... Pourquoi pas ? Mais quatre heures, c’est incroyable ! Je comprends mieux pourquoi les projets prennent autant de temps. Voilà qui m’ennuie. J’en profite alors pour dessiner. La bureaucratie n’est pas enseignée à l’école. C’est pourtant 70% du temps de la profession d’architecte. Les 30% restants c’est, parfois, du projet.

L’édifice le plus grotesque de Barcelone ?

Je ne sais pas s’il est très connu, mais il y a un édifice à Poble Nou de Mias Arquitectes. Des bureaux, des étages de bureaux et encore des étages de bureaux. Le quartier de Poble Nou est principalement constitué d’anciennes usines et de vieilles maisons. Ici, l’architecte a conçu une structure en métal blanc et un ensemble entièrement vitré. Il n’a pas un minimum eu conscience de ce qu’il faisait, pas plus qu’il n’a eu une idée du contexte. C’est moche et impoli !

Votre musique du moment ?

J’écoute de la musique pour dessiner. Plus c’est varié, mieux c’est. Mais je dois dire en ce moment, c’est un peu un tube de l’été, qui me donne de l’énergie : Robert Thicke 'Blurred Lines'.

Un bon architecte, aujourd’hui ?

J’ai rencontré des personnes à Barcelone, que j’ai même invité à des Creative Mornings : Arquitectura-G regroupe quatre jeunes mecs, vraiment géniaux, drôles et frais ! Ils travaillent vite. Leur portfolio n’est pas plein de projets réalisés mais en cours de construction. Ils sont hyper intéressants.

Que pourriez-vous dire aux vieux architectes ?

L’âge de la retraite ça existe, vous savez ?! Je pense qu’arrivé à un moment, il faut savoir arrêter. Le monde va plus vite que vous et vous ne pouvez pas avoir la même attitude que celle d’il y a 30 ans. Ou même 10 ans. 

Je trouve qu’ils sont un barrage au changement. Excepté Alvaro Siza ; il ne gêne personne, il a une perception différente de ce qu’est l’architecture.

Qu’est-ce qui vous reste de vos années d’études ?

Le dessin. Je ne savais pas en quoi consister des études en architecture. J’y suis allé parce qu’on m’a dit que c’était cool. Arrivé là-bas, qu’ai-je fait les deux premières années ? Dessiner !

Et il faut savoir que la partie du projet la mieux notée dans les écoles portugaises c’est le dessin. J’ai appris à cette époque à penser d’une manière graphique. Si je dois expliquer quelque chose, je ne parle pas, je dessine.

Il y avait une pression énorme à la faculté. Il fallait produire beaucoup et, en première année, je ne connaissais rien de l’architecture. On m’a dit que celui qui dessinait le plus gagnerait. Super, je n’avais qu’à dessiner ! Mes camarades ramenaient une vingtaine de dessins pour présenter un projet, j’en rapportais le double voire plus encore. Je dessine, je refais, je dessine, je recommence... Ça m’a aidé à construire ma pensée de manière graphique.

05(@MisterMourao).jpgQuelle est l’architecture portugaise de demain ?

Je suis un peu déconnecté du monde de l’architecture. Je ne sais pas trop. J’aimerais que l’architecture de demain soit moins dans la forme et plus axée sur ce dont nous avons besoin. Plus que la forme, le processus devrait importer. Faire un dessin pour tenter d’y rentrer un programme n’est peut-être pas le plus intéressant.

Qu’auriez-vous fait d’une autre manière ?

Ma compagne me dit que j’ai beaucoup de chance parce que je trébuche sur les choses. Je n’avais pas prévu de venir vivre à Barcelone. Aujourd’hui, je vis à Barcelone. Pour les dessins, c’est la même chose. Je ne sais pas, je pense que le hasard fait partie de la vie.

Pour vous, la suite ?

Les conférences que j’organise actuellement, les Creative Mornings. J’aimerais qu’elles prennent de l’ampleur, qu’il y ait plus de monde et qu’elles aient un impact plus important dans le paysage culturel de Barcelone. Il y a du potentiel. Ça donne de la valeur à la ville. Et ça, c’est un cadeau que j’aimerais faire à Barcelone.

Propos recueillis par Sandrine Da Costa et Charlotte Vuarchex

(1) Architectes, curieux et avides de rencontres, les membres de l'association 'Architects I met' vont à la rencontre d'autres architectes autour du monde. A travers ces personnalités, ils explorent différents lieux et thématiques.
En savoir plus : http://architectsimet.com/
(2) Plus d’infos sur les Creative Mornings créés par Tina Roth Eisenberg : http://creativemornings.com/

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