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Chronique | AS.Architecture-Studio dans la ronde du modernisme triomphant (25-02-2015)

Dix fois moins cher que la Philharmonie de Paris dans un projet tout aussi coûteux ou presque. L’arithmétique des grands desseins est parfois surprenante. Le prix de la restructuration de la Maison de la Radio s'élève à 241 millions dont seulement 35 ont été dépensés pour le nouvel auditorium de 1.461 places. Outre la guerre des prix, le nouvel équipement symphonique est un remarquable écrin, digne héritier de l’architecture de Henry Bernard.  

Culture | Bâtiments Publics | Bois | 75016 | AS.Architecture-Studio

«C'est comme être dans la musique», s'exclame une femme au bar. Elle travaille, dit-on, à la Maison de la Radio. Juge et partie ne saurait être objectif. Et pourtant...

Ce soir là, 'Les Ondes', le troquet faisant face à la Maison Ronde, n'a pas désempli. L'orchestre est venu s'y retrouver, le spectacle à peine terminé. Exit noeuds papillons et chaussures vernies. Les contrebasses sont un brin encombrantes et le serveur peine à se faufiler dans la foule mélomane. Bref, un after comme un autre !

Au lieu de refaire le match, chacun évoque sa performance. Quelques-uns commentent, ici et là, le lieu. «Chacun est au plus près pour vivre la musique». «Avez-vous écouté le trompettiste en haut d'un balcon ? J'entends encore sous sa main le déclic de l'interrupteur qu'il a pressé pour éteindre la lumière avant de repartir rejoindre l'orchestre. J'étais pourtant bien loin de lui».

Le propos est peut-être anodin mais démontre bien que le moindre détail est perceptible pour l'oreille même la moins encline à juger de la perfection acoustique d'une salle.

02(@LBoegly)_S.jpgCe soir, au bar, les mélodies des 'Deux Amériques', thème du festival 'Présences' présentée cette année à la Maison de la Radio, résonne encore dans les têtes. Les choeurs étaient impressionnants et les élans hollywoodiens de John Adams divertissants.

Plus encore, l'oeuvre d'Esteban Benzecry, jeune compositeur argentin, a révélé les lieux autant qu'éveillé un imaginaire sylvestre et tropical. 'Madre Tierra' - nom de cette symphonie - donne l'impression d'un réalisme magique mis en sonorités. Ce chercheur blasé et contrarié par le quotidien new-yorkais, héros de 'Los Pasos Perdidos' d'Alejo Carpentier, s'enfonçant dans la jungle épaisse du Vénézuela revient en mémoire. Chacun, assis dans l'auditorium, a, d'une façon ou d'une autre, réveillé quelques images et plongé dans l'univers chaud et humide de l'Amazonie.

Les instruments étaient divers. Mêlé aux cordes et aux percussions, le plus petit son, même celui d'une discrète guimbarde, peut être identifié. Chacun sait qui joue de quoi. Le son est comme décomposé. Outre cette merveilleuse symphonie contemporaine, le lieu conçu par Architecture Studio participe du spectacle en donnant à l'auditeur un incroyable confort.

03(@ASArchitectureStudio)_B.jpgA la vue, le bois domine. Les teintes sont chaleureuses. Les tribunes entourent la scène et forment les contours sans heurts d'un écrin aux dimensions modestes. Il n'y a ici rien de la prétention monumentale de la Philharmonie de Paris. Rien de grotesque non plus. Pas même une fanfreluche acidulée.

Cette délicieuse boîte à musique au coeur de la maison ronde donne même l'impression d'avoir toujours été. Pour cela, il faudrait dérouler le parcours de cette soirée qui débutait dans le vaste hall de Radio France. Les 'Portes de la forêt', sculptures de François Stahly, décorent l'espace et donnent au lieu son époque autant que les 'papillons' du plafond. Il y a dans cet endroit un peu d'Orly Ouest, une sorte de modernité triomphante, domestiquée et chaleureuse autant que faire se peut.

04(@LBoegly)_B.jpgDans cette continuité, AS.Architecture-Studio a dessiné un espace en complète harmonie. En lieu et place de deux anciens studios, la célèbre agence a érigé un auditorium qui paraît tellement évident à cet endroit. Voilà le plus bel éloge à l’esprit du sobre dessin de Henry Bernard. Cinquante ans après, AS.Architecture-Studio a vu juste.

Seules ombres au tableau, quelques spots, un peu vilains, sont promis à disparaître autant que les dispositifs de musique amplifiée pendant atrocement au centre de l'écrin. Bref, un auditorium à l’heure de l'ajustement.

Champagne ! Vous reprendrez bien un verre, Madame ? 

Jean-Philippe Hugron

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