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Rencontre | Daniel Vaniche à la poursuite de Kairos (11-03-2015)

Le défi technique et architectural, il aime ! Mener en un temps record la restructuration du Palais Omnisport de Bercy, concevoir le réaménagement de l’Institut du Monde Arabe ou calculer les bonnes façades de la tour D2 à La Défense sont des missions de choix. Rien n’est alors impossible pour Daniel Vaniche, fondateur de l'agence DVVD, pas même saisir Kairos, divinité ailée, en plein vol.

France | Daniel Vaniche

Discret, Daniel Vaniche peut passer pour timide. Cette première impression s’efface lors des fêtes annuelles de l’agence. En ces occasions, il reste toujours mesuré - aucun plan n’est accroché, aucune publicité n’est faite, il n’y a pas même un signe ostentatoire - et nous le découvrons, alors, joyeux. Il s’agit toujours d’une petite croisière à travers la ville, le temps d’un aller-retour. Une fois par an donc, ses collaborateurs jouent les prolongations. Voilà une généreuse invitation qui amène chacun à la rencontre d’autres cultures ou d’autres territoires de l’architecture. De son portrait social, retenons la générosité.

Plus nous approchons l’individu, plus cette générosité se révèle le propre de l’intelligence. Chez lui, voilà qui ne procède pas de l’étendue de ses diplômes, de celui rutilant de polytechnicien et cet autre d’architecte. Comme dans une formule mathématique, ce qui est beau dans l’intelligence est la pureté de la démonstration : rapide, économe et élégante. Le discernement se déploie de façon concise, s’adapte à toutes les circonstances et s’investit naturellement dans l’opportunité de faire mieux. Les Grecs ont si bien détecté cette capacité qu’ils ont créé un petit dieu ailé, qu’il faut saisir au passage, 'Kairos'. Une fois attrapé, Kairos montre la voie de l’ingéniosité, dénonce le mirage des évidences, défait le frein de l’impossible et ouvre une brèche qui sont autant d’occasions offertes.

Pour la méthode, Daniel Vaniche, ses associés (Vincent Dominguez et Bertrand Potel) et ses performants collaborateurs font confiance à la spéculation du calcul. Malin comme Kairos, le calcul permet justement de percer les secrets d’une économie de moyens et de coûts. Il résout l’équation entre nécessité et potentiel des données disponibles. Ses projets de passerelles dites 'de connexion' en sont l’exemple le plus significatif. Celle d’Evry, celle de Villetaneuse ou encore celle qui sera posée dans un mois par-dessus le périphérique à la hauteur d’Aubervilliers et de la ZAC Claude Bernard assignent la qualité d’un design inventif à la transformation des rives qu’elles relient.

02(@CSancereau)_S.jpgLa prodigieuse transformation de surfaces qui se produit grâce à la révolution d’une ligne autour d’un axe génère une structure de passage créative. Mais, au-delà de la fascination visuelle qu’elle suscite, la rotation permet également d’effiler les extrémités de la charpente et de maitriser des accès plus malléables. Ainsi, la fonction de 'passage' se réoriente en fonction de l’accessibilité et de la redistribution des flux au niveau des départs et des arrivées. Dans des passerelles plus modestes comme celle d’Ivry ou celle de Moret-sur-Loing, la transformation est sobre ; dans la difficile traversée du périphérique, de part et d’autre, les retours asymétriques du tablier s’inscrivent dans la réussite d’une relecture urbaine.

Cette faculté à démêler les fils de la complexité pour lisser son tissage attire inévitablement les programmes 'compliqués' ou ceux dont la prestidigitation de formules permet de faire apparaître l’improbable : la réadaptation des fonctions, l'amélioration des circulations, l'augmentation des surfaces, etc. Dans cette catégorie, la refonte partielle de stades occupe une place à part. Y figurent le toit mobile «avec la plus grande envergure au monde» du court central de Roland Garros (2019, en association avec ACDG), la rotation de la salle des Arènes à Evry (2018) ou encore le gigantesque chantier réalisé en un temps record au Palais Omnisports de Bercy (2015).

04(@Labtop).jpgParler de performance et de prouesse et les yeux de Daniel Vaniche pétillent. L’esprit méditerranéen de l’architecte - enjoué et allégrement exubérant - rencontre les souvenirs d’enfance de quelques Lego, la vocation d’ingénieur et l’optimisme illimité qu’éveillent les possibles de la construction. Ce qui n’empêche pas, encore une fois, de marier la finesse au tour de force. La subtilité est un enjeu, notamment pour repenser les circulations de l’Institut du Monde Arabe, pour y trouver plus de place pour les expositions et remettre en état les diaphragmes de la façade (2017) ; également, pour rendre praticable la promenade extérieure de Bercy et transformer la poutre portant le prolongement de l’Avenue de France en un bâtiment tenant l’angle du Boulevard Auriol. Le tour de force, quant à lui, vise à ne fâcher personne, à faire les travaux en site occupé, à changer les données du cahier des charges du concours.

Certaines activités de DVVD en tant qu’architectes mandataires peuvent paraître en concurrence avec celles d’un bureau d’études. Daniel Vaniche tient fortement à cette activité tant qu’elle reste un échange et une collaboration entre professionnels. Il faut voir là une réponse au désintérêt fréquent des architectes pour l’ingénierie. L’intervention au niveau des façades, point névralgique de la visibilité d’un bâtiment, les amène souvent à faire des suggestions, pour ne pas dire des transformations. Le bilan des échanges est inégal : ceux qui ont abouti à modifier les rythmes, les géométries et à sculpter la façade de la Tour D2 d’Anthony Béchu et Tom Sheehan à La Défense, après deux ans d’un fructueux échange ; ceux limités à un travail technique sur la constructibilité pour les 10 architectes de l'entrepôt MacDonald ou encore, ceux pour la collaboration avec MVRDV dans le XIIIe arrondissement, qui ont permis de transformer la façade en béton préfabriqué en un bardage bois.

03(@YAM)_S.jpgDans ce retour aux sources vers l’ingénierie, il y a aussi l’aveu d’une fatigue : celle produite par l’inextricable discours vide autour du système de la promotion architecturale. Une tête si bien faite comme celle de Daniel Vaniche se heurte souvent à la misère des discours, des impositions et des prétentions de tout ce que l’on désigne avec un respect démesuré pour la gouvernance. Toujours plus d’intermédiaires, toujours plus d’ayant droit sur le terrain idéologique de l’architecture et toujours moins de pertinence. Pourquoi ne pas le dire ? Toujours plus de gâchis budgétaire et intellectuel.

Liliana Albertazzi

Réactions

Vincent | Architecte | Paris | 12-03-2015 à 09:53:00

Merci.

Merci de me faire découvrir, ou plutôt mieux connaître cet Architecte et sa démarche professionnelle on ne peut plus saine et sobre.

Et bravo pour la conclusion: cette inflation des discours présomptueux et des injonctions creuses qui nous étouffe est parfaitement cernée et synthétisée.

Au plaisir de vous lire et découvrir de vraies recherches.

Vincent Rocher Architecte

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