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Chronique | Frei Otto, le Pritzker Prize m'a tuer (11-03-2015)

L'année prochaine, le Pritzker Prize sera décerné à Philibert de l'Orme, en 2017, à Hippodamos de Milet. Un choix ne peut jamais faire l'unanimité et il existera toujours des mauvaises langues pour y voir une impasse. Frei Otto, décédé lundi dernier, méritait la plus haute distinction mais prive une jeune génération d'un faire-valoir incontestable. A quoi peut donc servir cette jolie médaille à un mort ? Au mieux, lui payer de belles funérailles.

Pritzker | Allemagne

Le Pritzker Prize a institutionnalisé le star-system de l'architecture mondiale. Label rouge, il certifie la qualité d'une maîtrise d'oeuvre et sa réflexion autour de l'art de bâtir. Depuis plus d'une décennie, presque sans surprise, des noms d'ores et déjà connus ont été couronnés du prestigieux prix américain. L'année dernière encore, choisir Shigeru Ban relevait du plus grand cynisme. Au passage, un non-événement.

Sacrer Frei Otto à 89 ans paraît être une louable tentative de s'extraire d'un réseau de grandes marques productives pour signifier la reconnaissance d'une oeuvre extraordinaire. Le coup de chapeau est, malgré tout, tardif et arrive quarante-trois ans après les Jeux Olympiques de Munich où il livra, avec Günter Behnisch, la plus spectaculaire manifestation de sa pensée.

Malgré l'aspect éminemment honorifique, à quoi peut donc servir cette distinction quand déjà bon nombre d'ouvrages et ce, en diverses langues, ont rapporté l'oeuvre de Frei Otto à force de qualificatifs laudateurs ?

Une médaille pour donner à voir le visible est un acte manqué. D'autant plus que l'architecte est décédé deux semaines après avoir eu vent de cet honneur rendu et mis sur la place publique prématurément, deux semaines avant sa communication officielle.

02(@IngenhovenUndPartner)_B.jpgHeureuse nouvelle et triste annonce se sont donc télescopées comme pour signifier, en un curieux hasard, l'impasse de cette distinction désormais jugée «posthume».

En deçà de cet événement, d'aucuns peuvent noter que Frei Otto est seulement le second lauréat allemand du Pritzker Prize, l'autre étant Gottfried Böhm, dont la pratique n'a vraisemblablement pas été bousculée par cette récompense. La médaille offerte en 1986 n'était alors pas gage de publicité.

Reste que les deux architectes allemands sont issus d'une génération ayant officié après-guerre. Qu'en reste-t-il donc aujourd'hui ? L'un et surtout l'autre ont fait école mais, l'absence de l'Allemagne sur la scène internationale reste des plus remarquables.

Il y a, outre-Rhin, les grandes dynasties familiales, les Böhm, Speer, ou encore Behnisch mais aussi d'importantes agences qui, sur le modèle anglo-saxon, tartinent à travers le monde et d'autres qui se font plus discrètes voire invisibles.

L’Allemagne, comme bien d'autres pays, est partagée entre différentes tentations. L'économie de matière et l'efficacité ont conduit une partie de la profession vers le high-tech dont Frei Otto pourrait être l'expression la plus symbolique. Cette approche parfois techniciste et froide de l'architecture ne correspond toutefois pas aux impératifs de communication attendus aujourd'hui de l'art de bâtir.

03(@FreiOtto).jpgEn parallèle, l'école suisse alimente la pensée et de nombreux architectes germanophones partagent leurs activités de part et d'autres des Alpes, dont Max Dudler ou encore Manuel Herz, pour ne citer qu'eux. Leur travail est marqué par une sobriété allant également à l'encontre des icônes contemporaines.

L’Allemagne, à rebours, peine donc à exister. Elle n'est vraisemblablement incarnée par aucune figure maîtresse à même de soulever, en-dehors de ses frontières, le débat.

Frei Otto, aussi génial soit-il, ne pourra plus servir cette cause. Il est du XXe siècle.

Un Pritzker in memoriam.

Jean-Philippe Hugron

Réactions

Alain | Architecte | Pyrénées Orientales | 13-03-2015 à 11:44:00

Pour qui vous prenez-vous pour écrire un tel article sur un homme de cette envergure ? Et que siginfie ceci: "L'année dernière encore, choisir Shigeru Ban relevait du plus grand cynisme. Au passage, un non-événement." ? Vous n'aimez pas Shigeru Ban ? Je me souviens d'un passage de Mario Botta dans une école d'archi du sud de la France et de la moue des étudiants (et de leurs professeurs) devant les 12 projets qu'il présentait. Trop maniéré probablement ? Et puis il y a eu Campo Baeza, là aussi jugé trop simpliste par des étudiants gavés de Jean Nouvel, Zaha Hadid, Franck O.Gherry et similaires. Glenn Murcutt, pouah ! Richard Meier, beurkh ! Tous des archis du XXème.

Pourquoi donc cette haine manifestée la plupart du temps par des gens qui n'ont rien fait ou dont il est préférable de ne pas voir la production ? Pourquoi sommes-nos comme çà les architectes ?

Mystère !

Vincent | Architecte | Paris | 12-03-2015 à 10:48:00

Quel dommage ! Je viens de vous féliciter pour l'excellent article sur Daniel Vaniche et Kairos et là, patatras, je suis affligé par cette introduction et son manque absolu de tact et je dirais même de savoir vivre. On n'écrit pas cela à la mort d'un homme, quel qu'il soit, et celui-ci, de plus, était brillant.

Sur le fond, je ne connais pas assez bien le contexte pour comprendre les raisons de ce choix mais il me semble qu'à défaut de booster la carrière d'une "vedette" actuelle, ce prix permettra à beaucoup de découvrir le travail de Frei Otto.

Dans une période, comme vous l'avez signalé, de discours creux, les recherches on ne peut plus sérieuses et poussées de cet hommes peuvent à tout le moins avoir une action pédagogique.

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